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mercredi 1 octobre 2014

MATHIEU JAEGERT - CHER TOI




MISE EN VOIX MATHIEU LAMANNA




Un Mathieu peut en cacher un autre !





Cher toi,


Avant de me lancer dans l’exercice, j’ose espérer que le tutoiement ne te dérange pas. De toute façon, si le vouvoiement avait été de mise, j’aurais écrit « cher vous », mais c’est bien à toi que je veux parler, à toi seul. Vous n’a donc rien à faire ici ! En réalité, je n’éprouve pas l’envie de te parler, je dois m’y coller avec mes compères. On nous pousse à écrire sur toi, c’est l’intitulé ! Cette fois-ci, tu es le sujet et tu dois être ravi, toi que tes fonctions conduisent plus souvent à œuvrer comme complément. Pour me démarquer, j’ai décidé non seulement d’écrire sur toi, mais de t’écrire directement. Il fallait quand même que tu saches qu’on se soucie de toi ! Rien d’étonnant à ce que les autres auteurs, eux, relatent une histoire intime, tant tu incarnes la dynastie des pronoms personnels. Ils oublient sans doute que tu es avant tout singulier, unique et pluriel à la fois, ce qui te confère un statut à part. Tout le monde pense te connaître, mais tu verras que si chacun aura écrit sur toi, ce ne sera pas sur – ni sous – le même toi. C’est l’avantage de te présenter seul devant les auteurs, libéré des affres d’une consigne à rallonge. Quelques participants rechignent à parler de toi publiquement, arguant que ce n’est pas chose aisée. Bien au contraire, c’est si facile de cette façon, l’air de rien, histoire de brouiller les cartes !


J’avoue, si je n’ai pas hésité une seconde à prendre ma plume, je n’ai pas la moindre idée de ce que je souhaite te dire, et pourtant, je reste persuadé que tu ne t’en offusqueras pas, peu habitué que tu es à recevoir de tels honneurs. Disserter sur toi évite de parler de soi, d’eux, de nous ou de moi-même. Tu me suis ? Comment ? Tu es toi ? Ah ah, très drôle ! Oui, et moi, moi…Bref, qu’importe donc ce que j’ai à te dire, l’essentiel est de diluer tout égoïsme, et de s’intéresser parfois aux autres, à commencer par toi ! Il est d’ailleurs préférable de suivre cette philosophie pour t’appréhender au mieux sans se casser les dents sur le sujet. Et de toi à moi,  je t’aurais bien remplacé d’un mot réinventé pour l’occasion : toiser, c’est-à-dire se mesurer à toi, modestement.


En parlant d’humilité, je te prie de ne surtout pas me répondre car tu serais tenté de parler de moi !


Bien à toi.





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