Le mot du jour

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LA VOIX DE L'ÉCHO

POUR LE PLAISIR DE TOUS: AUTEURS, LECTEURS, AUDITEURS...

mardi 10 mars 2015

MARCEL FAURE - 0216 à 0220 de La danse des jours et des mots




MISE EN VOIX D'UN ÉPISODE PAR MARCEL FAURE




Mardi 24 avril 2012 

Le présent me racole. Dans le vert tendre des premières feuilles, le printemps fleurit de blanc la colline. La terre brune colle aux bottes des jardiniers qui préparent le sol pour les semences. Déjà quelques jeunes pousses de salades pointent le bout du nez.
Quelqu'un installe un épouvantail, une œuvre d'art multicolore dont les tissus s'agitent fièrement dans la brise légère et parfumée. Les portes ouvertes des cabanes dévoilent un bric-à-brac hétéroclite d'outils, de vêtements de travail, d'oignons tressés de la précédente récolte et quelques vieilles chaises qu'on sortira l'été venu.
D'une parcelle à l'autre, on échange des plants, des graines, des conseils. On regarde le ciel trop bleu. Ici, on espère et on aime la pluie.



Mercredi 25 avril 2012 

Mon père dans son potager sans fleur. Rentabiliser au maximum pour adoucir les fins de mois. Souvent il s'en allait mendier une rose chez ses copains jardiniers pour l'offrir à Lloydia.



Jeudi 26 avril 2012 

Au magasin farces et attrapes
Des figures de circonstance
Ricanent dans la vitrine
Passe dans la rue
Un corbillard et sa suite
Faces de carême

Masques grimaçants
Face à face
Rictus et faux semblants

Le veuf lorgne déjà
Sur le doux espacement
Entre les deux orbites
De la belle cousine

Entiché d'une rosse
Le corbillard s'en panne
D'un brusque coup de frein

Ce coup de reins expulse
Du coffre le cercueil
Et la morte en furie

Nous serons trois mon Cher
À faire péché de chair
Sous le marbre alanguis
Ô cadavres exquis

Au magasin farces et attrapes
Cotillons et Champagne
Et tristesse aux orties



Vendredi 27 avril 2012 

Surtout ne me demandez pas d’où sort ce poème loufoque qui me surprend autant que vous. Je pourrai pourtant expliquer comment a surgi " farces et attrapes" expression qui est venue s'agripper à "cadavre" et "sexe" dans un texte où il était question de la "place du mort".
Comme si ces mots ne voulaient pas, ne pouvaient pas, mourir et qu'ils voulaient encore de la fournaise du monde, un recyclage de reste en quelque sorte.
Vous voulez un indice pour retrouver l'auteur en question ? Le voici :
" Si seulement l'avenir diminuait
On comprendrait qu'il faut en laisser"
Et j'affirme ce que d'autres nieraient : je n'ai aucune imagination. Dans le grand télescopage des hommes et des cultures, je n'ai rien inventé qu'un poète n'ait dit.
"Il arrive à la page de penser toute seule"



Samedi 28 avril 2012 

J'ai une dent contre moi, mais ce n'est qu'une dent de lait. Je ne fais pas trop souffrir. Mes plaies cicatrisent trop vite et ne produisent que rarement des poèmes torturés que j'attendris aux rythmes de mon cœur. Autrement dit, j'ai plutôt une bonne nature avec moi-même comme avec les autres. Et si je me noie, je garde toujours la tête hors de l'eau.
Je suis inachevé, trop doux avec la cruauté qui perd de la puissance en s'enfonçant dans mes chairs et trop imperméable aux soubresauts du monde pour qu'ils m'atteignent vraiment.
Mais j'ai une colère froide contre la bêtise et l'indifférence que j'égorgerai volontiers. Par la fissure de vos paupières, mes mots couteaux.















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lundi 9 mars 2015

JAVA - PROSE OU POÉSIE - QUATRE MAINS CAT & JAVA - 2/6




MISE EN VOIX JAVA













Deuxième partie prose


Qui vous êtes, Madame ? Mais hier encore, le tout Paris n’avait pour vous que mots jolis. J’ai souvenir des bouches sous des perruques poudrées qui s’émerveillaient de vos appâts. On s’extasiait sur la mièvrerie des propos sous lesquels vous apparaissiez. On s’exclamait sur la beauté de vos pieds, que certains même se mirent à compter. Je n’en ai que deux Madame, ils m’ont mené jusqu’ici et m’aideront je le pense à repartir d’un pas aussi léger qu’à l’aller, les vôtres Madame aussi nombreux qu’ils soient ne vous aideront pas à quitter ce banc de marbre sur lequel vous êtes assise.

Pour ressentir la brise légère du vent dont vous faites l’éloge, Madame, point n’est besoin que vous l’habilliez de vos rimes,
je vais sur les rochers de Bretagne et je m’enivre des embruns, ils ont une toute autre odeur.

Et s’ils sentent la vie, l’inconnu, la peur, et le vol des goélands dont vous nous régalez, ils n’en oublient pas de sentir le poisson crevé sur la grève. Celui-là, vous ne sauriez le mettre dans vos poésies de bon aloi, où l’on s’extasie du gibier aux morilles pas du poiscaille à l’odeur entêtante sur son lit d’algues séchées.

Ah oui, excusez-moi. Je ne me suis pas présentée, on m’appelle prose. Et cela n’a rien à voir avec la fleur dont sont tirées quatre lettres de mon nom, je n’ai pas de parfum contrairement à vous madame. Ou plutôt si, Je peux sentir aujourd’hui le linge humide et pourrissant et demain le champ de marguerite que vous aurez fait pousser. La marguerite n’a pas d’odeur, me direz-vous ? Vos quatre strophes ne viendraient pas à bout de tout ce que je pourrais en dire. Saurez–vous dire « je t’aime, un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, pas du tout ? » ? J’ai quant à moi à ma disposition, adjectifs, adverbes, synonymes et noms communs, vous n’avez que quatre lignes et l’obligation de la rime.

Oui Madame, vous êtes bourgeoise, c’est comme cela que vous êtes née, certains s’essaient de vous tirer de vos palais où la pluie ne mouille rien, où la maladie ne s’aventure jamais, ou l’on jouit par le verbe mais dont on évite l’image. Mais vous ne sauriez aller loin, même avec des semelles de vent surtout lorsque le temps aidant elles s’alourdissent de huit kilos d’or sortis de contrebandes malhonnêtes. Vos mots, Madame jamais, ne diront le réel. La poésie, Madame, sachez que je la revendique aussi, mais les phrases dont elle est faite se gueulent, se chantent à la face du bourgeois et du gendarme.

Elle dit l’amour sans y chercher « toujours »,
elle n’avance pas voilée,
elle peut être nue ou en haillons,
elle parle, madame, crie son mépris,
elle pisse et crache.
Mais je m’égare, me voilà en pleine lutte de classe. Votre parfum, Madame m’aura égaré, vos manières m’auront fait croire être ailleurs que là où nous sommes…

Vous dites pouvoir tout dire, Madame, je prétends le contraire. Vous ne sortirez jamais des quatrains où le monde se sent étriqué. Laissez donc les cloisons aux cercueils et aux prisons et venez jouir de la liberté du mot quand on lui ôte les chaînes … Venez respirer l’air pur de nos chapitres sans fin et qui n’ont pour limite que le point qui ponctue la phrase. Voyez-vous, Madame, Juste penser que pour conter il faut savoir compter m’empêcherait d’écrire le moindre mot. Prouvez-moi le contraire, Madame et je vous convoque à l’infâme tripot d’où je viens pour lever notre verre ensemble, trinquer et éclabousser le monde.




Tous droits réservés



à suivre...

Troisième partie de ce quatre mains en vers par Cat à Strophes
(prochainement)








dimanche 8 mars 2015

CAT À STROPHES - PROSE OU POÉSIE - QUATRE MAINS CAT & JAVA - 1/6












Première partie en vers 




« - Mon bel ami ! Venez près de moi sur ce banc, 

Sous l’arbre joli clamez-moi vos doux tourments, 

Mais vous vous demandez encore qui je suis ? 

Vous ne vous souvenez pas ? Je suis poésie. 




Ressentez-vous la brise légère du vent, 

En souffle coquin sur la fleur des sentiments ? 

Je vais vous conter les doux parfums de ma vie, 

Laissez-vous envahir aux douceurs d’harmonies. 




Dans l’élégance des mots, je suis bourgeoisie, 

Je vis l’aisance des vers en rimes suivies, 

Aux embrassées j’aime une cour peu empressée, 

Rythmée aux voix d’une lecture douce et posée. 




Sans me vanter aux cours des Rois je suis aimée, 

Le Tout-Paris de ma beauté est à mes pieds, 

Mes belles et riches parures d’alexandrins, 

Sont luxes parfaites aux larmes de mes quatrains. 




Monosyllabe en solitude sur nos silences, 

Je joue vacarme en bout du cœur des assonances, 

Entendez-vous ce pas gracieux sur un tercet, 

Qui galbe mon pied aux formes d’un beau sonnet ? 




J’hommage la Rose et trône mélancolie, 

Sur le papier se coule mon encre jolie, 

Je suis courtoise, lyrique ou engagée, 

L’amour est muse sur ma plume dévoilée. 




J’aime le beau et suis noblesse dans mes mots, 

Mon bel ami je peux m’écrire de vos maux, 

Mon corps se grime au double jeu d’un poète fou, 

Je peux le dire, tout me sied, l’absurde, le doux. 




C’est donc à vous, je vous écoute mon bel ami, 

Sous mon ombrelle venez vous mettre à l’abri, 

Racontez-moi vos beaux atouts je suis tout ouïe, 

Au chant gracieux du bel oiseau qui fait son nid ».







Tous droits réservés




à suivre...

Réponse contée en Prose par Java 

CAT À STROPHES

Des mots posés sur des coussinets : Observateurs, partageurs, espiègles, câlins, bondissants !












Caà Strophes





Petit chat joueur de mots, je pelote mes poésies de caresses câlines et je griffe parfois pour défendre les maux. J'écris le "je", le "nous", le "vous" et je ronronne souvent sous l'effleure de ma plume. J'invente, je tente... Juste pour le plaisir.

Fines moustaches et libres pensées... Je guette la rime et vous partage mon petit coup de patte.

Je ne suis pas un écrivain... Je suis le chat "couseur de mots" et vous êtes... mes petites souris inspiratrices.



Cat me confie être ravie de rejoindre le petit monde de l'Écho. Heureux serons-nous, moi pour avoir un nouveau chat dans la gorge et vous chers lecteurs-auditeurs, de petites touches félines à vos fidèles pavillons !



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jeudi 5 mars 2015

ELSA/CATHERINE DUTIGNY - CARNETS SECRETS - SUITE 38







Paul Claudel, François Mauriac, Charles Péguy






Suite 38



La salle d’attente empestait l’odeur du cigare. Une pluie hiémale frappait en cadence les carreaux de l’unique fenêtre donnant sur l’arrière-cour de l’hôtel particulier et les gouttes se regroupaient par capillarité pour filer en longues dégoulinades semblables au motif du papier peint collé sur les murs. Jules n’avait pas pris rendez-vous et la secrétaire de maître Cormaillon, une femme aussi raide et apprêtée que la permanente qui rigidifiait sa chevelure, avait tenté sans succès de décourager le cantonnier d’attendre le bon vouloir de son patron. Il s’était installé sur une banquette Napoléon III en acajou, recouverte d’un velours moutarde à rayures noires et fleurs pourpres dont la trame usée laissait apparaître par endroits la toile forte recouvrant le guindage. L’étude du notaire ne respirait pas l’opulence. Était-ce voulu ? Par désœuvrement, il feuilleta une revue aussi usée que le tissu du canapé, bien décidé à ne repartir qu’après avoir récupéré ses précieuses obligations.

Le « tchic tchic tchic… » de la machine à écrire de la secrétaire, ponctué à intervalles réguliers du son mécanique du retour chariot, créait une ambiance semi-cotonneuse propice à l’assoupissement. Les yeux de Jules se fermèrent, la revue tomba sur ses genoux tandis que sa tête s’affaissait sur son épaule. Il dormait d’un sommeil profond quand un éclat de voix le sortit  de ses rêves. Maître Cormaillon se tenait debout, le torse bombé en avant, face à un couple que Jules eut des difficultés à identifier sur l’instant, la vue encore brouillée par le sommeil. Son ouïe fut plus performante et il reconnut dans les secondes qui suivirent la voix haut perchée de la Marthe. Le visage livide, à peine rehaussé par un fard à joues bois de rose, elle agitait sous le nez du notaire une liasse de papiers en lançant des imprécations.

- Malheur à vous !… ce sont des faux… martelait-elle… J’en ai la preuve ! Mes parents n’ont jamais signé ces documents. Le terrain est à moi et à mon frère… ajouta-t-elle, en se tournant vers l’homme qui l’accompagnait.

Jules se pencha en avant pour mieux apercevoir celui que le long manteau de drap noir de la Marthe dissimulait. Il n’avait pas revu Jean depuis des décennies et fut surpris par l’élégance de sa mise. Arsène ne lui avait pas menti. Jean avait tout d’un gentleman, grand, le port altier, le corps cintré dans un loden beige à la coupe irréprochable. Une petite moustache châtain, que le chat n’avait pas mentionnée, parachevait l’image d’un dandy, fort éloignée de celle qu’il avait gardée à l’esprit. Pour Jules, Jean était resté le gamin turbulent auquel il avait appris la technique imparable pour poser des collets destinés à piéger les lièvres près de leurs terriers et enseigné l’art de la pêche à la truite sur les rives du Portefeuille. Le souvenir d’un visage poupin, éclairé par de grands yeux malicieux bleu porcelaine, de ses sempiternelles culottes courtes rapiécées, portées hiver comme été, de ses galoches trouées qui prenaient l’eau et trempaient les chaussettes tricotées par la mère, s’accordait mal avec les traits fins et lisses, le long nez droit et les habits luxueux qu’il venait de découvrir. Le regard, en revanche était resté doux et limpide et lorsque leurs yeux se croisèrent, un grand sourire éclaira le visage de Jean.

- Jules, c’est bien toi ?   Qu’est-ce que je suis heureux de te voir !

Le frère de la Marthe aida le cantonnier à s’extirper du canapé pour l'enserrer ensuite dans ses bras avec une émotion vive et sincère. Il s’enquit de sa santé et de celle de Charlotte, parla du temps qui passait trop vite et de l’éloignement qui distendait les liens d’amitié. Maître Cormaillon profita de l’intermède pour glisser un mot à l’oreille de sa secrétaire qui acquiesça en silence, puis il ouvrit la porte capitonnée de son bureau et invita la Marthe à y pénétrer. Jean promit à Jules de passer lui rendre visite un jour, sans préciser lequel, l’embrassa sur les deux joues avant de rejoindre sa sœur. Au moment de refermer la porte, maître Cormaillon apostropha le cantonnier d’un ton cassant.

- Je ne peux vraiment pas te recevoir aujourd’hui, Jules. Comme tu le vois, j’ai un emploi du temps très chargé. Prends rendez-vous avec ma secrétaire.

Il disparut à son tour et Jules se retrouva seul devant la doublure manquée d’Elizabeth Taylor qui du bout de ses doigts manucurés faisait défiler les pages d’un agenda. De grands blancs prouvant la disponibilité du notaire ne perturbèrent pas son manège et lorsque sa main  s’arrêta enfin sur une page totalement vierge, Jules avait compris que le notaire et sa secrétaire se moquaient de lui.

- Mercredi 13 décembre, dix-sept heures trente… c’est ce que j’ai de mieux à proposer…

- Et le 24 au soir ? demanda Jules, qui commençait à s’énerver.

Elle resta imperturbable et répondit que maître Cormaillon prenait des congés du 20 décembre au 5 janvier inclus.

Autant essayer de dialoguer avec un âne du Berry. Le bonhomme grommela une vague formule de politesse et quitta l’étude avec le sentiment de s’être fait berner. Il remonta le col de son manteau, rentra la tête dans les épaules espérant se protéger au mieux des trombes d’eau qui s’abattaient sur le bourg et parcourut une partie des trois cents mètres qui le séparaient de la bibliothèque municipale en rasant les murs. Son temps était compté. La bibliothèque allait fermer dans un peu moins d’une demi-heure et il connaissait suffisamment sa responsable pour savoir que celle-ci ne lui accorderait pas une minute supplémentaire, même en la suppliant mains jointes et à genoux. Midi, ici était sacré. La bibliothécaire œuvrait à la manière de ces ouvriers sur un chantier dont il suffit d’observer les allées et venues pour deviner de manière infaillible l’heure, à la seconde près. Il pressa le pas et sentit une douleur lui déchirer le bas du dos. Il avait oublié avec l’enchaînement de tous ces événements de se rendre chez le rebouteux et se maudit pour sa négligence.

Il continua d’avancer en courbant la tête et se heurta à un homme qui lui-même avançait le front baissé. Il s’agissait du maire, Joseph Blandin. Les deux hommes échangèrent de plates excuses, puis l’élu en profita pour demander à Jules de passer à la mairie dès le lundi suivant. Il l’entraîna à l’abri d’une porte cochère où il lui expliqua qu’il avait projeté de réaménager le petit jardin qui jouxtait la mairie pour l’agrandir, en remodeler l’espace, y implanter de nouvelles espèces d’arbres, y installer des bancs publics, le tout pour le plus grand bonheur des habitants du bourg. Il comptait sur Jules pour mener les travaux à bien. Levant les yeux au ciel, la voix tremblant d’émotion, il ajouta que le lieu serait rebaptisé, Les Bucoliques de Jérôme Blandin. Jules manqua de s’étrangler. Jérôme, à peine froid et enterré, son père pensait déjà à bâtir un lieu à sa mémoire. En associant à son nom un terme qui évoquait la poésie pastorale, ou bien le père divaguait sous l’emprise du chagrin, ou bien il voulait effacer dans l’esprit de ses administrés l’image du garçon arriviste que Jérôme avait toujours été. Le bonhomme souhaita en son for intérieur que le conseil municipal s’opposât à ce projet. Pourtant, devant la mine extatique du maire, il se tut et se signa par respect. Le maire apprécia le geste et tapota le dos de Jules avec une désarmante familiarité.

Dix minutes s’étaient écoulées lorsque les deux hommes se séparèrent. Le cantonnier se hâta vers sa destination finale. Il grimpa aussi vite que la douleur le lui permettait les marches du perron et entra dans la bibliothèque après avoir consciencieusement essuyé ses pieds sur le paillasson. La gardienne des lieux enroulait une écharpe de laine autour de son cou, signe indubitable qu’elle était sur le point de s’en aller. Une expression de mécontentement déforma des traits qu’elle avait déjà fort laids.

- J’allais fermer… c’est pour quoi ?

Jules hésita. Il n’avait pas envisagé l’éventualité de parler à quiconque de l’objet de sa recherche. Qu’allait-on penser de lui ? Sa réputation allait gravement en pâtir. Il se ravisa en imaginant que de toute manière, elle aurait enregistré la sortie du livre et donc été immédiatement au courant de son intérêt pour la franc-maçonnerie. N’ayant aucune échappatoire, il finit par avouer qu’il cherchait un livre sur ce sujet et plus précisément un manuel expliquant les pratiques des francs-maçons. La bibliothécaire ouvrit des yeux ronds et prit un air offusqué.

- Notre bibliothèque ne contient pas de tels ouvrages… C’est un lieu de culture ici, pas une officine d’ésotérisme ou de diableries en tous genres… J’ai des romans de Paul Claudel, de Charles Péguy, de François Mauriac… Autant que vous voulez… Je suis surprise et déçue monsieur Gaillard que vous vous intéressiez aux sectes… Vraiment déçue…

Elle balaya l’espace devant elle d’un geste de dédain.

Jules rougit comme un gamin pris les doigts dans un pot de confiture. Il bredouilla une excuse et fila sans demander son reste. D’humeur morose, il traîna la jambe en direction de sa demeure. Ce n’était vraiment pas son jour… mais au moins cette pimbêche l’avait appelé par son nom de famille et l’avait vouvoyé, contrairement aux autres. Son âme simple y vit, à tout prendre, une marque de respect.



à suivre...



©Catherine Dutigny/Elsa, février 
2015
Texte à retrouver sur iPagination




Jamais trop tard !



mercredi 4 mars 2015

TippiRod - BOUQUET DE PERSONNAGES POUR ELSA !



BANDE AUDIO ICI



LEVER DE CARNETS !




Marthe - Vous n'avez pas oublié j'espère ?

Jules - Quoi donc encore ?

Arsène - Moi gue sais ! C'est l'aguiversaire de notre auteur à nous !

Charlotte - Oui ! Oui ! Oui ! Youpi !Le maître va souffler les bougies sur un beau gâteau plein de crème !

Maître Cormaillon - Ah non ce n'est pas du tout la date de naissance de notre brave instituteur. Mémoire de notaire !

Marthe - Ce n'est pas vrai ! Vous n'avez toujours pas compris ? Les notes 3, ça ne vous a pas suffi ! Si c'est comme cela que vous étudiez mon dossier, Maître...
 Ah cela pour vous souvenir, vous vous souvenez... tous que vous en êtes ! La mémoire ne sait pas tout, figurez-vous !

Arsène - C'est gomme ça ma bonne Marthe ! Gue Goulez-Gous ! Les humains lisent et disent parfois plus vite gue le grain...QUE le TRAIN  passe !

La bibliothécaire - Pas tous voyons mon petit Arsène loquace ! Pas tous heureusement, mon Arsène aimé ! Nous avons de très bons et fidèles lecteurs, très attentifs...qui lisent autre chose que des inepties...

(Elle lance un regard noir en direction de Jules)

Jules - Ben je croyais que vous alliez fermer vous ! Je lis ce que je veux d'abord, je n’ai pas de compte à vous rendre, seulement des livres ! 

Jean - Ne nous disputons pas mes amis, un si beau jour ! Va plutôt nous ouvrir une bonne bouteille Jules !

Marthe - Ooooooh ! Toi Jean ! Il ne manquait plus que cela ! Si mon frère se met à boire autant que le cantonnier et ses compères au bar "Aux Demoiselles", nous courons à la perte certaine !

Maître Cormaillon - Dîtes donc la Marthe, vous n'avez pas toujours fait autant de manières...

Charlotte - Des bulles ! Des bulles ! Pas de manières ! Pas de manières ! Le chat y parle ! Le chat y parle ! Des bulles et des bougies, oui, oui, oui ! 

Jules - Je ne demande que ça ma Charlotte, mais en l'honneur de qui, de quoi ? Mettez-vous d'accord !

Marthe - Parce que vous avez besoin d'un honneur pour déboucher ! Première bonne nouvelle de cette journée ! Notre chère romancière va être ravie !

La bibliothécaire - C'est l'anniversaire de Catherine ? Catherine Dutigny ? C'est bien cela que vous voulez dire Marthe ? Elle va venir aujourd'hui ? Oh la la !  Et l'on ne m'a pas prévenue ! Quel bonheur !  Elsa, Elsa Saint Hilaire, ici, parmi nous ! Faites-vous beaux et oui, Charlotte a raison, il faut des bulles et un beau gâteau ! 

Jules - Eh ben ! Va falloir vider la cave ma parole ! Ils sont combien "Notre auteur" ! 

Marthe - Ne vous faites pas plus sot que vous ne l'êtes, Jules. Je sais ce que vous mijotez depuis la nuit qui fut fatale au coq du père Baillou.

Arsène - Ah ça goui ! Je suis d'aggord ! Jules il n'est pas sot du gout...Gu tout...Du Tout ! 
(Je finis goujours par y arriver !)


Jules - Merci le chat, tu me fais plaisir ! C'est vrai, je le sais que les auteurs, ils usent de pseudonymes parfois pour écrire des choses, comme les carnets secrets de l'instituteur par exemple. Et cela ne les empêche pas d'avoir un vrai nom pardi ! 

Michèle - Juste une histoire de timing !

Jean se précipita, débordant d'enthousiasme, il eut trop peur que cette intervention de Michèle ouvre un débat, disons, scabreux !

Jean - Eh bien le timing, c'est aujourd'hui et maintenant ! Trêve de toute baliverne ! Allez !Tous en chœur, reprenez après moi :


JOYEUX ANNIVERSAIRE NOTRE AUTEURE !   

L'instituteur - En notre temps, celui auquel Elsa nous offre vie, auteur ne prenait pas de E au féminin.   

Arsène Ça ne m'étonne pas de vous ! Vous ne savez jamais sur guelle patte danser, vous, les humains ! Mais je vous aime bien gand même !

Jules - Faut toujours que tu aies le dernier mot, le chat ! Limoges et alentours, il n'y a bien que ton maître - pas vous Cormaillon ! le vétérinaire, pour ne pas s'en apercevoir !  

Arsène - Et vous Jules, jamais le dernier verre  ! Levez-le pour m'engourager ! Notre enquête n'est pas terminée, le suspense est à son comble ! Je suis fier d'avoir été nommé et inscrit à la page « L'inspecteur Arsène et les carnets secrets »

Alors !


 San "Notre Auteur", longue vie   à vous et à nous ! 

Et un beau grand succès aussi !

Tous nos meilleurs ux d'anniversaire ici réunis ♥



Montage Tippique ♥



Avertissement : Ceci est une fiction et toute ressemblance avec des personnages déjà copyr@ïtés...

En effet, dans la réalité de ces carnets secrets, seul Jules peut entendre Arsène, le chat du vétérinaire, s'exprimer humainement et gorrectement.

Et surtout n'oubliez pas ! Demain jeudi, matin, neuf heures pile, tout le monde, rendez-vous chez Maître Cormaillon ! Vous aurez même des nouvelles du maire !

Mais en attendant, vous pouvez cliquer sur l'image pour aller faire une petite visite à Elsa !




Tout un roman à lire et à écouter !

CARNETS SECRETS - ELSA/CATHERINE DUTIGNY








mardi 3 mars 2015

MARCEL FAURE - 0211 à 0215 de La danse des jours et des mots







Jeudi 19 avril 2012 

Je balaye encore les fleurs desséchées du mimosa. Elles se sont insinuées partout. Elles croisent sur la carpette quelques feuilles de buis, souvenir des pentes du château de Crussol. Lloydia en avait cueilli quelques brins pour montrer aux poussinettes qui ne comprenaient rien à ce Dimanche des rameaux d'une religion qui n'est pas la leur.
Mais ce Dimanche, déjà trop lointain, n'était plus dans leurs préoccupations. Toujours dans l'instant, les enfants écrivent leur vie au jour le jour. Et nous, adultes responsables, toujours à vouloir expliquer, projeter et pousser vers le futur, l'innocence qui ne demande rien ou presque.
- Tu pourrais me donner un bonbon s'il te plait.



Vendredi 20 avril 2012 

Dans quel tombeau sont enterrés les mots éphémères, ceux que la langue prononce juste pour se prouver que nous sommes vivants. Les mots de pacotille, rutilants comme un bijou en toc, ou discrets, à peine audibles, s'en vont par la fenêtre de la bouche, vers un destin obscur.
Comme nous, matière informe, décomposés, recomposés, ils nourriront plus tard la ferveur d'un poète qui les mettra en scène pour notre grand plaisir.
Ce n'était qu'un mot fat le voici gentilhomme à croiser le fer du vers et de la rime.



Samedi 21 avril 2012 

La rosée s'évapore et je ne sais rien d'elle. Qu'a-t-elle récolté au creux de l'alchémille, ou qu'a-t-elle apporté de si précieux ? Nul ne pourra jamais faire de l'argent avec ce diamant brut, si délicatement exposé au creux du limbe. Et c'est tant mieux.
Elle s'en retourne au nuage dans un murmure, comme si, à mon oreille ... mais je n'ai rien compris.



Dimanche 22 avril 2012 

Que devient notre mémoire lorsque nous disparaissons. Pour certains le témoignage d'une maison, d'un pont, quelques toiles sauvegardées dans un musée, un manuscrit dans une bibliothèque mais pour la plupart d'entre nous juste un transfert de quelques évènements dans la mémoire de nos proches, voilà ce qu'il reste de nous.
Dans chaque goutte d'eau la mémoire de ce qu'elle a vécu. Alors chaque fois que nous avons pris la pluie, joué avec la vague, passé sous la douche, un peu de notre vie s'en est allé rejoindre la mémoire collective. Notre stèle immense et belle de vert et de bleu, herbes et océans, partout la nature parle de nous.



Lundi 23 avril 2012 

Sans cesse rassemblés dans l'œuvre collective, nous cherchons cependant à nous différencier, à être uniques. C'est notre méthode pour apporter chacun une petite touche à ce fabuleux tableau. Retouche infime qui sublime le chant sans fin de la vie ... Et recouvrir le sang qui éclabousse les marges.
Rien n'est jamais achevé.
















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