L'idéologie de la perfection ne s'applique plus qu'à la qualité du
travail et se limite à qualifier un objet fini. L'homme y a renoncé
pour lui-même, comme il renonce de plus en plus, à toute altérité
en préférant se fondre au lieu de s'affûter.
Dans
cet environnement hostile, je m'interroge chaque jour. Par quel
miracle ai-je rejoint le camp des fous, des artistes et des enfants
qui chantent les louanges des sentiers buissonniers.
Et je me noie dans la beauté des choses pour aborder le réel de
travers.
Dimanche 20 mai 2012
Je ne peux dessiner ce qui vole trop vite. Il m'en reste cependant
une perception aigue, comme si la couleur de mon âme en avait été
modifiée. L'éclat d'une gorge entrevue, la grâce d'une aile
déployée, l'éphémère transformation de l'ombre sous l'arbre
inondé de soleil, le reflet sans cesse renouvelé du roseau dans un
lac, tout cela à jamais imprimé.
Tout cela et plus encore, l'ébauche d'une caresse, la douceur d'un
geste maternel, cette rougeur subite sur vos joues, votre regard qui
me brise et s'en va. Et puis tout ce qui n'est pas dit, ces
sentiments plus volatiles qu'une odeur, le bruissement de ce qui va
naître, tout ce qui sommeille en nous et ne demande qu'à aimer.
Lorsque
la nuit se glisse entre mes draps, mon corps apaisé respire et
digère l'indicible. Demain, dans la trame serrée des jours
j'avancerai léger, imperceptible et superbement plus dense.
Lundi 21 mai 2012
Le
philosophe Luc Ferry, chaque fois qu'il s'exprime développe une
philosophie de la générosité s'appuyant sur l'école, l'écologie,
le sens de l'effort et le refus de toutes frontières, celles des
états comme celles ancrées dans nos esprits. Jusque là, tout va
bien, mais il voudrait que cette politique où l'homme occupe la
place centrale, soit appliquée par sa " famille "
politique : la droite.
Cherchez
l'erreur.
Mardi 22 mai 2012
J'aurais
aimé naître un 29 février 2012. Un anniversaire tous les quatre
ans, voilà qui aurait été sympa. Ou alors un 32 mai, un jour
unique, spécialement créé pour moi. Je n'en aurais tiré aucune
gloire particulière mais j'aurais été débarrassé à vie de cette
obligation de dire et de fêter un an de plus.
Ce
n'est pas tant de voir s'ajouter quelques rides sur mon front, mais
cette convenance pesante qui fait que l'on doit recevoir des vœux et
en être heureux. Je n'ai jamais aimé les fêtes, et les
anniversaires en font partie. A tout le falbala, le décorum, le
sapin, les bougies, la rose pour maman ... j'ai toujours préféré
l'attention discrète et constante, le petit geste, comme çà, pour
rien, le menu cadeau d'un jour ordinaire et la vraie surprise qui
l'accompagne.
Ou
alors la fête improvisée d'un jour comme les autres, le feu
d'artifice au milieu de nulle part, seulement pour chanter sa joie de
vivre, la pulsation profonde du sang dans les veines ou cette bouffée
d'amour qui empourpre soudain nos joues.
Oui
j'aurais aimé naître un improbable brumaire de l'an 77 727 ou de
l'an – 18028, avec ce même air, cette même eau sans cesse
recyclée.
Lorsqu’ils longèrent l’élevage de poules, Jules remarqua un morceau de grillage endommagé. À vingt centimètres du sol, un trou dans les mailles d’acier offrait une possibilité à un goupil de forcer le passage pour se livrer à un carnage, en toute impunité. Les Baillou avaient leur sac à misères plein à ras-bord et le cantonnier décida d’effectuer en priorité la réparation pendant que le garde champêtre serait occupé à nourrir les volailles et changer la paille dans les abris. Ils trouvèrent le fils d’Augustin assis dans la salle à manger, sa jambe plâtrée reposant sur un tabouret recouvert d’un coussin. Le garçon jovial qu’ils avaient connu quelques années plus tôt ressemblait maintenant à un homme aux traits durcis, aux yeux enfoncés dans leurs orbites, une barbe naissante dessinant des ombres sur son visage émacié. Il les remercia pour l’aide apportée à l’éleveur et à sa femme. En retour, Jules le questionna sur l’état de santé de la Moune. « Stationnaire… disent les médecins » lui répondit évasivement le jeune homme en fixant le buffet où trônait une photo de la Moune en robe de communiante dans un cadre en bois doré. Jules déposa l’assiette d’Odette sur la table, enleva le torchon et offrit les sanciaux à Jean-Pierre. Un sourire juvénile vint adoucir les rides prématurées, creusées au coin des lèvres. Dans le lointain, le carillon de l’église sonna deux heures. Il était temps de se mettre à l’ouvrage et les deux hommes l’abandonnèrent à sa mélancolie.
En milieu d'après-midi, Anatole avait déjà terminé sa part de besogne que Jules peinait encore à consolider le grillage. Une inspection minutieuse lui avait fait découvrir d’autres points faibles et il avait trouvé dans un hangar suffisamment de grillage neuf ainsi que les outils nécessaires pour procéder à un renforcement en bonne et due forme sur les parties fragilisées. Le garde champêtre prit congé en lui recommandant de ne pas s’attarder. Il lui désigna l’horizon où de nouveaux nuages menaçants se regroupaient et grignotaient peu à peu un disque solaire sur le point de tirer sa révérence. Un vent d’est froid et humide soufflait en courtes rafales faisant s’ébouriffer les plumes des quelques volailles restées à l’écart des abris. Jules lui promit de faire vite. Il avait hâte de regagner son logis, de faire un brin de toilette et d’enduire ses reins de baume du tigre. Il savait fort bien qu’il allait payer cher l’exercice physique de l’après-midi et il était hors de question qu’il ne puisse se rendre chez le docteur Grimaud pour un stupide mal de dos. Il était également pressé de téléphoner à Christine pour prendre des nouvelles de Charlotte et lui demander de bien vouloir la garder chez elle une fois de plus pour la nuit. Après une dernière inspection, il rangea le matériel, fit rentrer les poules dans les abris, ferma les portes et quitta la ferme avec le sentiment d’avoir fait du bon boulot. Sur le chemin du retour, les premiers grains de grésil, larges comme des pièces d’un centime, frappaient les pavés et rebondissaient pour aller s’accumuler dans les caniveaux. La chaussée rendue glissante ralentissait l’allure du bonhomme qui avançait à pas comptés, en tentant de déjouer les pièges tendus par les particules de glace. Trempé et harassé, il parvint à son logis avec la furieuse envie de s’allonger sur son lit et de piquer un somme avant de se rendre chez le vétérinaire. Le silence qui régnait dans la maison renforça un sentiment de solitude qu’il peinait à apprivoiser. Le seul réconfort immédiat était rangé dans le placard. Il ne résista pas au désir de lui rendre hommage. Le vin réchauffa son corps et dissipa momentanément la sensation de faim que l’inactivité avait fait renaître. Trop fatigué pour se préparer à manger, il s’assit, coucha sa tête sur ses bras repliés sur la table et s’endormit d’un sommeil vide d’images.
Trois heures plus tard, c’est un homme en tous points transformé qui sonna à la porte du docteur Grimaud. Habillé de propre, coiffé, cravaté, rasé de près, Jules avait respecté l’usage qui consistait à se présenter au vétérinaire sous son meilleur jour. Seul le parfum de camphre et de clous de girofle qui soulignait chacun de ses mouvements trahissait un corps perclus de douleurs. Le cantonnier n’avait pas lésiné sur le baume du tigre en vue d’une longue soirée dont il attendait de précieux résultats. Dans le salon, sur la table à jeux en noyer et marqueterie de bois fruitiers, le vétérinaire avait déjà disposé le tapis de feutre vert et deux paquets de cinquante-deux cartes. Confortablement installé sur un fauteuil Régence, Arsène s’adonnait au nettoyage méticuleux de ses griffes. Il leva sa frimousse à l’arrivée du cantonnier, cligna des yeux à l’attention de son ami puis reprit son travail avec l’application du parfait félidé. Jouer à la crapette demandait une certaine concentration, mais Jules avait l’esprit ailleurs. Pendant qu’il alignait ses cartes, il résuma pour le vétérinaire les événements de la journée en omettant de révéler le pourquoi de sa visite à la bibliothèque municipale, ainsi que la présence du fils d’Augustin chez les Baillou. Le docteur Grimaud l’écoutait d’une oreille distraite et tirait sur un cigarillo dont la cendre menaçait de se répandre sur le tapis de jeux. Croyant que le praticien n’avait pas retenu le dixième de ses propos, le bonhomme reprit son résumé en insistant lourdement sur les révélations du bistrotier concernant le maire. Un nuage de fumée lui cacha son interlocuteur un bref instant.
- Ça ne m’étonne pas d’Augustin, ce genre de racontars… Depuis l’accident, chacun y va de sa petite histoire… J’en entends à longueur de journée et je finis par trouver cela très fatigant… C’est à toi de jouer Jules… conclut le vétérinaire, en écrasant son cigarillo dans un cendrier.
Jules transféra une carte libre sur une pile centrale.
- Oui, mais quand même… insista le cantonnier. Y’a pas un moyen de savoir si quelqu’un appartient à la franc-maçonnerie ? Je ne sais pas, moi… un signe distinctif… quelque chose qui pourrait me mettre sur la piste…
Le vétérinaire lui jeta un regard étonné.
- Sur la piste… de quelle piste parles-tu Jules ? Crapette, mon vieux ! Tu as oublié de poser ton huit de cœur… À quoi penses-tu ?… Bon, tant pis pour toi, c’est à moi de jouer…
- Je pense, je pense… qu’il y a peut-être un livre sur le sujet. Y’a des livres sur tout, alors pourquoi pas sur ça…
Le docteur Grimaud posa sur le talon la carte qu’il avait en main et soupira d’agacement.
- Bon, on ne va pas s’en sortir… Quelle tête de mule ! Tiens… mets-toi debout ! Allez, oui, lève-toi… Je vais te montrer un truc…
Les deux hommes se retrouvèrent face à face et le docteur Grimaud serra la main de Jules.
- Voilà, t’es content ?
- Ben, oui quoi ? On s’est serré la main… et alors ?
- T’as rien senti ?
- Ben rien de particulier… un serrage de pognes viril, comme des milliers…
- Justement non Jules, regarde bien et concentre-toi sur ta main… Je recommence…
Le docteur saisit la main droite du cantonnier en pressant avec l'ongle du pouce la troisième jointure de l’index.
- Tu vois, si tu fais de même, cela signifie que nous sommes des compagnons. J’ai un très vieil exemplaire du manuscrit de Sloane qui décrit avec précision les signes au moyen desquels les maçons se reconnaissent. Pour des maîtres, c’est encore différent…
Une succession de raclements de gorge interrompit la démonstration. Arsène, debout sur son fauteuil, le museau tendu en avant, tentait d’attirer l’attention du cantonnier. Jules haussa les sourcils en une interrogation muette tandis que le docteur Grimaud fronçait les siens en signe d’inquiétude. Le vétérinaire s’approcha du matou, prit sa tête entre ses mains et le força en appuyant deux doigts de chaque côté de la gueule à ouvrir sa mâchoire. Il examina l’intérieur de la gorge après l’avoir orientée vers le faisceau lumineux d’une lampe posée sur un guéridon. Arsène resserra les muscles de son larynx, terrifié à l’idée de ce que son maître allait découvrir.
- Bon, je ne vois pas bien, la lumière est trop faible. Il faudrait que je l’examine dans mon cabinet.
Il continua pourtant à ausculter Arsène tout en s’adressant à Jules.
-Tu n’as rien remarqué de particulier ces derniers temps ? Tu n’entends pas Arsène se racler régulièrement la gorge, comme s’il était enroué… Ce n’est pas normal, chez un chat, à moins qu’il n’ait une arête de poisson coincée dans le gosier… Et puis, je ne l’entends plus ronronner et lorsqu’il miaule pour que je lui ouvre la porte on dirait, je te jure, même si cela peut sembler grotesque, un humain en train d’imiter le miaulement d’un chat… Vraiment, tu n’as rien remarqué ? Je m’en veux énormément… À force de soigner les animaux des autres, voilà que j’oublie de vérifier l’état du mien. Dès demain matin, je m’occupe de lui en priorité.
Le docteur Grimaud relâcha la pression des doigts sur la mâchoire d’Arsène, qui, libéré de l’emprise, bondit se réfugier sous la bibliothèque en acajou massif. Dix minutes s’écoulèrent avant que les battements de son cœur ne s’apaisent.
Chacune des images animées ci-dessous vous mènera aux liens de ce roman d' Elsa, pour le savourer dès son prologue ou tout simplement pour vous souvenir de tous les bons moments passés en compagnie de notre ami Arsène !
Oubliée la mélancolie du miroir. Se lève en France un peu
d'espoir. Les premières mesures de notre nouveau président, vont
toucher les plus pauvres sans rien renier de ce principe égalitaire
qui m'est cher.
Et
cette déclaration de François Hollande : " j'aime les gens."
Voilà une phrase qui, si elle dicte sa politique pendant le prochain
quinquennat, est plus importante que n'importe quel programme.
Oui,
je vous l'avoue aujourd'hui, au soir de ce 6 mai, j'ai versé une
larme, comme je l'avais fait à l'annonce de la victoire de François
Mitterrand, ou à la libération de Nelson Mandela, comme à la chute
du mur de Berlin.
En
certaines circonstances, l'espoir est plus fort que tout et croise un
instant nos rêves les plus fous.
Et
je nomme poème ce
J'aime
les gens.
Qui se
suffit à lui même.
Mardi 15 mai 2012
Griffonnages
dans le ciel, des avions passent très haut, si haut qu'il faut
tendre l'oreille pour percevoir le bruit émoussé des moteurs. Nous
cueillons les fleurs de l'aubépine à proximité d'un lotissement
désert. De l'autre côté d'une haie touffue, le hennissement d'un
cheval nous surprend. Puis rien d'autre que le silence ensoleillé.
Plus
bas, la Loire pose son coude sur l'arche d'un pont et disparaît
happée par son prochain méandre.
Le
soir venu, Lloydia déguste son infusion et s'endort sous l'effet
bénéfique de la plante. Et moi, empêtré dans le septentrion,
j'entame un long goutte à goutte avec les mots.
Mercredi 16 mai 2012
Gémissements
de ma jeunesse qui voudrait encore m'offrir quelques pépites. Mais
l'émerveillement ne vient jamais du passé. Insensé celui qui rêve
à reculons.
Jeudi 17 mai 2012
Parfois je croise des vers montés sur talons aiguilles. Ils
balancent de la rime comme certaines balancent du croupion. Et s'ils
sont d'amour, ils me draguent. Alors je les suis dans tous les
méandres du poème.
Elle
est née un soir, à l’heure où s’assombrit la neige, après une
journée d’épouvante.
Le
télésiège avait emporté vers les sommets sa moisson de manchots
sur leurs planches encombrantes. Des patauds, des élégantes, des
pressés d’en découdre avec la blanche. Parmi eux, une boulette
jaune moutarde pataugeait péniblement pour conserver son équilibre. Qu’importe ! Ses acolytes l’avaient décidé : elle
ferait du ski ! Le vent lui a picoté la peau tandis que le sol
s’échappait. Le ramasse-fous a déversé sa moisson multicolore et
la boulette, soutenue par ses congénères, sous l’œil
compatissant des gamines.
Les
premiers pas l’ont fait choir sur le derrière et la tête, comme
si elle n’était pas assez folle ? Un renversé fabuleusement
bien réussi ! Restait la perspective de descendre la piste
verte longue de quelques kilomètres, avec ses à pics et ses
virages, alors que la boulette, non contente d’avoir le vertige,
avait peur de la vitesse, et ce, en toutes circonstances. Un centre
de gravité déplacé, paraît-il, mais qui donc avait bien pu lui
signifier de déménager ?
Toujours
est-il qu’elle ne put pas entreprendre la descente seule, et c’est
arrimée à son bienaimé — le mal nommé puisqu’il faisait
partie de ceux qui voulaient sa perte — qu’elle descendit sans
bâtons ni fierté, tétanisée par la peur, lourde comme un bloc de
granit, à la vitesse terrible de l’escargot des neiges. Parvenue
au terme de son calvaire, en sueur et jambes tremblantes, elle se
jura de ne plus jamais tenter le Diable et prit ses aises au bar,
seul lieu véritablement convenable pour une personne de sa qualité.
Le
retour, en soirée, fut comme une bénédiction. Le soleil brillait
encore près du champ de neige ombragé qui s’étalait devant le
chalet, immaculé. Julien entreprit de creuser un igloo. Engoncée
dans la neige tendre jusqu’aux genoux, elle a pelleté avant de
laisser sa charge à plus costaud qu’elle. Elle voulait édifier un
monument à la gloire de la boulette, elle le méritait bien !
Ses mains ont roulé la neige pour enrober le petit bonhomme que les
trois petites avaient vite délaissé. Fi du bonhomme de neige, trop
classique, trop simple, trop bête ! Elle pensait dragon, mais
ses mains en ont décidé autrement et elle a vu se dessiner un tout
autre animal à la douceur rassurante. Elle ne s’appelait pas pour
rien « Mamie les poules » !
Le
dos osseux du dragon a ployé sous les plumes duveteuses et laissé
place aux formes enveloppées d’une mère poule. La crête,
orgueilleuse, a ondulé sous le dernier rayon du soleil. Sa queue
s’est dressée fièrement, tant, qu’on aurait pu croire qu’elle
levait le croupion pour cacher ses petits sous son corps chaud. Les
enfants l’ont reconnue sans une hésitation, la poule de neige !
Quelques brindilles sont venues parfaire sa ligne et elle s’est vue
coiffer d’un bonnet de lutin inaugural célébrant la nouvelle
résidente du Linga à Châtel.
Quelques
minutes plus tard, elle pondait son premier œuf ! La pondeuse
en eut plus de succès encore. Elle trônait près de l’igloo,
phare bienveillant dans la solitude blanche, irisant les regards de
gaieté.
La
nuit fut agitée. La lune resplendissait sur la poudreuse. Dehors,
échauffée par l’astre rieur, la poule des neiges s’est soudain
animée. Mue par un infernal courage, la voici qui se dresse sur ses
bâtons, bec en avant, en quête de vers blancs. Mais comment voir un
vers blanc sur une neige étale ? Telle une marée grondante, la
lune s’enfuit vers les sommets, poursuivie par un étrange cortège.
Une poule énorme se dandine, dessinant sa trace sur le manteau
neigeux, entraînant à sa suite un igloo facétieux qui ouvre sa
porte en invitation au voyage. Le volatile picore, picore, picore
sans fin et gonfle, gonfle, gonfle dangereusement. L’igloo, vexé,
abandonne son énormité et, bougon, se laisse glisser vers son
socle. Là, il s’endort, harassé, d’un sommeil sans rêves. Là-haut, tout là- haut, la poule de neige déploie ses ailes et
s’élance dans une vertigineuse descente, tourneboulant sans fin,
bec en avant, sans vers, pourtant. Que lui importe ! Elle gobe
les grains immaculés avec délices et grossit plus encore, rebondit,
gracieuse, et roule, se trémousse en poussant un chant de triomphe.
En
bas, tout en bas, les chalets frémissent au roulement dévorant qui
arrache les flancs de la montagne. Les sapins plient sous
l’avalanche, les rocs s’ébranlent, le flot dévale la piste
rouge, tout schuss, en caquetant d’ivresse. L’igloo grommelle à
ce réveil impromptu et hèle l’incongrue.
— Hé,
poulette ! Il n’est plus temps ! Le soleil va se lever. Tu devrais rentrer à l’ombre avant de fondre comme neige au
soleil ! Ton œuf est à plat et bientôt, il sera poché si
quelque passant se prend de s’en saisir pour son petit-déjeuner !
La
poule, surprise, freine d’un chasse-neige magistral et en perd les
bras, qui restent plantés là à contenir l’avalanche. Caquetant
d’effroi, elle se rue vers son nid blanc et pose son croupion sur
l’œuf qui gémit sous son poids. Le vent mugit, courtois, et
débarrasse la pondeuse de son copieux repas. L’aube se lève sous
une giboulée neigeuse qui tournoie, flocons duveteux qui recouvrent
la trace du noctambule exploit.
Impassible,
la poule de neige trône, coiffée de son bonnet, près de l’igloo
qui accueille les ébats des premiers enfants. Elle arbore un sourire
content lorsque la boulette la dote de nouveaux bras. Cette nuit,
elle ira là-haut, toujours plus haut.
L’œuf
a disparu. Non ! La coquille est vide, emplie de duvet blanc. Des traces légères courent vers les pistes gelées, vers des bras
oubliés, arcs boutés contre un igloo gigantesque, un igloo de rêve
qui se façonne sur les contreforts de la piste, sous l’abri des
sapins blancs.
Eve
Zibelyne le 29 mars 2015
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Mais alors pas de poules en chocolat pour les petites chéries de Mamie les poules ce week-end pascal ? Bien sûr que Siiiiii, voyons ! Un coeur de Mamie les poules, ça craque et ça déborde en douceurs de tendresse ♥
PS : Imaginez-vous que cette poule de neige m'est arrivée par MMS Zib'ien, un beau soir d'hiver ! Là c'est moi qui est littéralement craqué ! Et ni une ni deux, j'ai passé commande auprès de Eve Zibelyne ma copine ! J'ai bien fait, non ? ! GRAND MERCI TOUT CHAUD À TOI MA ZIBOUNETTE LES POULES ♥♥♥ Et tu sais combien je me passionne pour la suite de tes aventures !