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dimanche 27 juillet 2014

JAVA - « 176 EN NOIR ET BLANC » PARTITION 6 - QUATRE MAINS ANNA LOGON ET JAVA

MISE EN VOIX JAVA
sur une partition de Bela Bartok 1ere sonate pianiste "Makaosama"

Un piano de concert possède 52 touches blanches, 36 noires
À quatre mains, cela fait 176 petites notes qui s’entremêlent...

Tour à tour, les plumes d’Anna et Java se croisent
et en canon se répondent,
Voici leurs partitions...



CLIQUER SUR LA PARTITION CI-DESSOUS








« 176 EN NOIR ET BLANC »


FINAL





      Il avait écouté avec un ravissement qu’il ne cherchait même pas à dissimuler. Dans les doigts du pianiste la musique était devenue matière et eau, les croches s’étaient faites grappins, les portées torrents tumultueux. Mais si la musique avait ce pouvoir d’inspirer le chaos, lui, pouvait il continuer à l’aimer? Il détestait les décombres et la nuit, mais il endossait soir après soir, par le choix de ses interprétations le costume le plus sombre, il était l’ombre, l’Autre la lumière. Pourtant il ne croyait pas avoir démérité de l’instrument, il aimait ce piano autant que sa propre vie, pour autant ses prestations musicales depuis quelques temps n’attiraient que reproches et quelquefois injures. On avait besoin de gaieté, de notes cristallines à satiété et leur rôle n’était que d’être les messagers d’un bonheur mélodique.


               Il n’y arrivait plus, alors il ne produisait plus en solo, les gens ne se déplaçaient plus pour son nom seul, il avait été obligé de recourir aux duos. Alors il servait de faire valoir, chacune de ses interprétations mettait l’Autre en sous la lumière, malgré tout il continuait, le piano était non seulement son gagne-pain, mais aussi sa raison de vivre. Allons, il lui fallait en finir. Ses deux mains se posèrent doucement sur l’ivoire des touches. Aujourd’hui, il ne partirait pas sous les huées. Il commença par un Allegro moderato, même si c’était un univers sombre qui sortait de ses doigts, la frénésie du tempo et l’alternance avec des animatos aux sonorités simples allégeaient son propos. Plus que jamais son interprétation dessinait les deux faces d’une même pièce. Il soufflait le chaud et le froid. Il amena l’auditoire dans une sorte de sarabande hiératique et la fit tout aussitôt sauter dans des ruisseaux d’eau pure et joyeuse, avec des allégros endiablés avant de reprendre des sonorités plus graves. Il fit sourire et pleurer. Il donnait ainsi à écouter le monde tel qu’il le voyait et l’entendait, heureux et triste, alerte et lourd, généreux et assassin.


               Il ne quitta pas ses doigts des yeux, il ne posa son regard ni sur l’autre pianiste qui lui faisait face ni sur la salle. Cette fois personne n’était parti, tout au moins il ne décelait aucun mouvement. Il lui sembla alors qu’il avait gagné le cœur de tous. Il se demanda si après tout cela avait de l’importance ? Enfin ses doigts cessèrent leur course, un long silence s’ensuivit.


               Ils se levèrent ensemble, ils firent tous les deux le tour de leur Steinway et saluèrent. Il sentit alors une main dans la sienne. Ils étaient deux, ils avaient toujours été deux.


               À ce moment seulement les applaudissements commencèrent, la salle était toujours dans l’obscurité, il y avait ce noir intense devant eux et ces claquements de dizaines de paumes qui se rencontraient encore et encore, lorsque les premières lumières s’allumèrent il vit que tous étaient debout.


               Après deux rappels ils quittèrent la scène définitivement, ils rejoignirent leur loge après s’être chaleureusement remerciés l’un l’autre, se promettant d’autres rencontres, d’autres rendez-vous, d’autres applaudissements. Plus tard, un œil attentif aurait vu un homme sortir au bras d’une jeune femme et après quelques minutes, un autre poussant un fauteuil roulant dans lequel était assise celle qui devait être son épouse… Tous deux riaient, riaient… Les ruines de la ville semblaient moins laides ce soir...






Texte déposé et protégé

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2 commentaires:

  1. La musique est bel et bien universelle, preuve en est ce superbe texte qui résume si bien cet adage ! Casquette bien bas à tous deux pour cette évasion au pays de la musique et des mots enchantés !!

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    1. Merci Eponine de tes passages fidèles et encourageants !

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