Son cadeau ? C'est Eve Zibelyne elle-même qui nous l'offre en un conte de bons petits chats, qui traverse sans dater, tristement, quelques constats de fin d'année. Sa table, son toit, son cœur, son temps, s'il en est une qui sait les partager, c'est bien elle, notre Zib. Toujours à l'écoute de qui sait entendre l'autre... Et quand elle pense "Réveillon", La Zib, elle pense d'abord à qui ne restera pas dehors — au sens propre comme au figuré... Pour ton anniversaire chère Zibelyne, — oh que non, tu ne l'as pas volé ! —, permets-moi de te conter en trois actes, tes propres mots illustrés par tes soins :
Mais qui a volé
le réveillon ?
En trois actes !
Cliquez dans l'ordre 1,2,3, sur chaque illustration de Zib
Tout lu ?
Alors vous aurez sûrement compris,
qu'un beau cadeau pour notre amie Eve Zibelyne, c'est par exemple de
Parvenu à la poterne, Poubelle se chauffe sous la lanterne en réfléchissant. Il a sur les babines le goût des chapons. On ne va pas partir sans se battre, ce n'est pas juste !
D'un
bond, il saute sur la poterne et regarde au loin. Ses yeux perçants
trouent la nuit.
—
Il y aura réveillon cette année ! Restez en sécurité, je sais
comment faire pour éviter les laquais et les chiens.
Et
Poubelle court à toute allure jusqu'à la grande bâtisse. D'un coup
de dent, il arrache un gros nœud doré et l'enroule autour de son
cou. Les vitres lui renvoient l'image d'un chat de bonne famille
habillé pour la fête. Parfait ! On va voir ce qu'on va voir !
Poubelle
rentre fièrement par la grande porte, ronronnant aux jambes d'une
dame emmitouflée de fourrure aussi blanche que lui, au nez et à la
barbe du laquais qui le croit accompagné. Il fait du charme de ses
yeux bleus, récolte caresses et juteux morceaux de roi. Le réveillon
est succulent et il se régale sans retenue.
Mais
il faut faire vite avant que quelqu'un ne s'alerte. Un câlin par ci,
un ronron par là, et il se glisse sous les tables. Les convives
parlent et boivent des bulles. Quelle drôle d'idée. Des bulles, ça
ne nourrit pas !
D'un
bond, il escamote un chapon. Un autre bond, une langouste, puis deux,
un rôti, de la charcuterie descendent sous la table. Un chat blanc
sur la nappe immaculée, qui y prêterait garde ? Personne ne l'a vu.
Plus vite que l'éclair, Poubelle a amassé un butin de roi.
Il
va et vient, et sort faire pipi, passant comme un prince devant le
sbire des méchants qui ne se questionne pas. D'un miaulement, il
appelle ses compagnons qui accourent. Une étole pour La Grise, un
pompon doré pour Carcasse, et la famille entre dignement dans la
fastueuse demeure. Enfin presque, car Carcasse fait une glissade
extraordinaire sur le sol brillant comme une patinoire.
Comme
par enchantement, il s'attire les bravos des dames qui s'extasient
devant cet adorable chaton.
—
Mais, très chère, vous savez bien ! C'est le petit chat de
Carlotta. Elle m'a fait voir sa photo l'autre jour.
—
Qu'il est mignon, un amourrrr de peluche !
—
Oui, je crois qu'il a le même âge que sa petite fille, c'est un
cadeau de la Reine?
Chacun
regarde Carcasse avec toute la considération qui lui est due.
La
Reine ! Carcasse en a le tournis et s'étale à nouveau pour le plus
grand bonheur de La Grise et de Poubelle qui profitent de
l'attroupement pour esbigner les provisions sous le nez du laquais
qui n'en peut mais.
Comment
pourrait-il pourchasser de nobles animaux offerts par la Reine ?
En
fait, il rit sous cape de voir ces imbéciles se faire chaparder les
victuailles de leur réveillon par leurs chats, et il a résolu de ne
rien dire.
Un
miaulement donne le signal de la poudre d'escampette et Carcasse fait
la boule de poils jusqu'à la porte dans l'hilarité générale.
Les
gens sont retournés à leurs bulles. Les laquais ont remplacé les
victuailles sans mot dire, et les chats s'en sont retourné
tranquilles, le ventre bien rebondi.
Mais
les méchants méritaient punition. On ne vole pas impunément le
réveillon !
Et
de toutes parts, la nouvelle a couru. Les chats sont arrivés de
partout. Tous les chats perdus, les abandonnés, les galeux, sont
venus.
Les
inutiles décorations arrachées aux arbres ont paré leur maigreur
et leurs puces de mille feux et la horde grimée est entrée en masse
dans la grande salle du festin.
Oh,
ils n'ont pas fait les yeux doux !
Oh,
ils n'ont pas amusé la galerie !
Ils
se sont rués sur le buffet, dérobant les plus beaux morceaux,
piétinant les saumons, arrachant les cuisses des poulardes.
Miaulant
farouchement, ils ont arraché les nappes blanches.
Ils
se sont agrippés aux belles robes des dames qui tentaient de les
arrêter.
Ils
ont lacéré la peau des hommes qui s'interposaient.
Ils
ont brisé les bouteilles de bulles, mais les bulles ne bullaient
plus sur le sol glacé. Ils ont arraché les tentures et emporté
tout ce qui était consommable sans que les gens puissent les en
empêcher.
En
quelques minutes, tout était dévasté. Les chiens endormis dans
leur chenil ne pouvaient être lâchés dans l'affolement hystérique
des gens.
La
caméra filmait sans états d'âme le carnage du réveillon.
La
horde des chats eut tôt fait de sortir du parc des maudits, et toute
la nuit, la fête bat son plein dans le hangar à bateaux.
C'est
le plus beau des réveillons ! Miaulaient les chats galeux.
Brr,
brr, crotte de rat !
Pscht,
pscht,frrt, frrt, frrt, atchâ !
Rrrr,
Rrrr, gla, gla, gla.
La
chanson de Poubelle a fait le tour de la ville.
C'est
la chanson des galeux, des exclus, des laissés pour compte, des
fainéants, des crasseux, des drogués, des alcooliques, des pédés,
des femmes, des parasites, des jeunes, des vieux, des artistes, des
taulards, des gouines, des apprentis, des Noirs, des piétons, des
Arabes, des Français, des chevelus, des fous, des travestis, des
anciens communistes, des abstentionnistes convaincus, tous ceux qui
ne comptent pas pour les voleurs de réveillon.
C'est
la chanson de l'espoir, celle qui nous dit que, dans l'adversité,
tout est possible, et que les gueux ne sont pas toujours ceux que
l'on croit.
En
hommage à Coluche, parce qu'on ne doit pas baisser les bras.