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LA VOIX DE L'ÉCHO

POUR LE PLAISIR DE TOUS: AUTEURS, LECTEURS, AUDITEURS...

mardi 9 septembre 2014

MARCEL FAURE - 0136 à 0140 de La danse des jours et des mots


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Samedi 4 février 2012 

Cher Marcel,
Merci avant tout pour ce comment, cordialement articulé et long.
Tu vois, souvent ici, on oublie que suis italienne et avec une formation culturelle, pas extraterrienne, mais differente.
Alors, je crois que si j'étais Japonaise je serais arrivée ici avec mon bagage de Tangas, Haikus, Gogyohka, etc. donc avec une forma mentis pour l'approche à la poésie, purifié, minimaliste et loin des tressements rimes, pieds.
Moi j'ai étudié la poésie d'Homère en hexamètre dactylique, Dante en terza rima et ses endecasyllabes, mais j'ai aussi profité de la poésie hermétique de Ungaretti, Quasimodo, Montale, Saba.
Chez eux le sens est recherché au maximum avec une distillation, un polissent jusqu'à l'essentiel avec le support des analogies.
Mais je vais encore plus loin...
Comme je crois que la poésie peut être crée par tous, selon l'intérêt, la formation et la sensibilité, je trouve qu'aujourd'hui nos jeunes consomment aussi leur dose quotidienne de poésie plus au moins riche de contenu, originelle et enrichissantes auteurs de chansons pop, comme autrefois les auteurs du mélodrame ou de l'opéra font de la poésie.
On a Cohen, Brel, Brassens, De André, Ferré, Conte, De Gregori... Lennon et encore...
Alors si l'Alexandrin que, moi aussi parfois je cache dans mes examêtres, ne pourra jamais être mon compagnon poétique, j'ose dire que la poésie moderne elle est vive et belle, même si on la repère loin de lieux de culte d'autrefois.
A plus et encore merci.
Galatéa belga.



Dimanche 5 février 2012 

Oui, la chanson moderne rejoint souvent la poésie, et la musique donne de la couleur aux mots. Pour être entendus, beaucoup de poètes sont passés par là, ceux que vous citez, d'autres encore, moins connus, mais souvent talentueux, je pense à Jean Vasca entre autres.
Vous parlez de votre culture italienne et de sa richesse pour souligner que chaque culture possède ses richesses et influence ses citoyens. Mais au-delà de cette culture, un linguiste français dont j'ai oublié le nom, souligne que la structure générale d'une langue, conditionne les grandes lignes de cette culture. Ainsi nous Italiens, Espagnols, Roumains, Français avons une culture assez proche les uns des autres et avons parfois du mal à entrer dans les formes de pensées des Anglais ou des Américains du nord.
Parmi les poètes italiens que vous citez, le seul que je connaisse un peu est Eugénio Montale que je ne trouve pas si hermétique que cela. Une citation de lui pour terminer :
" Il faut trop de vies pour en faire une. "

Amitiés, 
Marcel.



Lundi 6 février 2012 

Oui, Marcel nous avons beaucoup en commun comme cultures mais aussi de différences qui nous enrichissent chaque fois on entre en contact et on explore plus.
Quand on parle de poésie hermétique italienne le mots hermétique signifie avant tout désir de dire le plus possible peu de mots polis et résonnants...


Par exemple

Ungaretti dans 



Soldati

Si sta come

d'autunno

sugli alberi

le foglie


Soldat

On est 

comme en automne

sur les arbres

les feuilles


Ou encore Quasimodo



Ognuno resta solo sul cuore della dellla terra

trafitto da un raggio di sole

ed è subito sera


Chacun reste seul sur le cœur de la terre

Transpercé par un rayon de soleil

et soudain c'est le soir.



Galatéa belga





Mardi 7 février 2012 

Bonjours Marcel
J'essaie, de me donner des explications sur moi-même, de voir si c'est une question de formation, de personnalité ou des gènes qui me font sentir mal à l'aise en écrivant un texte qui ne respecte pas mon humeur du moment et toutes mes fractures intérieures.
Pour moi l'écriture est comme le tracé d'un sismographe qui reproduit, le plus fidèlement possible, ce qui me passe dans la tête et que mes tripes aussi partagent. 
J'ai déjà affirmé que je déteste mes poèmes qui me viennent en rime. Je sais qu'ils ont copié de la musicalité ailleurs, ils reproduisent des échos qui n'appartiennent pas à ma voix.
Je fais des hypothèses absolument discutables, mais je crois avoir le droit de dire comme je fais et comme je désire faire mes miettes de poétesse de gouttière ou de remplisseuse de pages Word. 
Quand j'écris, partout ! Je n'ai jamais un schéma classique devant mes yeux qui me demande d'aller avant et en arrière pour être complété, avec dignité et précision. J'écris et après je change la position des mots ou modifie le texte avec des synonymes.

Les images, la longueur du vers sont déjà là au premier jet !

Enfin, si j'écris c'est parce que j'ai envie de communiquer comme toujours, bavardeuse comme je suis.
Ici, étant sur un site de poésie, je fais mon mieux, comme je sais faire pour communiquer avec des vers et en lisant ce que les autres proposent, comme ils savent et ...aiment faire. 

Galatéa belga.


Entre fiction et réalité, nous perdons souvent le sens de ce que pourrait être un vrai dialogue entre les hommes. Réseaux faussement dits " sociaux ", nous nous croyons à l'abri dans l'œil cyclopéen du Net. Si communiquer est une prise de risques, pouvoir nous parler plus facilement est une richesse. Comme le souligne Galatéa, à quoi cela servirait-il si nous n'utilisions pas les outils de communication modernes pour mieux nous enrichir, en apprenant à mieux connaître l'autre.
Sortant du brouillard des sites, quelque part en Belgique, ce visage que je ne connais pas, me semble pourtant familier. Cette avidité d'être soi-même, cette soif de partager, cette peur aussi de se brûler, autant d'obstacles à surmonter.
Fragilement posé sur une seule patte notre héron médite sur l'eau qui dort. Je frappe dans mes mains. Il s'envole droit vers le Nord. Sa silhouette s'atténue... disparaît.
Galatéa, vois-tu ces larges ailles bleue cendrées. A l'autre bout de l'étang, il se pose dans la grande héronnière. Veille sur lui amie, alors que de la main tu indiques l'autre rive, loin, là-bas au-delà de l'eau calme, ... tout au Sud, visible de toi seule, cette île de feu où ton cœur se consume.




Mercredi 8 février 2012   

Et ces rêves bizarres, fiction ou réalité ? Ainsi cette nuit, mon père, si réel que même réveillé, je le voyais encore.
Il marche dans la rue des Deux Amis. Sur ses lèvres l'esquisse d'un sourire mi-timide mi-espiègle, se réjouissant du bon tour qu'il me joue en réapparaissant si longtemps après sa mort. Sur sa tête dégarnie, son éternel béret, il marche s'aidant de sa canne, celle que j'ai encore dans le débarras et qui m'attend. Sa veste élimée ouverte sur la chemise, les bretelles qui soutiennent le pantalon, mais le portrait ne serait pas complet sans cette ceinture flanelle dont il s'entourait la taille et qui se débrouillait toujours pour déborder quelque part.
C'est le rituel du matin. Il se saisit de la large bande de tissu que ma mère a soigneusement réenroulée la veille au soir. De son coude gauche, il bloque le bout sous son aisselle et de sa main droite, en maintenant assez serré, il s'entoure les reins et le ventre d'un solide soutien. Ainsi il aura chaud et ses douleurs lombaires seront soulagées.
Bon, la rue des Deux Amis, juste en face du 6 bis de la rue Du Coin, Il s'éloigne. Un peu avant que je ne le perde de vue, il croise une jeune fille. Tous deux s'arrêtent et discutent ensemble un long moment. Chacun continue son chemin, la jeune fille dans ma direction.
Cette silhouette, cette façon de marcher sur de très hauts talons, cette élégance de haute couture et enfin ce visage que... Vanessa Paradis !

Que vient-elle faire dans ce rêve alors qu'elle n'était pas encore née quand mon père est décédé.






Textes protégés et déposés
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lundi 8 septembre 2014

Échos d'amour et d'espoir entre Véronique et Evelyne ...




Pour Véronique, les mots de sa sœur Evelyne de Gracia


Un texte sous chaque image...
























Mise en voix Louyse Larie



Des étoiles de Noël, quatre mois, nuit pour nuit...












Merci à vous chers lecteurs et auditeurs pour les commentaires que vous aurez la gentillesse de bien vouloir laisser ci-dessous. Ils seront un soutien et réchaufferont le cœur blessé d'Evelyne par ce deuil  récent.




EVELYNE DE GRACIA - LE DERNIER VOYAGE








Pour Véronique



LE DERNIER VOYAGE



- bon Mamita, cette fois ci, je suis bel et bien arrivée. Je ne pensais pas partir si loin pour mon prochain voyage, mais on ne m'a pas laissé le choix. Autant te dire qu'ici, il n'y a pas de frais vestimentaires, tu vois le genre la robe couleur de lune et celle couleur d'étoiles dans le conte de Peau d'âne, eh bien, c'est un peu ça..
Par contre, dis donc, je trouve que toi tu te laisses un peu aller. Tu as du poil aux pattes, c'est quoi ce genre. Pas beau! Ton rasoir, je te le rappelle, est dans ta salle de bains, juste au- dessus de la baignoire.. Pas difficile à trouver quand même!
J'te dis quand même un p'tit truc, même si je n'ai pas trop la permission. Au lieu de pleurnicher bêtement, profite, car ça passe drôlement vite! Alors s'il te plait, retrousse tes manches et va de l'avant. Tu as des trucs sympas qui t'attendent même si y a aussi du pas très drôle. T'arrête pas sur des choses qui n'en valent pas la peine et concentre toi sur l'essentiel, d'accord?!
Bon pour now, je te laisse à tes activités, tu as bien entendu, j'ai dit activités et pas épanche mente stériles, divagations inutiles , car je suis très bien, là bas, et je reviendrai pas. On a fait plein de trucs et aussi, on s'est fait plein de vacheries, comme deux sœurs qu'une mère avait mise en compétition. C'est comme ça, et l'essentiel, c'est qu'on était les meilleures amies du monde envers et contre tous et ça vois- tu, c'est peut être aussi un peu une impulsion céleste. Aie.. Ils me tirent par la manche, mais on dirait des enfants, bon j'y vais...
Oui, j'arrive, j'arrive..
Bises célestes.




Hello ma gentille et "jeune petite sœur"
J'ai oublié de te dire que tout le monde est là! En fait c'est assez rassurant..
Pour l'instant ils me laissent finir ma mission, de loin, mais après, je ne vais plus te parler, il faudra faire avec..
J'ai vu mama dado, qui m'a passé un de ces savons, tu vois le genre, elle n'a rien perdu, ni de sa voix, ni de son autorité. Ça ce fut pour l'accueil.. Mais après, figures- toi que j'ai quand même eu quelques compliments et même des palmes et je me sens des ailes...
Concernant papou, eh bien, il est assez bizarre, mais je sais qu'il bosse beaucoup.
Bon, tu vois, je découvre aussi un univers dont je n'avais aucune conscience. Ici pas de petit apéro, (dommage!), tu sais comme j'aime ce moment.. Des parties de fous rires, évidemment pas, car c'est sérieux et même hyper sérieux, à une nuance près, c'est que notre action n'est validée que si elle est vraiment utile, ce qui évite, bien sur, les pertes de temps et les erreurs.
Bon dis moi, trêve de plaisanterie, si tu pouvais t'occuper un peu de Pauline et même un peu aussi de Colin, ce serait bien et je serais un peu plus tranquille.
Merci au fait, tu sais pourquoi , et là dessus, je ne te laisserai pas tranquille car j'y tiens!
Est- ce que tu t'es aperçue que mama dodo était là quand tu es venue me voir?
Eh oui, on était toutes les deux là à veiller sur vous qui croyaient veiller sur nous.. Nous on souriait. Tu sais, la vie et la mort ne sont qu'une ronde où chaque état est étroitement lié à l'autre. Alors s'il te plait, hauts les cœurs! Dis donc, tu bosses pas aujourd'hui? C'est l'heure d'y aller ma vieille.
Allez Mamita, je te laisse pas tomber, t'inquiète pas...




MON CORPS CÉLESTE

Quand je suis arrivée, un peu vite quand même, je me suis retrouvée toute nue avec juste assez d'énergie pour voir.. On m'a habillée de ciel avec une robe que même le plus grand couturier ne pourrait imaginer. Ça c'est vraiment chouette. Elle est fluide et les couleurs sont splendides. Je ne savais pas trop si j'arrivais en prison ou si j'en sortais, mais ça dure une seconde.
Je sais que tu aimes les stylos, mais ici, il n'y en a pas, car nos pensées sont inscrites et ouvertes à tous, ce qui évite bien des problèmes...
Ah, on ne fait pas tout ce qu'on veut... Et pourtant, vois- tu, j'ai un sentiment de liberté totale mais surtout d'amour et ça c'est immense.
Je te laisse for now!
Je prendrai bien un petit café avec toi, ce sont de bons souvenirs. Ici, on n'en a pas besoin, c'est immensément cool et beau.
Take care of yourself.
Take care of everyone you love et n'oublie pas que le temps t'est compté, alors avance et n'attends pas Mamita!




Evelyne de Gracia tous droits réservés

EVELYNE DE GRACIA - RÉVOLTE








Pour Véronique





RÉVOLTE




Là aujourd'hui, j'arracherais volontiers tous les papiers peints pour en faire des mots, les poser sur une ligne, comme une portée de notes qui s'envolerait jusqu'à toi, petite sœur.
Je ferais enfin des listes de ce, ceux, qui en valent la peine, pour éliminer tout le reste.

Je mettrais du ciel un peu partout dans ma maison et du blanc, rien que du blanc, même si maintenant la mode nous incite tous  aux murs noirs.
Je n'aime plus le noir.
Du blanc partout et pour inscrire ton nom que t'inspire la Lumière



Evelyne de Gracia tous droits réservés 

Texte déposé sur iPagination



EVELYNE DE GRACIA - DEUIL









Pour Véronique





DEUIL




Il y a, subrepticement dans les moments difficiles de la vie, des éclaircissements sur ce que l'on devine d'un ciel bleu au travers des rideaux, avec la lumière qui brille sur les feuilles des peupliers.
Il y a ce que  l'on discerne dans le décolleté du vent, la respiration tendre d'un ange invisible.
Il y a de fines particules qui projettent sur tout paysage la perspective du ciel infini, de l'infiniment Grand.
Nous sommes au milieu de cet univers vaste, avec notre aptitude à recevoir des signes qui ne trompent pas.
Il y a ce geste inattendu de notre part, mais qui nous l'a dicté, ne serait-ce qu'un guide spirituel, inconnu de nous, cette parole chaude que l'on reçoit et qui n'est pas conventionnelle, et qui sont les marques de reflets divins, et puis nous retombons dans notre pesanteur d'hommes.
La vie reprendra le dessus après bien des révoltes en ayant à l'esprit ces parcelles d'espoir.




Evelyne de Gracia

 tous droits réservés septembre 2014

Déposé sur iPagination ici




samedi 6 septembre 2014

ÉCHO ENTRE AUTEURS - Ohé ! Ohé ! LOUYSE LARIE & EVE ZIBELYNE





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 ET OYEZ ZIBELYNE DE SA VOIX
FLUIDE COMME L'EAU
 QUI COURT LÉGÈRE ET FRISSONNANTE
 À l'OMBRE DU PONT !







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TOUS DROITS RÉSERVÉS

SUR LES TABLEAUX 

Le Pont de Louyse Larie
et
Le souriceau de Zib




EVE ZIBELYNE - SOURIS, SOT !




MISE EN VOIX LOUYSE LARIE 





Illustration de ZIB




Souris, sot !


L’aube se lève, plombée par un soleil de feu.
40° sous l’abri de fortune. La journée sera torride. Le vent a rasé la nuit. Un vent sec, au souffle glacé qui a enduit de poussière la pierre du toit. Elle déblaie la couche ocre qui obstrue les ouvertures. Ce fichu sable s’infiltre partout, le déjeuner sera dur à préparer aujourd’hui. Dans leur couche, les petits piaulent de faim.
Elle s’active, gratte, déplace les pierres accumulées par la tempête de sable.
La voie semble libre. Elle sort, respire pour se débarrasser de ce rouge qui lui obstrue les narines. Elle n’aurait pas du. Une goulée de feu lui fait exploser les poumons et la laisse pantelante, l’esprit égaré.
Le soleil cuit la pierre et la réverbération aveuglante la fait cligner de l’œil.
Doucement, elle reprend ses esprits. La marmaille attend. Elle jette un regard inquiet à la maisonnée, et tel un faucon, étend les yeux tout autour de l’abri.
Tout est calme, silencieux. Seul un insecte corné s’escrime à rouler une graine desséchée.
Elle secoue la tête. Pauvre bête qui se fatigue pour rien. Cette graine est vide, vide comme l’étendue immense qui surplombe le malheureux. Aride, magma de cailloux indifférents qui se dorent la face tandis que d’autres triment !
Un frisson lui parcourt la colonne vertébrale.
Elle se met en marche, cahotant sur la pente abrupte. Monter, monter, toujours plus haut, toujours plus loin, monter pour trouver de quoi subsister.
Un jet de poussière devant ses pieds la glace d’effroi. Elle sait ce que cela signifie. Elle recule, se fait toute petite devant les pinces noircicaudes du scorpion.
Le traitre a jailli de son trou, la toisant de son œil torve. Une morsure et c’en est fini à jamais dans cette immensité inhospitalière.
La peur lui a fait franchir la première crête. Une touffe de végétation la salue de ses poils hérissés en balai défraichi. Elle gratte la terre frénétiquement, à la recherche de quelque trouvaille juteuse.
Elle creuse d’arrache-pied, s’ombrant sous le feuillage erratique, bien décidée à déraciner la plante.
Mais la plante tient bon ! C’est à se demander comment ses racines peuvent trouver de la vie dans ce sol caillouteux. Mais c’est là le secret de l’adaptation, et la racine plonge, plonge, au plus profond de la terre.
De ses dents, elle lime la tige, mâchant ce sable qui la fait tousser. Soudain la plante cède sans qu’elle s’y attende. Elle choit dans son élan et roule, roule, roule, jusqu’à son point de départ, dans les cheveux filasse de la plante.
Sonnée, elle voit tanguer le sommet de la montagne qui brûle sous le soleil d’airain. Un insecte caché dans la motte lui tombe dans la bouche. Elle le croque, savoure la chair douceâtre. Requinquée, elle rentre dans l’abri, tirant la pitance de la semaine. Les souriceaux éveillés piaulent et piaulent de joie. C’est l’heure du petit déjeuner !



Zibelyne
5 avril 2012
Tous droits réservés
à retrouver sur le blog de l'auteure

LOUYSE LARIE - À L'OMBRE DU PONT




MISE EN VOIX ZIBELYNE




                     

LE PONT - Aquarelle de l'artiste peintre Louyse Larie




À L'OMBRE DU PONT


Sur le pont de la nacelle,
J'ai franchi toutes les portes
Du consumérisme infernal !  Le monde
 Avec voracité  ai-je englouti,
Croyant de la fortune installée sources acquises
Et d'œillères me protéger de l'impossible !
 De L'obsolescence programmée,
J'ai tissé ma toile sur le jour aveugle,
Sans fondements humanitaires,
Ne faire rien qui dure,
Plutôt que bases en fortifier !
C'est ainsi que lendemain ne s'effondre du leurre
Et que l'on fabrique l'étranger de soi-même  !

Sous le pont de la nuit,
Je n'eus d'autre raison
Que du refuge, m'y nicher !
Nouvelle demeure,
J'ai du bâtir à la hâte sans toi,
Non pas que m'éloigner, était-ce mon désir
Mais ton  poignant départ survenu,
Dès lors que le monde me frappât
De son cruel abandon !
Souffrances les plus désastreuses,
Ai-je tenté d'ensevelir
Comme si le tapis du silence
M'eut prêté la délivrance  !

De ma lucarne en carton,
J'ai vu s'installer le spectre de la nuit
Contraint au prix d'une cohabitation fortuite,
Ai-je du lui concéder  !
Tandis qu'à l'ombre du pont
Et ce dernier me léguant sa toiture humide,
Il se profilait  l'arc-en-ciel ,  je me suis blotti
Sur l'armature de ses courbes !
C'est vrai qu'il y plût beaucoup
Dans mon cœur, mais il y avait toujours une étoile
Qui s'empressait de le réchauffer de sa promesse,
Reine Lune semblait cependant beaucoup plus humaine
Que ce que ne l'était le soleil  torturé !





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Sur  poésie et  peinture

Déposées sur les sites


et

jeudi 4 septembre 2014

ELSA/CATHERINE DUTIGNY - CARNETS SECRETS SUITE 23










LE BAUME DU TIGRE !





Suite 23






Les deux truites, après avoir frôlé la carbonisation, avaient perdu de leur superbe et  refroidissaient, raides, figées, à présent dans une assiette. Arsène n’avait pu s’empêcher de livrer au cantonnier outre les grandes lignes des discussions dont il avait été le témoin, moult détails démontrant ainsi la difficulté à acquérir en peu de temps l’esprit de synthèse. Pas un seul instant il n’avait été interrompu par Jules qui savait aussi bien boire du vin que ses paroles. Ce n’est que lorsque le chat entama la narration de leur rencontre sur la Place de l’Église, que le bonhomme commença à s’agiter sur sa chaise et lui signifier par des acquiescements de la tête de plus en plus appuyés qu’il connaissait la suite. Complètement absorbé par son récit, le matou s’apprêtait pourtant à poursuivre quand Jules lui coupa enfin la parole.

- Là, tu m’en bouches un coin le chat ! C’est pas Dieu possible que tu aies pu en quelques heures apprendre autant de choses. La Marthe a un fils… C’est pas croyable… je l’ai jamais vue enceinte celle-là et pourtant à l’époque on se croisait souvent et on échangeait même quelques amabilités, car tu sais, elle n’avait pas encore son foutu caractère. T’es bien sûr que tu ne brodes pas un peu et que tu ne me sors pas une histoire inventée de toutes pièces ? Juste pour te faire mousser ? Ce serait bien ton genre… Si tout est vrai, t’as eu un sacré coup de bol que son frangin soit passé la voir aujourd’hui et qu’ils aient parlé devant toi… Le Jean, ça fait bientôt vingt ans que je l’ai pas vu traîner par ici ou p’tête une fois ou deux, je ne me souviens pas très bien. Faut que le coq du père Baillou ait été au moment de sauter le pas un sacré démon pour le faire quitter son usine et se déplacer jusque chez sa sœur. Il fréquente plus beaucoup les bouseux, même si pendant longtemps, il a été très proche de la Marthe. Des inséparables ces deux-là pendant leur jeunesse. Complices comme cul et chemise, voire plus…

- Ce n’est pas le coq, c’est le téléphone… rétorqua Arsène, vexé que le bonhomme n’ait pas tout retenu de sa relation.

- Quoi le téléphone ?

- Oui, le téléphone… la Marthe l’a appelé hier soir après être redescendue du toit, enfin je veux dire après s’être réveillée de son cauchemar. Si vous suiviez plus attentivement, je n’aurais pas besoin de me répéter.

Jules piqua du nez. Arsène commençait à prendre des libertés qui ne lui plaisaient guère. Son humeur variait d’un instant à l’autre sous l’effet des événements et cette matinée avait été trop riche en contrariétés pour accepter sans rechigner de se faire rabrouer par un greffier à la langue bien pendue. Il pointa la lame de son couteau en direction du chat.

- Tu me parles sur un autre ton ! Et puis, il me faut un peu de temps pour digérer tout ça. J’ai déjà la petite qui pose problème. A-t-on idée à douze ans à peine d’avoir déjà ses règles. Comme si le fait d’être simplette ne lui suffisait pas ! J’sais pas ce que j’ai fait au bon Dieu pour qu’il s’acharne ainsi après moi. Tu vois, y a des jours où je serais prêt à voir sa mère revenir d’Amérique et me la reprendre… heureusement ça ne dure jamais longtemps et si cela doit arriver, si elle vient me l’enlever, je ne la laisserai pas lui mettre le grappin dessus. Manquerait plus que cela, mais bon, d’un autre côté, c’est pas le rôle d’un homme de s’occuper des saignements de sa fille… c’est le boulot des mères… déjà que de la faire accepter à l’école, ça été un vrai chemin de croix et sans la bonté de notre instituteur la p’tite ferait rien qu’à traîner à la maison, à inventer je ne sais quelle nouvelle bêtise…

Arsène n’entendait rien au mal dont souffrait Charlotte et pensa que lorsque l’on perdait du sang un peu de mercurochrome suffisait à réparer la blessure. Il avait vu son bon maître s’en servir des centaines de fois et généralement le saignement s’arrêtait de lui-même. Peut-être qu'une simple visite chez le vétérinaire mettrait un terme à ce problème… Quant aux épouses possibles, il connaissait plusieurs veuves dans le bourg qui n’attendaient qu’une seule chose : qu’on leur passe la bague au doigt. La jolie et douce figure de Christine se détacha du lot.

- Vous avez Christine… elle est veuve et semble beaucoup vous apprécier. Pourquoi ne pas l’épouser ? Elle pourrait s’occuper de votre fille et ferait une excellente épouse…

Jules ouvrit des yeux ronds, stupéfait. Il ne s’attendait pas à ce type de conseil de la part du matou. Ses sourcils broussailleux se rapprochèrent, accentuant les rides profondes de son front.

- On ne recommence pas les mêmes conneries deux fois…  Christine pourrait être ma fille et elle a fait des études, pas comme moi qui ne suis qu’un vieux bourrin presque illettré. Ha ! plus jeune… plus intelligent… Mais la belle affaire… Oublie le chat et laisse-moi repenser à ce que tu m’as raconté. En attendant mange ta truite, tu l’as bien gagnée.

Il détacha la peau calcinée du poisson le plus gros et déposa le mets dans une assiette qu’il abandonna sous le museau du chat. Habitué aux repas préparés par son maître, Arsène apprécia la chair cuite qui lui était offerte et ne ressentit  nul regret de n’avoir pas risqué sa vie en allant pêcher sa pitance dans le Portefeuille à portée des griffes des Martes.

Quand Jules se leva un peu plus tard pour chercher une miche de pain et la moitié d’un Pouligny-Saint-Pierre, son visage ne reflétait plus les soucis mais exprimait la plénitude d’une personne venant de résoudre une équation à multiples inconnues. Tout en enfournant dans sa bouche des morceaux du fromage de chèvre tartinés sur d’épaisses tranches de pain, il livra à Arsène le résultat de sa réflexion.

- Écoute le chat, je sais ce que l’on va faire…

Arsène apprécia le « on » qui en disait long sur sa participation à la suite de l’enquête.

- Je suis tout ouïe, répondit-il avec malice, renvoyant Jules à sa propre expression.
- C’est bien ! Ouvre en grand tes esgourdes. Faut que je te reparle brièvement de la guerre et du rôle que j’ai joué au sein du maquis. Parce que le chat, t’as devant toi un gars qui n’est pas resté les mains dans les poches pendant que ses copains se faisaient plomber par les Vert-de-gris.

Ce fut au tour d’Arsène de prendre un air abasourdi.



©Catherine Dutigny/Elsa, août 2014

à retrouver sur le site iPagination



à suivre...



mardi 2 septembre 2014

MARCEL FAURE - 0131 à 0135 de La danse des jours et des mots





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Mardi 31 janvier 2012 

            La ressemblance avec une rose de la jeune femme du 3ème est frappante. Jamais je ne le lui dirai parce que, question caractère, il lui pousserait certainement quelques épines supplémentaires. Alors, lorsque je la croise dans l'ascenseur, j'accroche mon sourire à mes chaussures pour en vérifier les lacets.
            Une fois, j'ai eu cette audace de la regarder. Droit dans ses yeux, mon sourire. Balayé d'un revers de mots secs et blessants :
            - Nous n'avons pas gardé les cochons ensemble, vieux sadique.
        Heureusement Madame, heureusement, pensais-je très fort, la pauvre truie en eût accouché prématurément.
            De plus en plus de gens, malmenés par la vie, se sentent agressés sans raison. Quel gâchis !



Mercredi 1er février 2012 

L'investigation de ma vie ne laisse que peu de place au mystère. Elle est tellement linéaire et si peu vagabonde. Enquêter à l'intérieur de mon cerveau, par contre... Je m'y perds si souvent. Une connexion non consciente me pousse parfois dans des contrées où la violence règne en maître. J'ai peur de moi.
Vite je referme cette porte. Je voudrais définitivement rompre le contact avec la bête, mais c'est elle qui me rappelle tout le chemin parcouru et celui qu'il me reste à faire pour avoir vraiment le droit de dire "tu" à la vie.
J'allume ma lampe frontale. Je te vois.
- Tu dormais ?
- Non, j'étais à l'extrême bord de moi, dis-je en frissonnant.



Jeumermanche 32 du mois 33 

Une date imaginaire pour chapeauter les quelques jours qui suivent.

J'ai déjà abordé vaguement le sujet des sites de poésies où je publie mes poèmes. Je croise mes mots avec des gens. Des liens se nouent avec certains. Peu à peu ils se transforment en une complicité proche de l'amitié et nos échanges débordent souvent du sujet qui nous rassemble.
Nous faut-il un alibi pour écrire ? L'alibi de l'œuvre littéraire à construire, celui de la langue à sauvegarder, du message à transmettre...
La plupart d'entre nous, écrivains du Dimanche qui musardons sur les sentiers de la création, nous n'avons que l'alibi du plaisir et cette rage de l'expression qui nous porte, nous emporte au-delà de nous même.
Avec Galatéa belga, pseudo d'une nymphe sicilienne qui vit en Belgique, nous échangeons de petits bonjours matinaux où il est souvent question de hérons, de brumes et de la soif de vivre. Nous aimons cette musique des mots sur la portée des ondes. Parfois, il nous faut dire aussi notre désarroi, lorsque notre cœur écorché s'empêtre dans la banalité qui fait irruption dans ce que nous lisons. Tous les jours nous devrions nous indigner, mais il faut bien que la misère culturelle s'exprime aussi et nous sommes aussi assaillis par la tendresse envers tous ceux qui n'ont pas les mots pour dire.
Malgré ses difficultés dans notre langue, Galatéa fait l'effort de s'exprimer en français. En la lisant, c'est comme si j'entendais sa voix chantante au creux de mon oreille. Et même dans sa révolte, il y a comme une douceur maternelle, une fluidité mélodique, une bienveillance...
De la révolte ? Non, je devrais plutôt parler d'une sorte de manifeste poétique qui pourrait se résumer à : J'écris comme je suis et je vous lis ainsi.
Je vous laisse découvrir nos échanges en commençant par son message poème.



Jeudi 2 février 2012 

Pourquoi je ne peux pas sortir avec Mr. Alexandrin.

Je comprends les poètes qui aiment, recherchent et se réfugient dans les bras immortels de l’alexandrin.
Ils trouvent de la musicalité, de la mesure, du rythme, des confins rassurants et anoblissants pour leurs pensées.
Il y a un subtil plaisir quand on manipule la beauté, on assemble ses fragments choisis, élaborés pendant notre évolution culturelle et qui sont “classiques “.
Ce n’est pas indispensable s’exprimer avec la patine du beau temps qui fut, mais c’est aussi agréablement titillant se mélanger avec les autres, habillés de mots de soie, des tissus souples, si bien expérimentés qui ne creusent et se présentent impeccables, n’importe l’occasion, l’humeur, la rage ou la tristesse.
Revêtus de mots sélectionnés, ciselés, on montre une façade de respectabilité qui invite à l’admiration et à une forme d’imitation de bonnes manières.
L’alexandrin, les formes classiques françaises sont en effet l’haute couture de la poésie. Le Chanel numéro 5 qui peut fait tourner la tête à l’aimant du parfum d’autrefois.
En lisant ces vers d’haute lignage, en découvrant leur parfait alignement, on peut ressentir les frissons de la certitude mathématique.
Ce sont beaucoup ceux qui recherchent, désirent au moins une fois par jour trouver de l’ordre, car la vie nous chamboule et jette en l’air soudainement nos points d’appui.
C’est humain le besoin d’ordre, de trouver notre essentiel à la juste place, à l’aveugle, sans étranges migrations de sens et de forme.
Le beau déjà expérimenté, la routine, la reproduction dans les schémas rassurants sont donc une aspiration assez commune, liée à la personnalité de qui écrit ou lit et sait manipuler, avec précision, une matière qui devient encore plus ductile et source de satisfaction quand entre dans le plan préfixé d’une composition.
Mais en écrivant on peut rester la personne que nous sommes quotidiennement comme on peut changer et désirer ouvrir la porte à une partie de nous qui nous appartient, mais que plus difficilement nous savons faire agir dans notre vivre.
Ma rébellion cachée aux règles, par exemple, se montre en plein quand je compose.
En écrivant de vers, je deviens sauvage, incapable d’accepter des brides qui ne sont pas les miennes.
Chaque poème que j’écris suit seulement les limites, les confins de mon souffle qui s’arène là où ma spontanéité, ma sincérité m’emmènent.
C’est pour cette raison que je ne suis pas capable de modifier mes écrits après quelques jours.
Un poème écrit, une fois fini l’élan, est hors de moi, avec une fermeture mentale et émotionnelle qui m'empêche de le rouvrir et le transformer.
Peut-être dans mon DNA(ADN) manque la gêne qui me fait vibrer quand je lis la perfection numérique plus que la sincérité de l’autre.
J’ai encore en moi la marque que certains fragments de poèmes ont laissée en moi il y a longtemps ou récemment.
En général, j’ai compris, ils sont extraits de compositions libres que je mémorise aussi plus facilement pour leur vers qui forment une image irrégulière et donc pour moi, plus facile à retenir.
Mais c’est aussi leur caractère unique, les mots apparemment moins galets polis, qui font une trace dans mon réservoir d'émotions.
Comme lectrice je ne désire pas seulement boire un verre de belles lettres, je veux du jus frais qui contient les sels minéraux de son auteur. Son arôme spécifique, son rythme intérieur non reproductible par un autre.
J’aime découvrir les mots traces d’un passage inconnu, diffèrent, sur ce même sol, avec des tournures et des sources d’illuminations particulières qui mettent en relief un coin, un mot d’expérience humaine pour moi encore inexplorée. Vierge.
Donnez-moi un accent, une transparence, un fil pour coudre lambeaux d'émotions et je couvrirai mon être éternellement de ce drap-patchwork volé, lecture après lecture aux autres, aux souffleurs de vertiges, aux sculpteurs de la fantaisie.
Galatéa belga.




Vendredi 3 février 2012 

 " En écrivant de vers, je deviens sauvage, "
O ma belle sauvage, dont le mélodieux accent italien s'entend en lisant vos poèmes, savez-vous qui vous donne raison ?
Tous les surréalistes qui se souciaient peu de la forme, mais dont la poésie, parfois trop expérimentale, perd un peu de son sens, mais aussi toute la poésie expérimentale moderne qui pousse encore plus loin l’absence de sens au point que l'on en regrette parfois ce bon vieil alexandrin. Un certain nombre de poètes modernes, après en avoir fait l'expérience, reviennent d'ailleurs à une poésie plus classique.
Attention cela ne veut pas dire que l'on peut écrire n'importe quoi et appeler cela " poésie " comme c'est trop souvent le cas dans nos lectures quotidiennes des productions du site. Il y en a un peu marre des amours toujours, salaud tu m'as quitté ou des Dames nature, du sable fin et des yeux bleus. La poésie, c'est évidemment dire cela mais elle mérite beaucoup plus que ce genre de banalités.
Enfin encore pour vous donner raison deux citations.

Léo Ferré : Le poète qui compte sur ses doigts est un dactylographe.

Paul Valéry : la forme coûte cher.

Amitiés d'un vieux croûton qui essaye d'écrire mais se trouve souvent bien plat lui aussi.
Marcel.


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