Deux courts extraits du roman policier de Thierry Tougeron
L'ASTUCIEUX
Thierry Tougeron l'auteur
Des heures que cela durait.
Premier extrait : L'attente.
Interminable, comme une envie de prolonger la nuit. Interminable, surtout pas minable. Une étendue sereine pour placarder les moments de solitude et de doute. Douter de tout. Le doute est la pierre angulaire de la vie. "Je doute parce que je suis".
En face de lui, sur un monticule de terre légèrement retourné, piétiné à en arracher l'herbe, beau comme après la campagne de Prusse, il la regardait calmement avec un sourire d'ange. Comme elle était belle! Une vraie reine des Mirages, avec toute sa mythologie inconsciente qui rayonne même la nuit. Il la connaissait si peu mais c'était comme s'il l'avait toujours su. Le parfum de sa peau lui parvenait par vagues, selon la direction du vent. Et à La Rochelle, le vent tournait, en permanence.
La voiture du commissaire
Deuxième extrait :
Il arrivait toujours le premier au bureau, vers six heures moins le quart. Pas coiffé, le café déjà dans les talons et l'haleine incrustée aux dents.
Sur le sous-main en cuir blanc de son bureau, il avait étalé consciencieusement le contenu de l'enveloppe. Il savait que les analyses ne donneraient rien ou presque.
Dans un premier temps, l'analyse des empreintes sur l'enveloppe démontra qu'il y avait bien des traces mais le criminel astucieux avait pris soin de faire manipuler l'enveloppe par un ou une enfant, qu'il avait sans doute recruter dans la rue en le récompensant par une petite somme d'argent pour poster l'objet, sachant bien que le fichier national n'en contient pas d'une main jeune et innocente. Impossible donc de retrouver ce gosse et d'avoir la moindre piste sur le meurtrier.
Dans un deuxième temps, le papier et les objets glissés dans l'enveloppe avaient été manipulés à l'aide de pinces protégées par du latex. Impossible dans ces conditions de trouver le moindre indice.
Restait alors l'analyse minutieuse du contenu.
Comme toujours, Brocart avait sorti un post-it et noté dessus les mots clés. Dans le détail, le contenu était le suivant:
- 12 cheveux de la victime, lavés parfaitement;
- 2 boucles d'oreilles représentant des crucifix et un pendentif avec un crucifix, passés au désinfectant;
- 1 morceau de coton blanc souillé du sang de la victime, sans particularité en apparence;
- 1 papier blanc avec des lettres découpées dans des prospectus alimentaires puis collées pour écrire la phrase: "Toutes les femmes sont des judas et elles doivent mourir!"
Jules leva les yeux, l’air surpris. Arsène lui demanda s’il attendait quelqu’un et le vieux cantonnier lui répondit que non. Il se leva en trébuchant, prit la bouteille de gnôle qu’il enferma dans le placard, passa les doigts dans ses cheveux pour discipliner les mèches bouclées que l’humidité froide du cimetière avait fait frisoter de manière anarchique. Trois nouveaux coups secs signalant l’impatience du visiteur le poussèrent en direction de la porte. Un étrange malaise qu’il assimila à un pressentiment, l’empêchait de se mouvoir rapidement. Il traîna la jambe comme un vieillard perclus de rhumatismes. Quand il ouvrit la porte, l’obscurité lui permit à peine de distinguer une forme humaine qui tournant les talons, s’enfonçait dans la nuit. Il la héla d’une voix où la fermeté se nuançait d’un léger tremblement. La forme s’immobilisa, puis pivota sur elle-même et revint sur ses pas de manière hésitante, les pavés inégaux de la rue ralentissant sa progression. Elle s’arrêta à la hauteur de Jules qui devina sous un long manteau d’astrakan la silhouette gracile d’une femme. Une toque de la même fourrure masquait sa chevelure et descendait bas sur le front, rendant son identification dans la pénombre impossible. Jules se pencha en avant et tenta de distinguer les traits de l’inconnue.
- C’est moi que vous voulez voir ? questionna-t-il, d’un ton suspicieux.
- Je peux entrer ? se contenta de répondre la visiteuse.
Jules s’effaça, libérant assez d’espace pour laisser la femme pénétrer sous son toit. Elle distilla dans son sillage des notes fruitées et florales sur fond chypré, où la sensualité de l’ylang-ylang le disputait à la fragrance sucrée et animale du jasmin. À peine avait-elle franchi le seuil, qu’elle ôta sa toque, libérant une abondante chevelure aux reflets acajou. Jules sentit son cœur s’emballer et dut s’appuyer au chambranle de la porte pour ne pas vaciller. Elle esquissa un vague sourire.
- Tu ne vas pas rester là dans le froid, en plein courant d’air ? Et ne me jette pas ce regard halluciné… Oui, je sais, j’aurais dû te prévenir de ma visite. Que crois-tu ? moi aussi, cela me fait bizarre de me retrouver ici… ajouta-t-elle, en jetant un regard circulaire autour d’elle.
Si Jules conservait encore en lui l’ombre d’un doute, la voix mélodieuse qui filtrait de sa bouche confirma ce qu’il avait soupçonné bien avant de découvrir les volutes enflammées qui cascadaient maintenant librement sur le col du manteau d’astrakan. Ces yeux noisette éclaboussés de paillettes d’or et ce petit nez légèrement retroussé qui lui donnait toujours l’apparence mutine d’une fillette, ravivaient un émoi qu’il croyait avoir oublié. Seuls des cernes appuyés et des rides tombantes aux commissures de lèvres plus minces que sa mémoire ne les avait figées, trahissaient la fuite du temps et peut-être le poids de déceptions, voire de regrets. Il se prit un bref instant à l’espérer. Il tendit instinctivement la main vers ce visage sans réussir à l’atteindre, car elle recula d’un mouvement brusque la tête, comme un animal traqué.
- Je dois te parler Jules… On peut se poser cinq minutes quelque part ? La petite n’est pas là ?
Jules sentit une onde de colère lui vriller l’échine. Une vague d’adrénaline le submergea et c’est d’une voix sèche qu’il lui répondit qu’elle dormait dans sa chambre. Tendu à l’extrême et ne sachant quel comportement adopter face à une situation qui chamboulait son existence avec la violence et la soudaineté d’une tempête, il lui indiqua la cuisine éclairée dont la porte était restée ouverte et où Arsène, lové sur son plaid, observait attentivement la scène. Quelques secondes plus tard, d’un geste gauche, il avança une chaise cannée identique à celle où le chat reposait et l’aida à se débarrasser de son encombrant manteau de fourrure.
- Tu veux boire quelque chose ? demanda-t-il, pour calmer l’appréhension qui lui serrait l’estomac.
- Volontiers… une tasse de thé me réchaufferait… Tu as cela, du thé ?
Jules esquissa une grimace dépitée. Le thé lui était totalement étranger. Comment pouvait-on boire un breuvage où macéraient des feuilles, une décoction qu’il assimilait à un remède insipide pour personnes souffreteuses? Il ne disposait que d’un vieux fond de café déjà réchauffé à deux reprises dans le cours de la journée. Du lait et du chocolat pour Charlotte, mais du thé… Quelle étrange idée ! Décidément avec sa tenue de grande bourgeoise, son langage précieux et son goût pour les boissons à la couleur de pipi de chat, elle avait bien changé.
Elle comprit son malaise et d’un geste évasif de la main, lui fit signe d’oublier.
- Je n’ai pas vraiment soif et je ne suis pas venue en visite de courtoisie, Jules… De plus, on m’attend… quelqu’un dans une voiture garée sur la Place de l’Église. Je n’ai pas beaucoup de temps devant moi… Assieds-toi, s’il te plait et écoute-moi… je vais essayer d’être brève et en venir au but de ma visite le plus rapidement possible…
Plus par bravade et par souci de maintenir une position fallacieusement dominante, il resta debout, bras croisés et la pressa de s’expliquer.
Elle ne se fit pas prier et résuma les cinq années passées en Alabama d’une voix qui se fit brusquement neutre et monocorde, en alignant les phrases comme si elle récitait un discours appris par cœur, et ce, de longue date. Son mariage avec Jeremiah qui avait tourné au cauchemar quand il l’avait installée dans sa ville natale de Montgomery où la ségrégation faisait rage. La difficulté à se faire comprendre dans un anglais approximatif, les injures essuyées parce qu’elle avait épousé un noir. L’incendie criminel de la maison, la déchéance financière, puis les disputes et les deux fausses couches qui avaient mis un terme à son rêve américain. Le désespoir enfin quand on lui avait appris qu’elle ne pourrait plus jamais avoir d’enfant. Le divorce bâclé et le retour en France, les petits boulots de serveuse dans des bars de Paris où sa route avait croisé, un soir de mélancolie, celle du patron d’une fonderie de Bourges, divorcé lui aussi et père de trois enfants. Leur connivence à évoquer le Berry, les liens tissés autour de verres trempés dans les souvenirs et qui s’étaient transformés peu à peu en désir puis en amour jusqu’à ce qu’il lui demande de l’épouser. Un homme qui l’attendait dans sa voiture, là… à quelques centaines de mètres, Place de l’Église.
Elle marqua une pause pour s’assurer que Jules continuait à l’écouter. Il avait fermé les yeux et son visage n’avait trahi aucune émotion pendant tout le temps où elle avait parlé. Il ne l’avait pas interrompue, pas esquissé le moindre geste, muré au plus profond de lui-même. Caparaçonné dans ses sentiments, il laissa enfin échapper comme une plainte venant du tréfonds de ses entrailles, la phrase qui lui martelait le cerveau depuis son arrivée.
- Tu es venue pour me reprendre Charlotte…
Elle se leva et se rapprocha de lui jusqu’à le toucher. Quelques larmes avaient coulé emportant avec elles le rimmel qui ombrait ses cils. Elle posa sa tête contre la poitrine de Jules et sa main sur son épaule.
- Tu as toujours été un homme bon, droit et juste. Je t’ai fait énormément souffrir et je n’ai jamais eu le courage de te demander pardon. J’ai beaucoup changé et la vie m’a appris parmi beaucoup de choses à reconnaître mes torts. Aujourd’hui je te le demande, pardonne-moi et rends-moi ma fille. C’est bientôt Noël et j’aimerais qu’elle passe les fêtes avec nous. Mon mari est riche, nous saurons la protéger, prendre soin d’elle, veiller à ce qu’elle ne manque de rien… Nous en parlons depuis longtemps, il est prêt à l’accueillir…
Jules ouvrit les yeux et la repoussa avec brutalité.
- Vous en avez parlé… vous êtes d’accord ! mais par le cul Dieu, tu me prends pour un coillon ! Tu crois qu’en te pointant avec tes belles paroles, tes airs de grande dame, tes larmes et tes excuses à deux balles tu vas m’attendrir et me voler ce que j’ai de plus cher au monde. Espèce de malbête… Paillarde ! J’suis pas riche, mais ta fille comme tu dis, c’est mon pain qu’elle a mangé toutes ces années, c’est mon cœur qui a frémi à toutes ses souffrances, c’est grâce à moi si aujourd’hui elle a quelque chose dans le crâne à la place d’une bouillie pour les cochons. Jamais, tu entends bien, Michèle… jamais, je ne te la laisserai tant que j’aurai un souffle de vie !
Il se dirigea vers le placard, sortit la bouteille de gnôle, s’en versa une rasade qu’il avala cul sec.
- Tu bois toujours ?
Sa voix était redevenue harmonieuse, juste piquée d’une pointe d’ironie.
Les yeux de Jules lancèrent des éclairs.
- Quitte cette maison immédiatement…
Elle ouvrit son sac, en sortit une carte de visite qu’elle déposa sur la table de la cuisine.
- Réfléchis et si tu changes d’avis, appelle-moi à ce numéro.
Il ramassa à la volée le manteau et la toque, l’empoigna par le bras et la traîna jusqu’à la porte. Fou de colère, il la jeta dehors en proie à une fureur dévastatrice. Quand il revint dans la cuisine, le front couvert de sueur, Arsène l’enveloppa d’un regard pétri d’admiration.
- Alors, là, chapeau bas, comme dirait mon bon maître… mais peut-être que pour Noël… enfin moi, je n’y comprends pas grand-chose à vos traditions… il faudrait, je pense, en parler à Charlotte …
Jules se retourna vers le chat, le visage cramoisi.
- Tu veux, toi aussi, que je te foute à la porte ?
Avec la mise en voix de Marcel Faure sur un de ces cinq nouveaux épisodes
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Mardi 20 mars 2012
Les résultats d'analyse se suivent mais ne se ressemblent pas.
Lloydia se croyait stabilisée à 10mg de cortisone journalière
alors elle a tenté sans avis médical une petite expérience. Depuis
quinze jours, trois fois par semaine, elle ne prenait que 9mg.
Résultat immédiat, taux de protéines c réactives au-dessus de la
normale. Retour à la case précédente en espérant que cette
entorse n'aura pas de conséquences à long terme.
Pour faire remonter le moral, nous irons voir plus au Sud si les
arbres de Judée sont déjà en fleurs. Pour ceux qui fleurissent
près de chez nous, c'est encore trop tôt.
Mercredi 21 mars 2012
Vu d'un balcon en fleur, la vie semble plus facile. Problème, je
n'ai pas de balcon et cela fait déjà quelque temps que je n'ai pas
revu la coccinelle qui s'était réfugiée dans l'appartement. La
dernière fois elle flirtait avec un petit rosier encore en pleine
forme.
Mon
rosier aussi est parti. Il devenait si triste que Lloydia l'a confié
à une amie qui le repiquera dans son jardin. Alors je traverse la
rue, je traboule par la barre de onze étages et je grimpe un petit
sentier jusqu'au sommet du parc de Montaud.
Vue
du sommet, la tour est uniformément terne. Un bloc de béton façon
cages à lapins. L'image est éculée mais a-t-on trouvé mieux ...
Je suis un de ces lapins et je croise ici mes congénères à poils
doux.
La
ville encercle ce large espace de verdure. Elle ronronne
tranquillement sur les vestiges de son passé minier. Le parc est
truffé d'anciennes entrées de galeries de mines. Avant de commencer
à creuser sous terre, d'ici on extrayait le charbon presque à
l'horizontale.
De
cet immense balcon, on peut entendre mugir le stade Geoffroy Guichard
les soirs de match de foot ou admirer les feux d'artifice du quatorze
juillet, ou, plus simplement, venir pique-niquer à la belle saison.
À
plusieurs reprises, Lloydia a repiqué ici quelques bulbes de fleurs
ou des racines de muguet. Sans succès. Malgré l'herbe qui pousse et
quelques arbres rabougris, l'humus trop maigre sur les scories,
restes de l'exploitation minière, a rendu vaines ses quelques
tentatives. Cette colline sue encore la fatigue des hommes.
Jeudi 22 mars 2012
Pour
que la vague des mots doux devienne déferlante et submerge la haine
sous des flots de tendresses, faire vibrer l'instant. Noblesse du
verbe dans la bouche du poète, ce voltigeur des mots.
Alors
les quatre-vingt-huit constellations partagent avec lui un élixir
céleste. L'extravagante horlogerie universelle bouleverse sa belle
mécanique. La colline d'en face porte le soleil en banderole et
déroule le temps au gré de mes envies.
De mon prétendu balcon, j'embrasse l'atmosphère parfumée de l'azur
profond où tu te prélasses, promesse des langueurs de la nuit.
Cette étoffe si douce où je m'ébats, mon pays de Cocagne, ma
caverne d'Ali Baba ... Des mots.
Vendredi 23 mars 2012
J'ai
téléphoné pour réserver un postillon. Après m'avoir fait répéter
plusieurs fois, la standardiste, croyant à une mauvaise
plaisanterie, m'a insulté. Pourtant, j'avais vraiment envie de me
balader en calèche pour goûter au plaisir de la lenteur, comme le
font les vacanciers qui louent une roulotte.
Les
mots s'en vont avec le temps qui passe. Ce métier disparu avec les
voitures de poste, ne résonne plus du crissement des roues sur les
pavés, vieux souvenirs, eux aussi, de mai 68. Ne reste que ce
crachotement qui remonte parfois, comme un bruit de fond de
l'histoire.
Et
le rémouleur, petit métier des rues, lui aussi disparu. Même le
sens en avait fui ma mémoire.
Repasseur, affûteur, aiguiseur, émouleur précise mon dictionnaire. Voilà que son appel, dans la cour de mon enfance, résonne vif et clair. - Ciseaux, couteaux, ciseaux couteaux ... des fenêtres s'ouvraient ... j'arrive, criait ma mère, moi aussi, répondait un écho deux étages plus haut.
Un matelassier cardait la laine des vieux matelas, un chanteur égrenait ses rengaines – À vot' bon cœur m'sieurs, dames. Ce dernier, aveugle et se déplaçant avec deux béquilles, mieux vaut plusieurs handicaps pour attendrir le chaland, ce dernier donc, ne faisait plus recette depuis que mon père l'avait aperçu, béquilles sous le bras et courant comme un fou pour attraper le train du Puy en gare du Clapier.
Miroir opaque qui se contorsionne pour montrer quelques bribes d'antan.
Samedi 24 mars 2012
- Je viens de me faire braquer dans le hall !!!
- Tas eu peur ! Bois un verre d'eau. Assieds-toi et raconte.
- ...
- Tu as une mine de déterré ! On t'a pris ton portefeuille ?
- Non rien.
- ???
- Avec une canne.
- Imbécile.
Madame X... 92 ans, arpente le hall pour avoir de la compagnie. Elle s'appuie sur une canne. Chaque fois que quelqu'un lui adresse la parole, - Bonjours, bonsoir, vous savez bien – elle lève brusquement sa canne dans votre direction et fait semblant de vous menacer avant de répondre. Comme une vieille, et vous ? – Cette fois, son geste amical, comme pour vous serrer la main, est passé si près de mon visage que oui, j'ai eu un peu peur de prendre un coup.
Madame X ... ne sort plus beaucoup à l'extérieur mais aime marcher. Alors du matin au soir, elle fait les cent pas dans le hall, se précipite pour appuyer sur le bouton d'ouverture de la porte, vous évite d'ouvrir votre boite aux lettres si le facteur n'est pas passé, tout cela en échange de quelques mots pour tromper sa solitude. Et, la canne toujours en alerte, elle rit de notre mouvement de recul.
Comme dans les maisons de retraite, on devrait installer dans nos immeubles, quelques chaises à l'entrée pour distraire nos anciens par l'incessant va et vient des quelques deux cents locataires.
Madame X ..., elle, ne veut surtout pas d'une chaise.
Il sont très nombreuxles messages qui m'ont touchée en ce lendemain du 7 Janvier 2015 Mais particulièrement ceux-ci... CLIQUER SUR LES LIENS EN BLEU OU VERT
Cette palette "Silence noir" de EmeckaMK qui exprime exactement ce que nous sommes très nombreux à avoir ressenti et ce moment d'horreur, figé à jamais dans nos mémoires
Veuillez cliquer sur l'image pour lire le poème associé
La plume, le crayon, la création, l'expression : larme absolue aujourd'hui, l'arme absolue demain
Enfin ces deux mots présidentiels
RASSEMBLONS-NOUS
qui quelques soient nos opinions politiques me donnent espoir, en ce jeudi si noir... Voici pour terminer en donnant la parole aux dessins, le lien de L'hommage des dessinateurs à Charlie
Douze bougies pensées...
Même si elles ne correspondent pas à l'humour si regretté, j'y exprime tout mon respect pour tous ces Hommes garants de notre Liberté
Profond Respect et recueillement... Sincères condoléances à toutes les familles si injustement touchées et privées des leurs, de manière si cruelle et si abjecte. Pensées et soutien également aux personnes blessées et traumatisées. Le nom de ces dix-sept victimes:
Stéphane Charbonnier alias Charb, Cabu, George Wolinski ,Tignous et Honoré. L'économiste Bernard Maris. Mais aussi un correcteur, Mustapha Ourrad, ainsi que deux autres collaborateurs : Elsa Cayat et Frédéric Boisseau. Invité de la rédaction de Charlie Hebdo, Michel Renaud a également été abattu. Ancien directeur de cabinet du maire de Clermont-Ferrand. Deux policiers ont également trouvé la mort à Charlie. Franck Brinsolaro du service de protection des personnalités, affecté à la protection de Charb, et Ahmed Merabet., rattaché au commissariat du 11e arrondissement. TUES MERCREDI
Clarissa Jean-Philippe, policière municipale de Montrouge, âgée de 26 ans, tuée alors qu'elle était en patrouille. TUEE JEUDI
Yoav Hattab, Philippe Braham, Yohan Cohen, François-Michel Saada ont péri porte de Vincennes quand Coulibaly a pris d'assaut l'Hyper Casher.TUES VENDREDI.
Cliquez sur l'image pour découvrir l'article de L'OBS et découvrir un peu de chacun...
*Un bel écho, cette coïncidence de prénom, à tous les messages d'Elsa Saint Hilaire partagés généreusement et sans relâche depuis hier sur cette tragédie qui "assassine" nos valeurs communes. (Merci à elle d'avoir accepté en signe de soutien de ne pas publier les carnets secrets ce jeudi.)
Voix de l'Écho sur une adaptation de Zack Hemsey - Mind Heist Evolution
« La Malédiction d’Amaël » 4/4
4
Le
crépuscule camouflait la poussière s’élevant sur le sentier. De
grands flambeaux en chapelet s’avançaient serpentant sûrement.
Des trompes précédaient le pieux cortège. Le pas écrasant des
chevaux portant noirs cavaliers et tirant lourdes charrettes
vibraient dans la combe tremblante. Franchissant les murs d’enceinte,
les soldats se redressaient sur leurs montures caparaçonnées aux
symboles de la Sainte Inquisition, aux grandes oriflammes portant le
sceau solaire flanqué des « IHS » tranchés de la croix
épée. Les villageois ne savaient désormais plus quelle colère il
leur fallait redouter, celle Galia ou du Grand Inquisiteur ?
Les
soldats encerclèrent aussitôt le placître, enflammant de grandes
brasières. En génuflexion, le recteur baisait la main gantée de
frère Grégoire. Pour toute prédication générale, il harangua la
troupe de saltimbanques :
- « Il
y a un ordre naturel en ce monde, celui de Dieu. Quand je marche dans
la vallée de l'ombre de la mort, je ne crains aucun mal, car il est
avec moi. C’est la seule vérité. Elle est une et indivisible. Je
ne vois ici qu’une meute satanique. Nul besoin de procès. Les
démons viennent tout droit de l’Enfer et par le feu ils y
retourneront ! »
De
grandes brassées de bois furent disposées autour des roulottes, des
barriques d’huile répandues par-dessus. Les villageois restaient
tapis, craignant les foudres démoniaques de la sorcière et du
monstre. Galia apparue aérienne, lévitant demi-nue dans de rouges
voiles, les mains dirigées vers le sol invoquant les Enfers. La
repoussante pouilleuse paraissait sous les traits d’une jeunesse
ensorceleuse aux yeux d’argent et rouge chevelure. Diaboliquement
hypnotisantes, ses courbes langoureuses de succube auraient damné
tous les saints. Cette maudite sublimité n’en restait pas moins
effrayante :
- « Je
vous implore Esprits et Démons demeurant en quelque partie du monde,
de l’orient à l’occident. Je sollicite votre puissance donnée
par Lucifer. Sur autorité accordée par l’unique et seul roi,
je vous contrains sans faillance ni tromperie de répondre à
cet appel. Paraissez sur-le-champ au milieu du pentacle !
Sans crainte ni terreur, sans peur de nos ennemis, que ma colère
soit vôtre en cette nuit et pour l’éternité !... »
Les
soldats ne tremblèrent pas. Le brasier dévorait déjà bois et
lambeaux de rideaux des plus proches roulottes. Se frottant les
mains, frère Grégoire se repaissait d’avance du funeste
spectacle, les yeux animés de vengeance. Soudain, un vent en rouge
tornade se leva au milieu de l’anneau de feu. Sans répit, les
tourbillons s’amplifiaient. Cet ardent chaos fracturait les dalles.
Les ténèbres s’ouvraient libérant les puissances invoquées.
D’ignobles créatures se dressaient face aux armes : démons
fouettant l’air des feux de l’Enfer, diablesses affriandant
les soldats, Arioch lui-même surgit dans son incandescente crinière.
Le brasier grossissait. Un instant effrayés par ce débordement
machiavélique, les divins serviteurs n’écoutèrent que leur
courage. Les lances se dressaient avides de justice. Les pieux
embrochaient les poitrails. L’odeur du sang, la chaleur de l’acier
attisaient ce déferlement bestial. Des flèches d’arquebuses
fusaient au milieu du sabbat. Pertuisanes et bardiches tranchaient
les membres. Les premières têtes roulaient sur le sol. Les
flammes du bûcher, mêlées à celles des enfers, devenaient
colossales. Ceux qui n’étaient pas encore morts périrent brûlés
vifs. D’autres poussaient d’atroces hurlements. Les
candides clowns flandrins dansaient sur les braises en riant.
Tancrède s’embrasait devant les restes calcinés d'une roulotte.
Mais les démons s’éternisaient dans la fournaise. Tripes et corps
démembrés jonchaient la pierre.
Brusquement,
une lumière bleutée déchira la nuit, tel un céleste
aiguillon illuminant la plus puissante des mains armées de
l’Inquisition. Un paladin, l’ultime bouclier quand tout exorcisme
échoue. Galfayar se dressait face à cette vile félonie. La reine
des ténèbres, psalmodiant à nouveau son venin, attisait les
démons. Ils se regroupèrent en un seul sombre cyclone. Apparut
alors le plus cruel des balrogs. Le déchaînement fut titanesque.
Les lames mordaient les chairs. Bien et Mal s’affrontaient en
foudres surnaturelles. Aucune mémoire d’homme n’avait souvenance
d’un tel cataclysme. Le balrog semblait faiblir sous la puissance
de Galfayar. La terre et le ciel se défiaient. Puis le balrog
reprenait le dessus. En vagues incessantes, nul n’aurait pu prédire
un quelconque vainqueur. Des heures de combat... Le dernier bras
armé de l’Inquisition s’écroula. Frère Grégoire quittait le
narthex où il s’était retranché. Abandonnant cité, recteur et
détachement militaire, il grimpait en toute hâte dans son chariot.
Des villageois plus braves matèrent son attelage avant les douves.
Arraché de sa carriole, frère Grégoire eut la gorge tranchée, la
tête hissée sur un pic. Le paladin perclus, un rire inhumain
jaillit des lèvres de l’arrogante, fière de sa victoire sur les
noirs calotins. Les innocents seraient bientôt à elle !... Oubliant
dans sa sanglante libation, Tancrède et les deux clowns calcinés,
Diablo évaporé fidèle à sa magie, Calliope le visage transpercé
et désormais aveugle, la vieille Endora et Aurora dissimulées dans
un caveau éventré, un clown dorénavant triste. Négligeant surtout
l’embrasement du tombereau supportant la cage. La cellule en
tombant avait fracturé les chaînes. Dans cette tapageuse confusion,
Amaël avait disparu sous la lune à son comble... La folie guerrière
s’évanouit...
Sans
Amaël, nulle espérance pour Galia d’obtenir désormais son
sanglant butin. Se protégeant par d’ultimes maléfices, Galia et
ses derniers saltimbanques quittèrent la ville dans les brumes de
l’aube. Les villageois demeurèrent cloîtrés jusqu’à leur
passage par-delà les hauts murs. Les portes de la ville furent
aussitôt solidement barrées. La misérable caravane d’ombres
s’éloignait dans ses lueurs verdâtres. Le bruit des roues ferrées
du cortège s’atténuait sur les caillasses. Le bois des dernières
roulottes craquait plus fortement dans les fondrières du chemin.
Tambourins et flûtes ne chantaient plus en virevoltante musique à
l’approche des sombres forêts...
À
quatre pattes, dans le silence nécessaire à son funeste forfait,
l’animal avait suivi sournois le minable cortège. Galia n’entendit
pas ramper la mort insidieuse. Comme né de l’irréel et soudain
prenant forme, le fauve avait jailli en une nuée ardente. Tel
l’éclair, il la foudroyait sur le dos, d’une patte éperonnant
ses lèvres pour faire taire tout nuisible sortilège, des trois
autres l’ancrant fermement sur la pierraille de la sente. Le
regard de la bête traversait au plus profond les yeux son
abject tyran, le transperçant jusqu’aux abîmes de son crâne
maléfique. Cette hyène devait affronter sa mort en face.
Personne pour lui venir en aide... le reste de la troupe avait fui à
la vue du géant. De sa patte droite posée sur le sein surgirent ses
lames effroyables. Elles s’enfoncèrent dans le thorax de Galia. Se
contractant telles les serres d’un aigle, elles lui arrachèrent le
cœur encore battant et tiède... Il possédait l’antidote à sa
malédiction. Se redressant alors, il le dévora gloutonnement,
laissant les entrailles en offrande au nuage de noirs vautours
planant au-dessus du cadavre.
Des
rugissements déchirant la brumasse montèrent de la combe. Soudain,
sa gueule se rétracta, crocs et griffes rétrécirent, et sa
surpuissante musculature velue se désagrégea. Amaël se tordait
prisonnier du supplice infernal. Du tréfonds de son âme, il avait
mille fois imploré les cieux pour que survienne le jour béni de
cette suprême mutation. Aujourd’hui, il la redoutait, craignant de
n’en sortir vivant. Son crâne lui semblait imploser, son corps se
fragmenter. Il étouffait la poitrine comprimée. Il ressentait le
moindre de ses os et la moindre de ses tripes, comme s’ils se
broyaient. Amaël s’affranchissait dans d’atroces souffrances.
Le
paladin gravement blessé, inanimé, fut laissé pour mort. À la fin
du déluge, reprenant ses esprits, il s’était traîné suivant les
traces de cette rouge infamie faite femme. Se protégeant des
sous-bois, il avait tout vu du carnage, témoin silencieux de la
déchéance macabre de Galia. Il avait tout entendu des hurlements de
l’agonie jonchant les pierres et les champs. Pourtant, il s’était
tu, attendant l’instant salutaire. À la nuit tombée, Amaël
gisait sur le sol, anéanti. Alors Galfayar se rua sur lui,
l’embrochant d’un seul geste, enfouissant telle la foudre sa lame
en plein cœur. Homme impuissant, perclus, dénudé d’hostilité,
au bout de ses forces et de son âme, Amaël expira son dernier
désir.