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mardi 27 mai 2014

MARCEL FAURE - 0061 à 0065 de La danse des jours et des mots

MISE EN VOIX MARCEL FAURE



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Mardi 22 novembre 2011 

Michel Butor, pendant une série de vingt émissions radiophoniques, nous a proposé "Une histoire de la poésie." Il raconte, presque au début, que Victor Hugo convoque les poètes, une longue liste de 99 noms. Cette liste, en soi, est révolutionnaire explique Butor parce qu'elle inclut entre autres, parmi les poètes anciens, un certain nombre d'auteurs de la bible. L'ancien testament n'est plus sacré, mais poétique. Une hérésie pour l'église catholique.
Dans un autre domaine, essayons une liste. À propos de cette rose par exemple, dont nombre de poètes se sont saisis. Allons voir si la rose donc ...
Amour, poésie, couleur, couleurs, pureté, deuil, Angleterre, François Mitterrand, latin, déclinaisons, universel, jardin, ornementation, décoration, peinture, plante, bois, confiture, parfumerie, Orient, commerce international, merde, ...
En établissant cette liste qu'il conviendrait certainement de compléter, j'étais parti sans préméditation, et soudain Lloydia me rappelle ce nom de roses que l'on donne parfois à nos déjections, accolé à commerce international, il exprime toute la réticence à ces échanges entachés d'exploitation et de profits démesurés.
Sur le rebord de ma fenêtre, mon bouquet perd ses plumes et m'offre un joli parterre de pétales blancs ourlés de rouge.


Mercredi 23 novembre 2011 

Vos énumérations, Monsieur Sollers, celles que je qualifiais à tord de remplissage, je les comprends mieux maintenant, quelques oiseaux contenant tous les oiseaux, un roman qui résume tous les romans, une étoile, un point d'ancrage dans notre siècle où viennent s'amarrer tous les auteurs du passé, un tremplin pour l'avenir de la littérature que le temps transforme à nouveau en base arrière, mais aussi un hommage à ce qui nous vient du fond du ciel, du fond des siècles.
Je me glisse par la petite porte. Je me fais tout petit, J'observe cette mise en relation. Plus forts que la dérive des continents, la présence à nos côtés des témoignages de l'humanité tout entière.
Je reprends votre livre où j'en étais resté : " Tout s'effondre et tout se révèle, c'est un enchantement et une chance à l'envers ... " Je ne suis qu'un voleur, mes dieux sont dans les bibliothèques.



Jeudi 24 novembre 2011 

Mes pétales finissent de sécher sur la fenêtre. Plutôt que de les jeter, je les mettrai dans un pot-pourri. Conserver tout l'hiver ces senteurs, me rassasier des couleurs. La beauté qui s'exprime magnifiquement, derrière la transparence du verre. Un trou dans les nuages. Une éclaircie qui ne touche que mon appartement.



Vendredi 25 novembre 2011 

Je bats les cartes, et toujours la même dame de cœur qui sort, dès la première donne. Tu es là, dans chacun des bruits quotidiens. Des bols s'entrechoquent, tu prépares le petit déjeuner, odeurs de pain grillé, confiture de mûres que nous avons ramassées cet été. Un jet d'eau, ton corps nu sous la douche. Un léger glissement sur le sol, tu caresses ma joue. La glissière de l'armoire à vêtement, un pantalon, un chemisier de couleur, jamais du noir, une petite veste douce et chaude.
Tu apparais dans l'embrasure de la porte, virevoltes, attends mon compliment.
— Tu ne me regardes même plus !
— Mais si, ta chaussette gauche est trouée.
Tu cherches ce trou taquin, sorti de mon imagination. Ce brin de colère te va si bien, comme ce chemisier parsemé de marguerites brodées et ce pantalon qui, sur la poche arrière, arbore MAYFLOWER, comme aussi les branches de tes lunettes où sont gravés de minuscules hibiscus. Tous les jours, je te respire comme une prairie au mois de mai.
J'allais oublier les myosotis de tes chaussettes.
Sur le sol, une boule de houx promène son inconscience jusqu'à ce que tu l'écrases.



Samedi 26 novembre 2011 

En route vers une grande surface. Participer à la grand-messe de la consommation. Du rouge agressif. Des lettres démesurément aguicheuses raturent un objet. De toutes petites sournoisement tapies dans un bandeau sombre.
Nous sommes braqués par des espèces de voyous publicitaires qui nous menacent. Toutes ces couleurs, ce luxe, cette joie. Nous croyons à un jeu, mais non.

— le progrès ou la vie ?
Et nous, bêtement :
— le progrès, le progrès !

Nous rentrons chez nous, le dos courbé sous le poids des courses et méchamment lardés par cette batterie de couteaux en céramique dont nous n'avions que faire l'instant d'avant. Pas de sang, pas de cadavre, pas d'assassin.






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