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dimanche 18 mai 2014

EVE ZIBELYNE - LE PARADIS DE MONSIEUR PINGWEE









Illustration de ZIB



LE PARADIS DE MONSIEUR PINGWEE



Monsieur Pingwee arpente Oxford Street en mesurant ses pas. Il les compte, méticuleusement. Il a déjà parcouru trois cent dix-sept pas. Ce n’est pas possible ! La pluie a dû le trahir. Il se sera trompé. Mais qu’importe !

Monsieur Pingwee allonge la semelle. Il accroche du regard l’enseigne de Mademoiselle Rosy. Son pas se règle. Trois cent cinquante pas.

Le petit homme s’abrite sous l’élégante marquise de la boutique de lingerie. C’est son bonheur quotidien. Chaque jour, il vient contempler les délices suaves des dentelles qui ornent les jambes fuselées des mannequins. Les froufrous délicats l’émeuvent tant !
Insensible à la pluie qui lui trempe les chaussures, il scrute les blancs festons artistiquement posés sur les étagères parme.

La boutique est pour lui un bonbon. Les murs tendus de tissu rose et le parme qui dessine ses rangées de friandises le transportent dans un autre monde. Un monde qui n’appartient qu’à lui.

Monsieur Pingwee est amoureux. Il a beaucoup de chance, en cette journée pluvieuse. Mademoiselle Rosy a refait la vitrine. Des trésors s’offrent au regard, des bijoux, de véritables œuvres d’art.
Point ici de Bisette et de Gueuse. « Au palais des demoiselles », sont exposées les plus belles des dentelles. Dentelles de Bruxelles, de Venise, de Gênes et des Pays-Bas.
Des dessous au point d’Alençon, de France ou de ce point de Venise, qui s’exécute tout entier à l’aiguille. Des culottes au point de Bruxelles, des gaines au point d’Angleterre. Des merveilles en Malines, faites tout d’une pièce, au fuseau, riches et brillantes comme le cœur d’une duchesse.

Une pièce en chant jeté attire son attention. Un bustier blanc, virginal, sublime, qui orne un mannequin à la taille de guêpe dévoile ostensiblement une poitrine à peine pubère.
Monsieur Pingwee caresse des yeux la chevelure rousse de la beauté intemporelle. Cet orangé fantastiquement chaud le traverse comme un poignard en plein cœur. Cette chevelure est coulée d’un or brûlant dans ses veines. La dentelle immaculée est une brise printanière.

Il n’est pas, comme bien de ces messieurs, attiré par le rouge ou le noir qu’il juge trop vulgaires. Il aime le jaune, les orangés, le rose piquant, et ce blanc qui le ramène à la pureté des origines.

Il en a tant soupé, du gris et de la morale qui s’y accroche comme une harpie décharnée. C’est un honnête homme qui convole depuis trente années en justes noces avec son épouse, une respectable Écossaise. Trente années de mariage sans anicroche !

Les dentelles blanches de ce mariage se sont vite ornées de grisaille. Jetée aux orties, la charmante culotte en dentelle de Calais ! La grosse cotonnade a vite pris sa place sur les étagères du dressing. Elle s’est élargie au fil du temps, comme le tour de fesses de sa dame. Le dressing eut tôt fait d’envahir la pièce contiguë repoussant vers la cave la collection de voitures anciennes du mari. Il obtempéra sans soupirer, en homme honorable qui se garde de susciter l’ire de son épouse. De ce jour, il s'est pris d’une certaine nostalgie, et, ne pouvant se consacrer chez lui à sa passion pour l’automobile, il s’en est allé au-dehors quérir un club où la gent féminine ne pouvait pénétrer.

Monsieur Pingwee a le bonheur d’être rentier. Sa journée coule, bien ordonnancée. Il a découvert la boutique de Mademoiselle Rosy en allant au club, un jour de tourmente. Jamais il n’aurait levé les yeux, si cette tempête ne l'avait poussé sous la marquise protectrice.
Là, sous une pluie torrentielle, il s’est laissé envahir par une douceur inhabituelle. La blancheur virginale, rehaussée de délicates couleurs a chassé les brumes pesantes du mariage. Il s’est retrouvé fringant comme un jeune homme, à rêver de cuisses fuselées et de rondeurs pommelées.

Chaque nuit, il rêve de dentelles. Ses songes l’emportent tellement que son épouse, choquée de ses tentatives d’attouchements, s’est exilée à l'autre bout de la maison, délaissant chambre conjugale et dressing.

Les voitures ont pris la place des culottes abhorrées. Monsieur Pingwee a fait livrer des draps ornés des plus belles dentelles d’Espagne pour consoler sa dame. Du moins, c’est ce qu’elle a cru, car, par souci d’équité — disait-il — il dormait, comme elle, dans la dentelle.
Ses nuits, comme sa vie, devinrent paradis et c’est gaillard que, chaque soir, il reculait un peu plus l’heure de rentrer déplier sa serviette de table.

C’est cet hiver qu’il apprécie le plus la devanture scintillante. Son premier hiver. Le contraste entre le bleu nuit du ciel et le clinquant de l’étal devient alors œuvre d’art.

— Il va prendre froid ! Disait la mercière en hochant la tête.
— Pour sûr ! Répondaient les clientes, intriguées de l’affection de ce petit homme pour la lingerie.

Tous les commerçants d’Oxford Street connaissent le soupirant de la modiste. C’est ainsi qu’on le nomme, car, jamais il n’a dévoilé son nom. Sa discrétion exemplaire et sa constance forcent l’admiration. Jamais il n’a poussé la porte de la boutique. Il se contente d’un salut poli lorsque Mademoiselle Rosy agence sa vitrine. On entre chez elle par quatre marches qui mettent son intérieur hors de portée des regards trop curieux.
Un haut muret supporte des vitres toujours propres. Les présentoirs, à hauteur des yeux des passants, offrent un écran protecteur aux dames lorsqu’elles font ouvrir les cartons affriolants. Monsieur Pingwee, lui, peut se délecter à loisir de dentelles, jabotant sous le paletot sans subir les avanies de clientes ulcérées.
Depuis sa découverte du lieu, il a développé en cachette une pratique toute particulière. Il parle aux mannequins !

Il a souffert mille morts lorsque la belle rouquine est partie se faire repoudrer le nez. Trois longs jours pendant lesquels il a arpenté le trottoir dans des soliloques ardents dissimulés sous son cache-nez !

Il a cru défaillir en la retrouvant, là, plus belle encore qu’auparavant, son petit nez mutin transfiguré d’un artistique coup de pinceau. Ses pommettes à l’incarnat délicat l’appelaient. Il avait envie de la prendre dans ses bras, de caresser le velours de sa peau, de froisser la dentelle de son caraco. Étourdi, il a glissé la main dans les lacets de la guêpière tissée de fils de soie. Grisé, il a entrouvert les délices parfumés de ses cuisses volages qui s’offraient sous les volants de chantilly. Volubile, il a psalmodié des poèmes en offrande à sa mie, de ces poèmes qui lui venaient la nuit, en d’étourdissants concerts de mots qu’il griffonnait sur son gros carnet de cuir vert.
Les commères du quartier n’en revenaient pas. Une heure trente qu’il était là, planté devant la vitrine, à attendre on ne sait quoi ?

— Il faudrait appeler la police ! Chuchotait la vieille demoiselle Longjohn.
— Enfin, voyons ! La police pour un homme de sa condition ! Vous n’y pensez pas ! Rétorquait Madame Clawsee qui en pinçait pour lui.
— Et s’il se prenait d’attaquer Mademoiselle Rosy ?

Un long silence, lourd et dubitatif, avait cloué le bec des commères. Les pensées les plus folles se lisaient dans leurs yeux.
Mademoiselle Clawsee se voyait courant au secours de Mademoiselle Rosy. Elle la protégeait de son corps et subissait les assauts effrénés du soupirant de la modiste. Elle criait, éperdue, appelant de ses vœux l’instant fatidique où il parviendrait à ses fins.

Elle en fut pour ses frais. Le petit homme partit avant l’heure de la fermeture, la laissant décontenancée, l’intérieur tout tourneboulé, sous le regard noir de Madame Gloucester qui nourrissait les mêmes ambitions.
Depuis ce fameux soir, les commères y regardent de plus près. Elles notent les habitudes de Monsieur Pingwee, au cas où…

Lui, obnubilé par son amour pour Griselda, ne voit pas cette attention dont il fait l’objet. Sa Griselda, c’est ainsi qu’il l’a nommée, le ravit de son charme.
En mignonnette ou en lacis, elle se dévêt pour lui en ensorcellements de chaque instant.
Mais, ce qu’il attend avec une brûlante impatience, c’est l’approche de Noël. Fébrile, il se demande comment elle va se parer.
Va-t-elle rester classique, en sobre guipure blanche ? Osera-t-elle s’enguirlander de lumière ?
Choisira-t-elle une bisette délurée comme ses amies de Regent Street ou sera-t-elle femme fatale, telle une James Bond girl ?

Ce soir, il vient de la quitter, à regret. C’est un arrachement de plus en plus fort qui lui broie le cœur. Il a beau retarder l’heure, il lui faut partir. Pour rien au monde, il ne voudrait se trouver face à face avec mademoiselle Rosy. Ce serait inconvenant. Il reviendra demain. Le livreur a déposé de nombreux cartons. Demain, la vitrine sera changée.

Il remonte Oxford Street à pas comptés, puis disparaît dans la nuit.
La mercière le suit des yeux en descendant son rideau de fer. Les derniers passants pressent le pas. Tout est calme, comme à l’habitude.

Monsieur Pingwee a déplié sa serviette de table. Religieusement, il mange son potage aux mushrooms. Il suçote sa cuillère avec un léger sifflement, sans lever les yeux de son assiette. Madame Pingwee est plantée devant Benny Hill. Elle retrousse les lèvres sur des dents jaunies par le tabac. Elle fume à ses heures, c'est-à-dire, toutes les heures.
Elle a l’air d’un cheval prêt à traire — pense son mari qui esquisse une ombre de sourire à cette idée incongrue. L’épouse, enhardie par cette inhabituelle marque d’affection, lui sert une deuxième louche de l’insipide breuvage.
Imperturbable, le petit homme boit sa soupe d’un air profondément inspiré. Il a eu comme une illumination.

Le lendemain, il est debout à l’aube. Fringant dans ses bottes, rasé de près et parfumé, Monsieur Pingwee remonte Oxford avec allant. C’est d’un pas décidé qu’il pousse la porte de Mademoiselle Rosy. De l’autre côté de la rue, la mercière ne sait plus à quel saint se vouer. Les clientes se font attendre, et elle est seule. Mon Dieu ! Et s’il arrivait quelque chose !

N’y tenant plus, elle ferme le verrou et traverse la rue. Sur la pointe des pieds, elle glisse un regard entre les bustiers écossais que la demoiselle vient de mettre en rayon.
À l’intérieur, la modiste est aussi rouge que la culotte suspendue au-dessus de sa tête. Son soupirant, ici ! Elle a tant attendu ce moment, espérant que ce monsieur timide franchisse un jour le seuil.
Le monsieur regarde avec attention sa nouvelle vitrine. Ses yeux brillent et il articule silencieusement des mots qui ne lui sont pas destinés. Il touche avec tendresse les lacis, les dentelles mignonnette, les lourds corsets empesés et les blondes aériennes.

— « … La clarté de la lampe se jouait dans un fouillis de dentelles noires et d’étoffes d’un ton violent, mais équivoque… »

La modiste sursaute au son de la voix de son client qui déclame du Baudelaire. Il caresse des dentelles ivoire plissées, mais son regard est fixé sur sa dernière création. Une guêpière et son porte-jarretelles en dentelle de Bruges d’un orange brûlant. Le vertigineux bustier a de quoi faire rougeoyer le cœur le plus pur. Les délicats entrelacs ivoire du dos sont à faire frémir. Les doigts de Monsieur Pingwee en suivent les contours. Il desserre et resserre les lacets de soie avec une précision redoutable.
Cet homme-là s’y connaît en femmes — se dit Mademoiselle Rosy.

— Désirez-vous que je fasse porter l’ensemble chez vous pour l’essayage ?

Elle a parlé d’une voix tremblante, réalisant qu’il existait sans doute une dame, quelque part, à qui ce cadeau serait destiné.

— Ce ne sera pas nécessaire. Je vous remercie.

La voix est ferme, posée. Il sait ce qu’il veut. Ce n’est pas encore cette année qu’elle passera le réveillon, un homme à son bras…

Résignée, la petite modiste plie la guêpière dans un papier de soie parme. D’un geste décidé, son client a choisi une nuisette ravageuse en chantilly noire, d’adorables culottes blanches finement ciselées et quelques bustiers. Un jaune, un blanc liseré de mauve en point d’Alençon, un délicat fuchsia bordé de dentelle de Calais et un petit bijou de fantaisie en dentelle plissée.

Les mignons petits triangles de tissu destinés à couvrir les rondeurs du dessous se laissent emballer sur le comptoir par la main experte de Mademoiselle Rosy. Le montant de la commande la console de sa déception. C’est une affaire rondement menée et le Monsieur paye rubis sur l’ongle. À la caisse, le petit homme compte ses billets un à un. La jeune fille entend le crissement méthodique des billets en répons au froissement délicat du papier de soie coloré qu’elle plie avec art.

Derrière la vitre, la mercière ouvre de grands yeux. Elle voit les boites s’entasser dans le grand sac de papier glacé. Un deuxième sac accueille les boites de bas et quelques fanfreluches. La demoiselle a préparé de magnifiques paquets aux nœuds aussi gros que les petites culottes enfermées dans leur enveloppe de soie.
Le Monsieur attend près de la caisse. Elle ne voit que son chapeau qui s’incline au rythme de Dieu sait quoi ! La modiste lui tend ses volumineux paquets. Il va sortir...

Sur un salut fort cérémonieux, Monsieur Pingwee quitte les lieux. Sous la marquise, il fait un dernier adieu à sa chère vitrine. Dans sa poche de veston, il flatte un objet et sourit avant de reprendre son chemin. La rue lui paraît bien joyeuse à cette heure.
Il passe devant la mercière sans plus la voir qu’à l’habitude et s’enfonce dans la brume.

Il ne reviendra pas le soir, ni le lendemain. Tout Oxford Street est en ébullition. Depuis presque un an que le petit homme s’arrête devant cette vitrine, et le voici qui s’évapore…
— Quoi ? Il achète la moitié du fonds et il disparaît ? Outrée ! Madame Clawsee, je suis outrée !

— Comment ? Il ne vous a même pas invitée à boire le thé ? Quel goujat ! Pérore, Madame Gloucester.

Mademoiselle Longjohn reste de marbre. Elle ne sait que dire devant cet affront aux bonnes mœurs. Ne pas violer la petite, soit ! Mais ne pas l’avoir invitée à prendre le thé ? Elle ne comprend rien à cette nouvelle génération !

Mademoiselle Rosy sert le thé.
Sa boutique ne désemplit pas. Ces messieurs, informés de sa mésaventure par ces dames, sont venus s’enquérir des choix de son mystérieux amateur de dentelles. Il va sans dire que les dames ne voulaient pas être en reste.
Elle a tant vendu de dentelles que le banquier l’a invitée à prendre le thé le jour de Noël. Il est gentil garçon, et peut-être passera-t-elle le réveillon de fin d’année au bras d’un homme ?
Elle a conservé une guêpière en dentelle de Bruges, d’un orange brûlant…

À quelques rues de là, Monsieur Pingwee travaille dans son atelier. Son épouse est partie chez sa mère. Enfin, c’est ce qu’il a dit au livreur de lait… Monsieur Pingwee ne boit pas de lait.
Le crissement de la lime sur le métal accompagne Benny Hill, qui occupe le salon, comme à l’accoutumée.

Cette nuit, c’est Noël. Le plus beau Noël de sa vie !

Le jour se lève brumeux, comme à l’accoutumée. Tout est calme dans les rues. Dans Oxford Street, un attroupement insolite grossit sous le soleil blême.

On a cambriolé Mademoiselle Rosy ! Rien n’a été abîmé pourtant. Les dentelles précieuses n’ont pas bougé d’un cil. La porte n’est pas fracturée, mais un mannequin a disparu...
Le policeman suit la piste qui se perd dans la brume. Quelques flocons, trop légers, ont gardé l’empreinte des petits pieds de celluloïd. Le vent a chassé les traces au premier coin de rue.

— Le mannequin s’est enfui…
— Elle cherchait le petit Monsieur, vous savez ! Celui qui ne vient plus…
— Croyez-vous ça possible ? Un mannequin amoureux ? Fadaises que tout cela !

Mademoiselle Rosy sert le thé. Cette nouvelle aventure va attirer toutes les clientes de Régent Street. Sa fortune est assurée !

À quelques rues de là, Monsieur Pingwee sert le thé. Griselda, vêtue d’une guêpière en dentelle de Bruges d’un orange brûlant, secoue son opulente chevelure rousse.
Le petit homme caresse l’incarnat de ses joues de velours. Il la prend dans ses bras, froisse la dentelle de son caraco. Étourdi, il glisse la main dans les lacets de la guêpière tissée de fils de soie. Grisé, il entrouvre les délices parfumés des cuisses volages qui s’offrent sous les volants de chantilly. Volubile, il psalmodie des poèmes en offrande à sa mie, de ces poèmes qui lui viennent la nuit, en d’étourdissants concerts de mots qu’il griffonne sur son gros carnet de cuir vert.

Sur la table du salon, une clé repose dans son étui de cire, la clé de son paradis.



Texte protégé et édité en 2013
chez Racine&Icare
dans le recueil collectif



samedi 17 mai 2014

DURANDAL - CENT HONTES CENT REMORDS








À votre cent an !




CENT HONTES, CENT REMORDS



Il fallait apprendre à compter jusqu’à cent parce qu’après, cela irait tout seul. Combien de fois as-tu compté jusque cent ? La première fois c’était difficile, tu as cru que tu n’y arriverais jamais. Tu as compté le plus vite possible, tu craignais de ne pas arriver, cela te paraissait si loin ! Et pourtant tu y es arrivé et quand ta mère t’a dit avec un sourire grand comme un vent de liberté qu’après, cela recommençait tout pareil, tu t’es senti trahi, tu t’es découragé, tu étais au bord d’un désert et il ne servait à rien d’aller plus loin, tout était vain.

Le lendemain, on fêtait l’anniversaire de ton arrière-grand-père, il trônait à un bout de la table, toi tu étais de l’autre côté, tu n’as rien vu d’ailleurs quand il a soufflé sur ses bougies. Tu étais trop loin, trop petit. Tu te souviens juste qu’il avait l’œil à moitié fermé et qu’il trouvait le gâteau si bon pour faire plaisir à ta mère. C’était un âge incroyable, un nombre à trois chiffres, c’était tellement grand et tu ne savais même pas le diviser par ton âge, c’était même plus que l’éternité. Il avait dû voir les dinosaures. Pour toi, la vie n’avait pas de fin. Plus tard, tu as compris mais il te fallait vivre encore plein de fois ce que tu avais vécu pour être le plus âgé de la troupe. Et tu as décrété qu’il ne fallait pas compter les premières années puisque tu n’en avais aucun souvenir. Cela te permettait de dormir et de rêver à autre chose. Seulement tu savais compter, tout a changé et l’horloge a tourné pour toi aussi. Et quand les punitions pleuvaient, il s’agissait toujours de copier cent fois des verbes à des temps que n’utilisait même plus ton aïeul.

La règle de trois a été la plus dure à avaler, cela t’a gavé ces pourcentages, tout était relativisé. En fait c’était la règle du sacrifice qui passait mal, refuser de vivre le présent pour se régaler d’un avenir hypothétique. 

Ah ! Ce refrain, passe ton bac, tu verras, après cela ira tout seul. On t’a promis une carotte pour t’encourager, c’était cent quelque chose mais quelque chose sans beaucoup d’amour. Mais il n’y avait pas que toi, tes copains c’était pareil. Le père de Joseph chantait la même rengaine, à croire qu’il avait fréquenté la même taule que ton père. Alors bien-sûr, vous les avez crus, vous étiez des bons garçons quand-même. Des pommes ! Pire des betteraves, engluées dans le sol, incapables de voir au loin, de regarder le soleil qui brillait pour tout le monde. Il fallait tout supporter, même ce prof, au prénom mythologique, Ulysse qu’il s’appelait, tout droit sorti d’une légion étrangère au genre humain. Il prétendait te faire nager cent longueurs dans le bassin au milieu des sirènes auxquelles il apprenait à plonger. Elles ne demandaient qu’à rire, et des jambes à vous dégoûter de la géométrie pour le restant de vos jours. Quand vous avez mis la tête d’Ulysse sous l’eau, il a cru qu’il ne reverrait plus sa Pénélope. L’envie de gueuler lui a passé ce jour-là, il a fait semblant d’oublier l’épisode, il ne devait pas être clair non plus celui-là… 

Heureusement, un jour elle t’a dit que son cœur battait à cent à l’heure, tu ne l’as pas cru, tu y as mis la main, c’est vrai que cela bougeait, tu as voulu vérifié, tu y as mis l’oreille, t’aurais pas dû regarder, ton cœur aussi s’est affolé, tu as cru que t’allais faire sauter le compteur. T’étais fichu, le virus était inoculé mais tu ne t’es pas plaint, tu en as redemandé même. Tu n’as pas bien compris l’air réjoui qu’elle a eu quand le prof de philo a dit que dans cent jours on aurait les résultats du bac, une espèce de loto auquel t’étais obligé de jouer. C’était loin, tu aurais voulu que vos charmantes discussions durent toujours. Apprendre à la connaître, c’était l’aimer et tu pensais que la vie ne suffirait pas à la découvrir. Mais elle n’y croyait plus, elle voulait que cela finisse au plus vite, elle n’était pas sincère ? Elle n’a pas cru en toi, tu ne lui as peut-être pas dit clairement les choses. Les sentiments s’accommodent pas mal à la pudeur-mayonnaise. Dommage ! Enfin, t’as pu mettre son image dans ton missel même si tu as perdu la fois. Il te reste un petit pincement au cœur à chaque fois que tu vois une silhouette qui lui ressemble, tu tressautes quand tu entends ton prénom prononcé avec cette intonation si particulière qui était la sienne. 

Toute ta vie, tu n’as entendu que cela ! Était-ce bien une vie, d’ailleurs ? Cela ira mieux demain ? La vie, c’était demain. En attendant, il te fallait serrer les fesses. 

Après le bac, c’était pire que le bac. C’était les mêmes salades, mais les cageots étaient remplis à dégueuler les feuilles. Il n’y avait que le bénédicité qui ne changeait pas mais en plus, il fallait le réciter à genoux. Cela ira mieux l’année prochaine, ce sera plus cool. En attendant, tu profiteras de tes vacances pour réviser ton anglais sous le ciel gris des fantômes. Ne t’inquiète pas, le soleil tu le verras, l’année prochaine, il t’attend. Cette rengaine, tu l’avais dans le sang. T’as de la chance quand-même, il y en a qui ne supportent pas les études. Après le concours, cela ira mieux. Ouais, c’est ce qu’on croyait mais on ne les a pas vus les cent tours de manèges, il fallait ingurgiter des trucs indigestes à vous détruire l’imagination pour plusieurs générations.
 Au départ, on partait avec un sérieux handicap parce que les vieux n’étaient pas folichons. À la fin, on ne savait plus rien faire d’autre que de tourner les pages de leurs satanés bouquins, on avait une maladie professionnelle avant de bosser. 

Tu te rappelles la première fois que l’homme au képi t’a sifflé, ton cœur s’est mis à battre à cent à l’heure, il prétendait que ta guimbarde avait roulé à plus de cent. Il a été sympa, c’était bon pour une fois. Je crois qu’il a esquissé l’ombre d’un sourire sous sa sévère moustache. Il a du penser à sa première fois, ce grand nigaud !

La vie, tu n’en avais rien vu alors ils t’ont enfermé dans une prison, histoire de voir si tu pouvais vraiment te passer de soleil et penser selon la méthode du manuel qu’ils avaient utilisé pour perdre la guerre de 14. T’étais bon pour le service, il suffisait de te donner une perm de 36 h, juste le temps de dormir dans le train et tu étais content, tu vivais dans la hantise qu’on te sucre ta perm et que le train parte sans toi. Cent, c’est beaucoup quand-même, mais quand t’en as plus compté que cent, le sourire est revenu garnir ta tête de bagnard.

C’est quand le train t’a ramené chez toi que les ennuis ont commencé. Tu t’étais ennuyé à cent à l’heure alors t’avais le droit de te rattraper, rattraper le temps perdu et pour y arriver tu pouvais toujours courir. Alors, tu as eu le droit aux vieilles rengaines. Ils n’ont plus osé parler de demain, ils ont dit plus tard, un temps indéfinissable… En fait, un temps qui dépendait de toi, le temps que tu t’y fasses et si tu ne t’y fais pas, c’est du pareil au même. Mais tu as bien vu que cela ne dépendait pas de toi, il fallait attendre que les autres là-haut, ils décrochent. 

Quand tu dépassais le cent avec ta bagnole intérieur-cuir, ton cœur blasé ne battait plus la chamade. L’homme casqué n’était plus ému, ta voix ne tremblait plus, elle avait cette tranquille assurance qui méritait à elle-seule une amende à cent balles. Hors les chiffres, rien ne semblait te faire trembler. 

Alors tu as voulu recommencer à zéro, tu as acheté à contrecœur un collier de cent perles à la demoiselle, cela ne te plaisait pas vraiment mais tu as pensé que cela lui irait mieux sur son cardigan mauve quand elle aurait des cheveux blancs. Tu n’as pas osé lui dire mais il fallait bien marquer le coup, la naissance du premier quand-même.

À la réunion de famille, t’étais presqu’au centre entre tes parents et tes neveux. C’était fichu, t’étais pris, le loyer, les gosses, les vacances à payer… sauf que pour toi, il n’y en avait pas des vacances. Ton sac à dos, celui que tu as eu la chance de porter une fois ou deux peut-être, celui qui t’avait donné l’impression d’être libre, il fallait l’oublier. C’était un rêve, l’insouciance, cela n’existe pas, les chansons, on les chante pour oublier. Aujourd’hui, c’est les valises, et la plage c’est pour tout le monde et toi-aussi, tu n’es pas dispensé.

Alors tu gamberges à cent à l’heure, tu fais tourner toutes ces choses qu’on a mises dans ta cervelle. Tu as tout juste le droit de dormir et encore, pas toujours! Tu reconnais à peine les gens autour de toi, tu sembles toujours penser à autre chose, c’est vrai tu as l’air triste comme si tu venais de réaliser que tu ne pourrais pas rouler dans la même voiture gris métallisée que le voisin du quatrième. Tant pis, on ne peut pas tout avoir, ta femme a opté pour la cuisine selon les conseils du décorateur, parce que tu as toujours eu peur d’afficher tes goûts et d’affronter le regard de l’autre. 

Heureusement, tu as eu envie de tout plaquer, ce n’était qu’une envie mais cela prouvait que le fond était bon. C’est quand-même intéressant de perdre sa vie dans ces conditions, tout était bien organisé, tu n’avais pas une minute à toi, sans cesse sollicité. Et puis, il faut avouer que c’est plus facile d’avancer sur les rails que de tracer sa voie. Tu as essayé de te regarder avec tendresse et même avec de la bienveillance mais tu n’as pas su apprivoiser le miroir et t’es revenu pousser, comme les autres, pour faire tourner le manège. Les cent tours, tu les as comptés, ils t’ont donné des cales aux mains.

Tes enfants t’ont offert pour ta fête des pères un livre avec les cent plus beaux tableaux ou monuments ou je ne sais quoi, des livres de cimetière à te dégouter de l’art, des livres sans vie et tu t’es aperçu que tu n’avais jamais rien partagé avec eux, tu étais passé à côté du monde au pas d’un cheval borné par ses œillères. 

Évidemment, un jour les enfants sont partis. 

Aux réunions de famille, tu te rapprochais du bout de la table. Les rangs se sont clairsemés, il y avait beaucoup de jeunes, beaucoup de plus jeunes. Tu as eu le droit de t’endetter pour acheter ta geôle. De toute façon, tu seras libre quand t’auras cent briques, c’était presqu’écrit. Tu n’as pas le choix, dépêche-toi dans dix ans il sera trop tard. Dans dix ans, tu seras réformé, tu seras un raté pour toujours, un raté depuis toujours, et tu ne peux t’en prendre qu’à toi-même. Rassure-toi, les autres ont été pris dans le même filet à papillons. Les illusions, ce sont des bidules qui ne se rachètent pas. Et si tu veux crever propre, t’as intérêt à assurer tes arrières. 

Comme tu as été sage, tu auras le droit d’aller voir les bandes dessinées dans les pyramides, histoire de mélanger les centaines avec les milliers d’années. Et s’il te reste cent sous, on te fera une nouvelle salle de bains ou une piscine dans le jardin pour que les petits-enfants viennent te voir. Avec ta santé, mon gars, tu feras partie des centenaires. Pas pour jouer à la belote, non, pour montrer que cent ans, c’est vite passé, plus vite que tu ne l’avais pas imaginé. Avoue que tu n’as pas imaginé grand-chose, toujours en train de compter, t’as suivi la route, tu ne l’as même pas tracée, tu as juste soulevé un peu de poussière pour que les suivants y croient encore.

 Alors, assis à un bout de la table, tu t’accroches pour ne pas tomber. Tu regardes avec ton œil à moitié fermé, ce gâteau aux fraises et derrière les bougies, à l’autre bout de la table, la frimousse, naïve comme l’espoir, d’un petit garçon. Il ne sait pas encore compter jusqu’à cent.  



TOUS DROITS RÉSERVÉS 

DURANDAL - LA MALADIE ET L'ORPHELINE








"Nous irons nous promener le long de la jetée..."






La maladie et l'orpheline



Je n’ai pas compris quand le médecin a parlé de maladie orpheline, j’ai éclaté en sanglots, j’ai cru que cela recommençait. Ce n’est pas ma faute si mes parents sont décédés dans un accident de voiture, je n’y peux rien. « Orpheline, la petite est orpheline », c’est la rengaine que j’ai toujours entendue chuchoter derrière mon dos. Je suis la coupable idéale, je me suis toujours sentie coupable. C’est vrai que j’ai eu une aventure mais cela faisait un moment que Jérôme ne me touchait plus. Moi je rêvais de faire à Pierre un petit frère pour qu’on ait une vraie famille mais Jérôme ne voulait rien entendre. Il voulait améliorer son classement au tennis. Est-ce qu’on passe ses dimanches matins au club quand on a une famille à la maison !

Jérôme me dit que nous ne pouvons rien faire de plus, qu’à l’hôpital Pierre est entre de bonnes mains. Je ne l’ai jamais vu aussi triste, aussi pâle sur son lit blanc et ce docteur qui nous dit qu’il n’y aucun traitement pour la maladie de Pierre. Elle est extrêmement rare, il n’a jamais vu le cas. Mais Pierre n’est pas un cas. Comment peut-on rester comme cela sans rien faire et attendre? Cela va peut-être passer avec le temps ! Il veut me rendre folle ce médecin, et si rien ne se passait et si cela empirait et s’il maigrissait encore. On ne peut laisser pas Pierre en observation sans rien faire. Maladie Orpheline, j’ai l’impression d’être toute seule, punie, le bourreau à mes trousses. Pierre ne peut pas passer ces après-midi à regarder tristement la télé. Je joue aux cartes avec lui mais rien ne remplace pour un enfant le rire d’un autre enfant. Et qu’est-ce que cela veut dire ces analyses qui sont quasiment normales ?

Mais pourquoi Jérôme ne réagissait pas, il devait bien sentir que quelque chose n’allait pas. L’indifférence s’installait et cela ne l’inquiétait pas. Cela semblait lui suffire, il espérait peut-être que cela dure.

Mais pourquoi moi, je n’ai pas les épaules pour porter tout cela. Nous nous retrouvons tous les trois dans la chambre de Pierre, c’est peut-être pour retrouver ses parents autour de lui que Pierre me joue ce vilain tour, je suis certaine qu’il a senti avant Jérôme que ma main se réfugiait de temps en temps dans celle d’un autre homme. Je te le promets… Pierre, mais reviens-moi, ne me laisse pas toute seule. Tu es ma seule famille. Comment peux-tu avoir pensé que nous allions partir chacun de notre côté et t’abandonner ? Jamais, jamais tu ne vivras l’enfance que j’ai vécue, j’ai trop besoin de te donner ce que je n’ai pas reçu. J’ai besoin de toi, Pierre.

Je ravale mes pleurs, je suis assise sur le lit de Pierre, je souris, je ne veux pas l’effrayer mais la nuit dans mon lit, je sanglote.

« Ayez confiance, priez ! » Mais comment pourrais-je à croire à ce Dieu qu’on agitait à tout bout de champ pour qu’on rejoigne les rangs de leur horrible pensionnat. Est-ce que la vie est vraiment une punition ? Et pourquoi n’est-ce pas moi qui suis punie cette fois? Pourquoi s’acharner sur Pierre ? Il n’a rien fait.

Pierre, tu sais, je pensais à toi, j’aurais voulu que tu me voies sourire et rire. Mais à la maison ce n’était plus possible. Je redoutais que tu ne sois enseveli sous cette chape de tristesse et de silence qui menaçait de tous nous écraser. Nous aurions pu être heureux. Nous serons heureux, tu sais.

Je ne vais pas te laisser ici dans ces couloirs de souffrance. S’ils ne peuvent rien faire, je vais t’emmener à la maison, je te préparerais les plats que tu aimes, tu reprendras des forces et je te raconterai les histoires que personne n’a jamais lues. Tu ne peux pas rester ici tout seul, je sais ce que c’est, je ne veux pas que tu dormes loin de moi, je connais trop cette solitude, ces couloirs vides si froids aux pieds la nuit, ce n’est pas ce que j’ai voulu pour toi. Les couloirs sont propres ici mais ils sont plus tristes que ceux de mon orphelinat. Aucun cri, aucune cavalcade n’y résonnent. Le calme n’est pas fait pour les enfants. Je te ferai ces morceaux de pain beurrés sur lesquels j’éclaterai un morceau de chocolat avec mon couteau. Tu reprendras des forces. Ici, les plateaux-repas sont encore plus sinistres que les gamelles de la cantine de notre orphelinat mais au moins nous riions à table et cela nous mettait en appétit et nous oubliions les pleurs de nos dortoirs. Je m’occuperai de toi. Nous irons nous promener le long de la jetée, le vent nous fouettera le visage, tu auras de belles couleurs, tu feras même faire voler ton cerf-volant et nous mangerons une glace aux fraises.

À trois, nous rebâtirons notre maison, ton père nous aidera. Nous y arriverons, je te le promets. Je chanterai à nouveau, je ferai danser ton père pour te voir sourire, nous te prendrons dans nos bras, tu éclateras de rire dans nos bras et tu guériras. Je t’en supplie, Pierre, souris-moi !





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jeudi 15 mai 2014

ELSA/CATHERINE DUTIGNY - CARNETS SECRETS - SUITE 7














Suite 7



Le village, construit sur un escarpement rocheux, abritait un dédale de ruelles pentues qu’une  brume poisseuse, nouvellement apparue, avait rendues glissantes. Le chat, acrobate de naissance, se jouait de la difficulté. Incapable de marcher au tempo de l’allure humaine, il bondissait de quelques mètres, s’arrêtait, tendait l’ouïe au moindre bruit, puis filait derechef, aussi à l’aise sur le sol miroitant qu’un patineur exécutant un programme de figure libre. Il poussait le vice jusqu’à se laisser glisser à la base du prochain lampadaire où, bombant le dos, il se caressait, laissant ainsi ses phéromones indiquer sa présence à ses congénères. Jules, encore dans un état second, peinait, hésitait à chaque minime enjambée et il lui fallut pas moins de dix bonnes minutes pour rejoindre sa demeure.

Il habitait une bâtisse qui avait abrité un siècle plus tôt les écuries d’un ancien relais de poste. Les murs insalubres lui avaient été cédés par les propriétaires contre une somme modique. À force de travaux d’assainissements, d’aménagements divers qui s’étalèrent sur cinq années, et pour lesquels il avait puisé sans vergogne dans le stock de matériaux de la municipalité, il était arrivé à transformer le bouge en une demeure acceptable avec un étage, deux chambres et, luxe suprême, un cabinet de toilette. Une glycine plantée au pied du mur exposé face au sud avait prospéré et livrait chaque mois de mai une abondante floraison en grappes violacées, lourdes fontaines de fleurs papilionacées au subtil parfum de miel.

Arrivé sur le seuil, il fouilla ses poches à la recherche de son trousseau de clés, puis fit pivoter la lourde porte de chêne en évitant soigneusement de la faire grincer sur ses gonds rouillés. La pénombre régnait dans la maison, mais une douce chaleur les accueillit dès l’entrée ainsi que le fumet d’un ragoût qui éveilla l’appétit des deux larrons. Le cantonnier ôta ses godillots humides, son pantalon souillé qu’il remplaça par une vieille salopette et les pieds tire-bouchonnés dans des chaussettes de laine trop grandes à force d’être portées, il avança à pas de loup sur le vieux parquet, tandis qu’Arsène flairait d’un air circonspect ce lieu, pour lui encore inconnu. La porte de la chambre de Charlotte était entrouverte. Jules put l’apercevoir, allongée sur le lit, la tête nichée au creux de l’épaule de Christine, elle-même enlaçant la taille de sa propre fille. Les trois frêles silhouettes s’étaient assoupies et un instant, il s’en voulut d’avoir tant tardé et de rentrer dans un si pitoyable état.

Partagé entre l’envie de réveiller les dormeuses et celle de céder à la tentation de goûter au plat mijoté, il tergiversa, les sourcils froncés en signe de profonde concentration. Le matou partageait sa perplexité : devait-il satisfaire sa curiosité de félin en s’approchant des humaines qui lui offraient une place douillette au creux du lit, ou obéir à ses entrailles qui lui criaient famine comme à chaque fois que l’odeur d’un mets effleurait ses narines ? Il faut croire que ces deux-là étaient faits du même bois, car, sans se concerter, Jules referma doucement la porte à l’instant précis où Arsène pivotait en direction de la cuisine. Sur le fourneau, une épaisse marmite de fonte tiédissait en les attendant. Jules alluma la suspension au-dessus de la table : son couvert était disposé à la place habituelle. Il souleva délicatement le couvercle de la marmite et en huma son contenu.

- Hum! tu m’en diras des nouvelles, le chat… du civet de lièvre…

Arsène avait déjà reconnu à son odeur musquée, l’animal sacrifié dans la marmite. Son estomac n’en pouvait mais. Jules fit réchauffer à petit feu le repas et se versa, sous l’œil réprobateur du chat, un grand verre de vin rouge. Après avoir vérifié que la porte était bien fermée et que personne en dehors de Jules ne pouvait l’entendre, Arsène se décida à le sermonner :

- Ne pensez-vous pas qu’un grand verre d’eau fraiche serait préférable à ce gord-boyaux qui vous détruit l’esgomac et les neurones ?

Jules, qui avait fini par oublier le nouveau don de son compagnon, sursauta en entendant la voix et manqua de renverser son verre sur sa salopette.

- Dis-donc, toi… Si tu retrouves la voix pour me faire la morale, tu ferais bien de garer tes miches et de te rentrer une bonne fois pour toutes, dans ta petite cervelle de greffier, qu’il n’y a pas que les coqs ici que l’on saigne à blanc !

Le ton était réellement menaçant. Arsène avait couché instinctivement les oreilles en arrière, bandé ses muscles, prêt à fuir. Seulement voilà, l’odeur du civet était trop délectable et la colère de Jules bien trop feinte pour qu’il la prenne au sérieux. La viande commençait à attacher au fond de la marmite et Jules s’empressa de remuer le ragoût qui exhala ses senteurs de laurier sauge et de thym frais. Rendu à de meilleurs sentiments, il préleva une cuisse appétissante, dont il sectionna un petit morceau qu’il découpa en lamelles et qu'il disposa dans une soucoupe à l’attention du chat. Arsène, ayant compris la leçon, ne broncha pas lorsque son hôte avala d’un long trait son verre de vin. Seul le bruit des mandibules retentit dans la cuisine pendant un long moment.

Le repas tirant à sa fin, Jules bourra une vieille pipe courbe en bois de bruyère et versa au fond de son verre une large rasade d’eau-de-vie de poire d’Olivet. Arsène détourna la tête et mordit le bout de sa langue pour s’empêcher de protester. Le cantonnier remarqua le manège du chat, mais sourit en tirant sur sa bouffarde.

- Arrête de faire cette tête avec ton point d’interrogation entre les oreilles ! Une bonne eau-de-vie n’a jamais fait de mal à personne, non ? Sinon, tiens pardi, pourquoi que ça s’appellerait de l’eau-de-vie ? Faut pas être né de la cuisse de Jupiter pour comprendre cela… De l’eau-de-vie, je te dis… faudrait que tu essaies un coup le chat.

Accompagnant le geste à la parole, Jules remplit la soucoupe d’Arsène du liquide légèrement ambré. Sitôt les vapeurs d’alcools libérées dans la pièce, le matou sentit sa tête tourner et éternua trois fois. Son instinct ne le trompait pas et l’alcool était tout sauf un ami. Il prit le parti, pour dévier la conversation sur un terrain moins dangereux, de ramener le cantonnier aux visions qui avaient été à l’origine de son malaise, histoire de noyer le poisson, expression qu’il avait entendue dans la bouche de son bon maître et mémorisée, bien qu’elle soit une offense aux habitudes nutritionnelles de son espèce.

- Vous me disiez que la Marthe était sur le point de faire une déclaration avant que le fantôme de votre propre fille n’apparaisse et que vous ne perdiez gonnaissance. Flûte, là… ça suffit… je disais… perdiez connaissance… Auriez-vous la moindre petite idée de ce que cette brave femme était sur le point de révéler ?

Jules tassa le brulot de tabac au fond de sa pipe avec le manche de son couteau, prit le temps de réfléchir et soudain son visage s’éclaira d’un sourire.

- J’ai ma petite idée sur ce que cette brave femme, comme tu le dis si bien, allait raconter. Je la connais suffisamment pour savoir qu’elle ne manque jamais une occasion de semer la zizanie autour d’elle et de faire battre des montagnes, juste pour passer le temps. Elle s’ennuie toute seule, ça l’occupe… faut dire qu’elle a des excuses, la vieille pie… Veux-tu que je te raconte comment est mort son mari ?

Arsène hocha la tête, car s’il avait acquis depuis peu l’usage du parler des humains, il en avait également adopté les ridicules mimiques.

Jules remonta le coussin qui lui calait le dos, s’installa confortablement sur sa chaise paillée,  rebourra sa pipe de tabac aux senteurs de pain d’épices, craqua une allumette et aspira profondément et lentement la fumée de manière à exacerber l’impatience du chat qui battait de la queue avec nervosité. Puis, la lippe humide, il fit claquer sa langue.

- Tu veux vraiment savoir ?

Arsène se retint de lui sauter au visage pour le griffer.



©Catherine Dutigny/Elsa, avril 2014
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à suivre...


mardi 13 mai 2014

MARCEL FAURE - 0051 à 0055 de La danse des jours et des mots

MISE EN VOIX MARCEL FAURE




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Samedi 12 novembre 2011

Les banderilles, mon amour, lorsque tes yeux me les enfoncent tendrement, je ne les sens pas, et pourtant, sous ton corps je me couche. Mon toréro d'amour, coupe-moi la queue si tu veux, mais laisse-moi les oreilles que je t'entende rire.
Pourquoi cette métaphore tauromachique qui me suit depuis hier, alors que je combats la corrida. Ce jeu de ping-pong avec le vocabulaire m'a conduit dans l'arène littéraire et je refuse de rester un simple spectateur; ce grand Je de mots qui me dépasse, s'habille de lumières. "La vie comme acrobatie " écrit Sollers. Avec mes rhumatismes, je suis mal parti.
Ô Lloydia, joue, joue ta petite musique gaie et inventive. Apaise ma fièvre, mes angoisses, et parsème mes pas de tous ces pétales dont tes poches sont pleines. Égaie ma petite mort.



Dimanche 13 novembre 2011

Je voudrais ramasser jusqu'à la dernière miette de ton sourire et le collecter dans un écrin de lumière. Un bijou vivant, le seul qui ait quelque valeur et, si le poète explore toutes les directions, le seul vers lequel il reviendra lorsque la nuit plombera ses yeux.
Des miettes, j'en récolte également, ici ou là dans les déserts salés de l'altiplano, comme dans le grouillement de fourmi des villes. Et j'attends. Là-bas, l'âpre et dur labeur qui ne drainait que du malheur va devenir une richesse pour peu qu'il y ait assez de lithium à extraire dans le sel andin. Ici, un enfant traverse la rue sans regarder à la poursuite de son ballon magique. Brusque coup de frein, l'enfant et le ballon sont sauvés. Il a les cheveux bouclés de Rocheteau et le maillot vert qui donne l'espoir à toute une ville les soirs d'avant match.
Le foot ou comment piquer du fric dans le porte-monnaie des plus pauvres, pour verser chaque mois, une fortune qui donne le tournis, à onze guignols immatures coupés des réalités.



Lundi 14 novembre 2011

Ici, je suis à découvert, tu pourrais me tordre, me prendre en défaut, me contredire, m'humilier où pire encore, me rire au nez. Tu passes ta main dans mes cheveux avec ce léger reproche
— Vraiment, cet ordinateur ! On devrait sortir un peu, aller marcher, il fait si beau.
Allons marcher donc.



Mardi 15 novembre 2011


Internet a favorisé l'apparition de nombreux sites de poésies. Certains sont un vrai régal. Ils mettent à disposition de tous, nombres de poètes anciens libres de droits. D'autres incitent les poètes amateurs à publier leurs "œuvres".

C'est la déferlante, quelques fois de très bons poèmes ou l'expression d'une personnalité originale, mais la plupart du temps que de niaiseries. Ne croyez surtout pas que je m'oppose à ce genre de publications, très souvent reflet du désespoir de leurs auteurs comme de leurs amours heureux.

C'est cependant de la poésie comme le soulignerait peut-être encore aujourd'hui Aragon lorsqu'il écrivait " Lorsqu’un poème est écrit en vers et qu’il est plat, sans retentissement poétique, on ne dit pas de lui que ce n’est pas un poème, mais que c’est un mauvais poème." Ou Éluard : " La poésie doit être faite par tous. Non par un." Parce que " La poésie est plus utile que le pain." Mais je choisis Étiemble pour conclure "Il ne suffit pas d'être poète; il faut le devenir."

Si le cliché était un art, je pourrais dire que les poètes amateurs en sont les champions : Dame nature, notre mère la terre, les feuilles qui tombent à l'automne, le printemps qui refleurit chaque année, et nos humeurs qui changent avec les saisons ou encore la vie est un mirage, il faut tourner la page, à l'écoute de mon cœur, à côté de la plaque et enfin ces sublimes yeux bleus dans lesquels tant de mauvais poètes ont plongés. Le drame, c'est qu'ils ne se sont pas noyés. La liste n'est pas limitative. Lieux communs en bandoulière nous martelons des salves de bêtises.

Mais la vie n'est-elle pas comme un livre que l'on relit sans cesse et chaque jour un éternel recommencement ?


Des clichés, j'en commets aussi par tic de langage, parfois volontairement pour mieux servir un texte. Mais cette avalanche m'ensevelit trop souvent. Déclarer son amour pour Dame nature ou pour sa belle mérite bien un petit effort. Allez, allez, travaillez amis et ne croyez surtout pas qu'une rime, même riche embellit votre amour. La rime n'est jamais plus qu'une guirlande tape-à-l'œil.



Mercredi 16 novembre 2011

Je m'interroge toujours lorsque j'écris une critique sévère sous un poème. J'ai peur de décourager, alors que mon but est de faire réfléchir. Vouloir préserver de bonnes relations, nous rend hypocrite.






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lundi 12 mai 2014

FRED CHARLET - J'AI MIS LONGTEMPS À AIMER LA PLUIE



MISE EN VOIX JAVA







J'ai mis longtemps à aimer la pluie





On peut bien penser ce que l'on veut. On a tout son temps, après tout.

Il n'y a que la morale perverse pour te faire seul supposé que tu es en.. retard ! que tu vas forcément manquer de temps...pour faire.. pour tout faire.. ce que tu dois faire...mais quoi..

C'est ambigu cette façon d'envisager la vie, de la" matérialiser", de la concrétiser..D'être dans les rails, de suivre le troupeau. Faire ? oui, mais faire comme tout le monde ?

:" Et toi mon petit ! que voudras tu faire plus tard ? tu voudras faire QUOUA quand tu seras grand ?"

_ Quand je 'sera' grand, Je 'voudra' être remplaçant au PSG..

_Remplaçant au PSG ? Tu veux dire joueur de foot..?

_Nan ! Juste remplaçant, j'aime pas le foot. J' veux juste le salaire..

Monde mercantile...

Pourquoi travailler si on te paye à rien foutre. Pourquoi rien foutre si on te paye pour travailler...

Choc des cultures qui n'en ont plus. Obscurantisme léger de masse salariale tout aussi "légère".

"Smic ta mère !" .

Il n'y a bien que les chômeurs ou les petits salaires pour avaler la pilule anti sociale. La loi du moins pire fait encore des émules et de bonnes mules.

On est là sans assez y être.

On se bat ?

Non ! on ne se bat plus...On se défend ! c'est différent, c'est très, différent...

On gesticule...pendant qu'on..

Il te reste l'adolescence...L'Ado, l'essence. Pour ne pas te louper. Pour ne pas te faire avoir. Sinon on reparlera de mon article.. à l'article de la mort. Bien trop tard !

Et après ? après c'est moins..bien.

Après.. que "jeunesse se passe". Te voilà dans le grand bain. Celui qui lave plus blanc.. plus neutre (?)..

Après ces instants de rébellion Lycéenne, de jeunesse contestataire. Tes parents te "retrouvent enfin !".

C'est qu'ils avaient eu peur pour toi...Tu ne les écoutais plus...vilain garçon ! vilaine fifille !

Mais bon ! ça va, tout rentre dans l'ordre. Tu es redevenu "raisonnable" (beurk le mot !), tu vas pouvoir passer a nouveau complètement inaperçu. À être con..venable. À être respec..tueux.

Ne sois pas triste... Enfin si ! sois-le ! après tu verras.. on s'habitue..tu t'habi..tueras... Après, on devient juste nostalgique..Il faut bien que jeunesse se passe...elle est passée...du passé. Dépassée.

Là ! normalement, faut pas se retourner tout de suite, c'est dangereux ! tu peux faire une rechute et tes parents te perdre a jamais...: "Je ne comprends pas ce qui lui est passé par la tête.. un garçon siii intelligent, allez élever des chèvres dans le Larzac ? quelle idée saugrenue !"

Non ! on ne peut pas plaire à tout le monde... Encore ne faut-il oublier de SE plaire ! D'avoir ce sentiment d'être où l'on doit être..C'est important, ça, tu sais.. Il y a des gens qui sont capables d'être tristes toutes leurs vies, de te faire croire que le mieux, c'est de faire comme eux. Fais attention ! fais attention a ça... De pas t'oublier en route. Après tu la retrouves plus...

Et d'adulte que tu pourrais devenir, tu deviens légume dans le grand marché du consommable...Fais gaffe ! fais gaffe de pas te laissé bouffer par des modèles stéréotypés, des clones, des transgéniqué.. tout le monde !

Fais gaffe ! préserve-toi ! réserve-toi ! prend TA place...Étonne-toi ! étonne-toi d'abord toi...Les " nous " viendrons après.. Prends tout ton temps. C'est le tien. Si tu le donnes sans raison, franchement c'est pas grave. Si tu le partages pour être solidaire, c'est bien. Si tu le perds a prendre..ton temps, c'est que tu commences à comprendre.. Et enfin, si tu en manques, alors cela veut dire que tu t'es bien fait "avaler" par la société. Car il n'y a qu'une manière de manquer de temps, c'est de s'être fait acheter...C'est pour cela que..La Liberté n'a pas de prix. La Liberté rigole..

Moi aussi... je rigole.. La liberté.. Je rigole, comme un prisonnier évadé.. J'ai pas encore l'esprit en Liberté. Mais plus jamais on pourra " m'enfreiner ", me limiter a la vitesse autoriser. Me mettre des éthylotests bio dans ma voiture. Que je puisse voir à combien de points je conduis. Y'a qu'a jeun qu'on va au Canada...dry.

Bref, y'a tant de conneries qui énervent...De temps perdu à se dire que tu retiens ou que tu te retiens..

Moi, j'attends le meilleur moment. Mais pas toute la vie hein !

Des meilleurs moments...j'en ai déjà eu. J'en aurais encore. J'écoute pas forcément ceux qui m' en proposent. Ils ne valent pas grand-chose..j'habite pas à Disney Land... Mes meilleurs moments, c'est moi qui les ai inventés. On ne les doit a personne...

Peut être que, c'est quand on se retrouve... C'est là, à ce moment qu'on atteint ces "meilleurs moments". Ceux en dehors du temps...C'est là qu'on crée enfin l'alchimie..la notre.

On doit être créateur...pas qu'acteur, ni passant. On doit essayer d'être dépassant, dépasser ses préjugés, dépasser la rigueur.

Se permettre d'autres horizons. Se donner le temps d'aller voir. D'aller se trouver. D'aller rencontrer. Toucher...être touché.

Regarder en face après avoir vu de travers. Se voir sous tous les angles.. même l'angle mort.

Allez se chercher. Ne pas se faire par concession.

S'offrir l'alternative d'être enfin soi, rien que ça...rien que tout ça...

Moi, j'ai mis longtemps à aimer la pluie..On m'avait dit depuis tout petit que c'était du mauvais temps...

Ma vie aujourd'hui est plus jeune d'autant...Je ne crois ni en l'âge, et je renie cette heure qu'on nous fait passer pour du temps.

On nous apprend pas, jamais, à regarder plus loin..On nous apprend qu'a voir de près...

À mettre en sécurité, a se mettre en sécurité...On sait pourtant bien que dès qu'on va en ce sens...

On enclenche un système de peur a jamais "sécurisable"...

On se protège !! ? il faut se protéger... Menace fantôme, la pire...

On ne peut pas trouver la lumière si inconsciemment on cherche à se cacher de l'ombre.

Pour moi la pluie, c'est rien d'autre que du soleil en goutte. Rien de moins qu'essentiel au soleil.

J'ai mis longtemps, peut être que ça veut rien dire, peut être que c'est pas du tout important :"mettre longtemps".

Ce serait juste pour tromper l'heure. Un Leurre.

Aimer la pluie, c'est encore apprendre ou à laisser.

Aimer la pluie, c'est apprendre à aimer... Une certaine façon d'aimer.



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EVELYNE DE GRACIA - UN PEU DE PLUIE N'EST QUE VIE QUI S’ÉPANCHE










Artiste peintre russe - Leonid Afremov




Un peu de pluie n'est que vie



C'est quoi la pluie, cette pluie qui n'accable pas mais au contraire apaise.

Elle est incitation au rêve, autorisation à se laisser bercer par sa musique..

Beauté de la pluie qui tombe en musique dans notre cœur qui s'assoupit.

Berceuse et silence des questions qui sont remises à plus tard.

Battement sonore des gouttes sur les toits, ruissellement de l'eau qui s'écoule comme le temps, fraîcheur de l'eau et cette terre humide qui remonte à la surface.

La terre sent bon et je respire son odeur de paix.

Respiration.

La pluie qui tombe est respiration.

Notre cœur bat calmement au son de la pluie et une note de pluie me transporte vers toi..



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