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mercredi 24 décembre 2014

TippiRod - LA SIRÈNE DE NOËL











Morgan - "Le lac Jacaré"



La sirène de Noël




Il était une fois en des contrées lointaines, une jolie sirène qui avait du gros chagrin.

Elle habitait au cœur du lac Jacaré en Amérique du Sud, tout près d'un très joli village.

Ses longs cheveux bruns bouclés secoués par ses sanglots faisaient frissonner l'onde.

Dans une mangrove voisine, un très vieux crabe bleu ressentit cette peine totalement imperceptible par l'espèce humaine, jusqu'au bout de ses pinces.

Bien que fatigué, il entreprit son voyage de côté pour aller rejoindre la belle enfant avant la fin de l'avent. Sa petite patte lui disait qu'il y avait mission pour lui avant la nuit du réveillon.

Dix jours entiers lui furent nécessaires pour atteindre le lac. Fort heureusement le vieux crabe épuisé ne cligna pas longtemps des yeux pour apercevoir la petite sirène chagrine.

— Ma belle enfant, une si belle journée d'été et je te trouve en pleurs ! Sais-tu que tes larmes font vacarme jusqu'à moi !

— Bonjour Crabe bleu, nous ne savons plus quoi faire, dit la reine des grenouilles

— Et nous non plus, reprend le crapaud chef de bande

— Bonjour Crabe bleu, c'est tellement gentil à vous de venir nous voir, pétillent les lucioles invisibles en plein jour

— Et toi Noëlle, tu ne me réponds pas ?

— Elle ne fait que pleurer, dit la grenouille

— Depuis des jours et des nuits, confirme le crapaud

— Et si on la laissait s'exprimer, gronde gentiment le crabe bleu

— Ah oui, c'est une belle idée, clament les lucioles en choeur

— Je t'écoute, petite, quel est ce gros chagrin qui te coupe la parole et fait perler tes jolis yeux d'ébène ?

— Je ne veux plus être « pas pareille »... sanglote la sirène

— Pas pareille que qui, que quoi ? En voilà une idée !

— Pas pareille que personne ! Pas pareille que les autres sirènes

— Bien sûr, puisque tu es la Sirène Noëlle ! C'est normal que tes écailles soient rouges. Elles sont d'ailleurs magnifiques, on dirait des rubis étincelants. Tu es la plus éclatante des sirènes

— Je ne suis pas pareille que le père Noël !

— Tu voudrais une grosse barbe blanche sur ton joli minois ! Et tout le lac d'éclater en un rire tonitruant.

— Je n'ai pas non plus de traineau...Et d'ailleurs, je n'ai même pas de cadeaux ! Vous parlez d'une Sirène Noëlle ! Qui pourrait bien croire en moi ?

— NOUS !

— Vous dites cela pour me consoler, mais moi je sais que je ne sers à rien. Je suis le vilain petit canard des sirènes !

— Parlons en du vilain petit canard, dit le crapaud, il a bien grandi, tu sais, c'est un très bel adolescent. Eh bien ! Tu serais surprise ! Il ne s'est pas plu du tout dans sa vie de cygne comme tous les cygnes. Il est revenu, penaud, demander asile chez les canards, mes cousins lointains et palmés. Depuis, il barbote comme un coq en pâte et, crois-moi, il ne fait plus ni le beau ni le vilain, il cherche simplement à faire l'heureux temps dans la mare. Il cultive les différences comme des fleurs uniques et merveilleuses.

— Moi je ne suis qu'une pauvre sirène isolée

— ET NOUS ALORS ! On compte pour des œufs de lump ?

— Non consentit-elle a sourire, vous êtes mes amis, mais vous ne pouvez rien pour moi.

— Tu n'as pas assez lu de contes de fées, petite ! Maugrée le crabe bleu

Tu as une armée de grenouilles, de crapauds, de lucioles, tu as tout ce qu'il te faut !

— Je n'ai pas de prince charmant !

— Teu teu teu ! Ne raconte pas d'histoire ! taquine le crapaud, le cavalier au cheval blanc n'est jamais loin d'ici !

— Oui, mais c'est parce qu'il vient voir son petit jacaré, pleurniche la sirène

— Quel cavalier au cheval blanc, quel petit jacaré ? interroge le crabe bleu

— Mais enfin, Crabe bleu, vous perdez la carapace ! Vous ne vous souvenez plus de cette vieille histoire. Elle est même la légende de notre lac !

— Ah ! Sois poli, Crapaud, à défaut d'être... Je ne veux pas me montrer grinçant.
Sache, vieux baveux, que j'ai une mémoire pachydermique et que je n'ai jamais eu vent de cette fable. Je devais être en fonction dans ma forêt d'Amazonie et avais bien d'autres sirènes à pincer ! Veux-tu bien me relater les faits ?

— C'est nous qui avons sauvé le beau cavalier ! S'exclament les lucioles

— Bon bon... il vous revient de raconter alors ! Grommelle le vieux crabe



L'assistance en émoi, chacun positionné sur son séant et sur le nénuphar de son choix, est tout ouïe et impatient d'entendre ou de réentendre cette légende locale dont aucun ne se lasse.



Les mille treize lucioles parlent en clignotant, de trois mots en trois mots — les treizièmes assurant toutes les ponctuations pour donner le ton.


— C'était une belle fin d'après-midi, le cavalier blanc pêchait tranquillement lorsque soudain au coucher du soleil, un bébé jacaré surgit de l'eau prêt à en découdre avec celui qui se trouvait en haut de l'asticot ! Le bébé d'un mètre de long était déjà bien vigoureux et ne badinait pas de la mâchoire. On aurait dit qu'il avait plus de mille dents. La bagarre s'annonçait rude pour le pêcheur cavalier. Il se débattit pendant plus d'une heure avec l'animal au milieu des nénuphars.


C'est alors que nous sommes apparues, habillées de nos plus belles lumières. Le cavalier blanc a raconté que l'instant fut magique et le petit jacaré totalement apaisé.


Le jeune homme réussit à le capturer sous les yeux médusés des crapauds et des grenouilles qui ne donnait pas cher de sa peau ! Il ficela la gueule de l'animal en vue de le confier à un ami qui s'occuperait un temps de ce gros bébé pas comme les autres...


Le crapaud reprend alors à l'attention du crabe et de la sirène:

— Vous nous direz, qu'est-ce qu’un jacaré ? Le jacaré est un crocodile d'Amérique du Sud, que l'on trouve plus particulièrement en forêt amazonienne ou dans le nord du Brésil.

La grenouille qui était loin d'être muette, de coasser :

— Les gens qui vivaient près de ce lac n'ont jamais oublié l'histoire du cavalier ! De ce fait, ils l'ont baptisé « le lac jacaré ». Mais attention, la légende dit qu'à ce jour, rode dans les profondeurs du lac...la maman jacare...


À cet instant l'eau se mit à bouillir en d'énormes bulles tout autour d'eux et d'un seul coup, un gigantesque jacare rugit :

— Où est mon petit ? Quel est donc cet ami qui l'a recueilli ?


Interloqués, la sirène, les crapauds, les grenouilles et même les lucioles courageuses se terrent les uns contre les autres aux bords des rives.


À grands coups de queue, la mère malheureuse se montre menaçante et tout le monde craint la vengeance du sang glacial.


Adieu, Noël, cadeaux, traineaux ! Les enfants ne seront pas gâtés cette année encore, par la sirène Noëlle, qui de toute façon n'avait rien de tout cela parce qu'elle n'était pas pareille !


Seul le vieux crabe, se montre téméraire, et d'un ton rocailleux tient tête à la dame aux grandes dents :

— Votre petit est en de bonnes pinces. Je suis l'ami à qui le cavalier blanc a confié votre tendre descendance. Mon épouse, un crabe violoniste en a pris grand soin, je peux vous l'assurer.


La surface du lac est redevenue calme. Faune et flore ont cessé de trembler.


Maman jacaré reste coite un moment puis à son tour, charmeuse, s'adresse à l'assemblée :

— Alors, amenez-le ici ! Il sera le traineau qui manque tant à Sirène Noëlle. Sur son dos embarqueront crapauds et grenouilles...

— Moi je veux six rênes comme le père Noël !

— Mais c'est toi la sirène ! Bécasse ! Vas-tu cesser de pleurnicher à la fin ? Tout le monde va croire que les nénuphars font sangloter comme des oignons ! Rouspète le crabe bleu.

— Et puis je veux de la neige, j'ai jamais vu la neige !

— Ah ça, mais quelle capricieuse ! Qui l'a éduquée celle-ci ? S'insurge la mère jacaré

— C'est nous tous, les habitants du lac. Un matin vingt-quatre décembre, nous l'avons découverte endormie dans les grandes feuilles, déposée par une perle de rosée. Éblouissante avec sa robe rubis et ses boucles foncées, elle a ouvert de grands yeux d'ébène veloutée. Nous n'avions jamais vu de sirène et ainsi tombée du ciel, elle nous semblait la plus belle. Oui, peut-être bien que nous l'avons un petit peu gâtée ! confesse gentiment la petite grenouille nounou.

— Et vous l'avez donc prénommée Noëlle ? Questionne le crabe bleu

— Oui, grâce à ses écailles rouges, nous avons imaginé qu'elle serait une bonne sirène Noëlle.

— Mais le père Noël passe, ici aussi ! Les enfants ont leurs cadeaux bien qu'ils fêtent leurs grandes vacances et que ce soit le plein été, réplique encore le vieux crabe.


Ils continuèrent à parler ainsi et à refaire le lac pendant des heures.


Pourtant quelques nuits plus tard, celle tant attendue du réveillon, un drôle d'attelage effleurait les maisons.


Comme un traineau de père Noël, le fils jacaré retrouvé, volait dans la nuit encore chaude de soleil. Tout le lac voyageait à son bord et la sirène Noëlle tenait les rênes de feuillage pour guider le crocodile par-delà les habitations. À peine le père Noël passé, les lutins grenouilles et crapauds envoyaient les lucioles distribuer les cadeaux transparents.


Une d'elles déposait une bonne idée, l'autre, une bonne intention, et voilà tour à tour, offert en un balai lumineux, un beau souvenir, une jolie pensée, une inspiration, une saveur délicieuse, un éclat de rire, un tendre sourire, une réconciliation, une géniale invention, un subtil parfum, une rencontre insolite, un savoir ancestral, des envies de partage, des désirs généreux, des projets, des projets comme s'il en pleuvait !


La sirène Noëlle riait de bonheur et ses amis se réjouissaient de la voir si heureuse.


Non loin de là, le nénuphar dressé pour l'occasion de ses plus beaux apparats, offrait les honneurs de sa table à monsieur Crabe bleu et madame Crabe violoniste son épouse, madame Jacaré mère et monsieur le cavalier blanc. Tous quatre triomphaient d'être parvenus à leurs fins et d'ainsi gâter autrement petits et grands enfants.





FELIZ NATAL !


 *          *
*



À mon fils Morgan qui m'a peint et offert ce tableau qui représente le lac Jacaré dont il m'a confié la légende et à son épouse Paty. Tous les deux vivent heureux tout près de ce lac brésilien. Je les embrasse et leur envoie la petite sirène Noëlle avec son équipage complet et surtout tous ses jolis cadeaux !



Texte et tableau protégés et déposés





7 commentaires:

  1. Quel joli conte!
    Quel bel attelage que celui de cette sirène Noëlle et ses cadeaux font chaud au cœur.
    Merci Tippi pour cette belle légende

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  2. J'ai écouté ce jolie conte, assise sur mon nénuphar. Merci pour les partages, dessin et douce sirène.

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  3. Merci Evelyne et Anna pour vos commentaires. Comme vous avez pu le voir, ce conte et cette légende me tiennent très à cœur ! Je sais que c'est un peu long et je vous remercie sincèrement d'avoir apprécié. Bisous de Noël, de Noëlle et de toutes les lucioles !

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  4. C'était magique ! Tout simplement ! Quel joli conte de Noël ! Voilà qui nous réconcilie avec notre âme d'enfant, je n'en ai pas perdu une miette si je puis dire ! Vraiment génial ! Merci du partage gentille magicienne ! CHAPEAU BIEN BAS ! Gros bisous et joyeuses fêtes de fin d'année à toi et à tous ceux que tu aimes !!

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  5. Tout cela me fait bien plaisir chère Gavrochette ! Ainsi que je l'ai dit cette légende du petit jacare est bien une légende brésilienne. Et il y a bien des lucioles dans le lac Jacare tout près de Santo Amaro dans l'état de Bahia. Créer ce conte autour de cette légende est pour moi l'occasion d'exprimer mon amour pour mon fils et ma belle-fille et ainsi, se rapprocher tout près d'eux pour célébrer Noël !

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  6. Une jolie sirène pleine de couleurs quelque peu brésiliennes, que je redécouvre cette fois-ci en ce lieu Tippique avec plaisir..
    Merci....

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    1. Tu t'en souvenais ! Merci Louyse cela me fait plaisir ! Car je suis très attachée à ce conte bien sûr.
      Petit à petit je remettrai mes textes ici dont un sketch de fruits de mer que nous ferons toi et moi avec nos voix de cornemuse et de cigale !

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