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mardi 8 avril 2014

Marcel Faure - 0026 à 0030 de La danse des jours et des mots


Retrouvez la vidéo sonore de la danse en cliquant



  




Mardi 18 octobre 2011 

La main sur la poignée de porte. Aller prendre le vent. Rassembler des éclats, des sons. Jauger le bruit des pas. Sonder la fraîcheur du matin. Prendre le tronc d'un arbre entre ses bras. Se laisser apprivoiser par un sourire.
Peu importe le choix du lieu, seulement suivre cette petite musique interne. L'espace est organisé ici par la vigueur de la nature, là par la volonté des hommes. Se mettre en disponibilité, tous sens en alerte. Se poser sur un banc ... Sur une pierre ... Assis par terre ... Prendre racine.
Un oiseau s'approche, me regarde de biais, attend quelques miettes de moi. Je n'ai rien. Il volette de-ci de-là, picore le sol de son bec. J'ai pourtant l'impression qu'il n'y a rien à manger ici. Nous nous sommes adoptés tous les deux et pendant qu'il lisse les plumes de sa queue, je l'observe sans bouger.
Tapie dans l'herbe, une masse verdâtre progresse lentement, une reptation qui n'intrigue pas mon nouvel ami. Inquiet, je surveille. L'approche dure, dure. Tout près maintenant, je distingue sous une bâche verte l'œil avide d'un objectif photo. Clic, re clic, l'oiseau s'envole.
L'informe reptile se redresse et me toise, furieux d'obtenir seulement deux clichés de cet oiseau paraît-il si rare et qui ne se laisse pas approcher facilement. Puis il s'en va jaloux et ronchonnant.
Etrange comme la désillusion nous rend peu aimable, alors que je ne doute pas un seul instant que cet homme vert avec ce troisième œil cyclopéen, sait faire preuve de patience et aime la nature tout autant que moi.


Mercredi 19 octobre 2011 

            Après relecture, je ne suis pas satisfait de ce que j'ai écrit hier. Le début oui, mais ensuite. L'oiseau en complicité, tu te prends pour François d'Assise bonhomme. Pourtant l'oiseau était bien là, le photographe aussi, mais mon texte est flou, jauni, raté. Et cette conclusion, n'en parlons pas. Pourtant, c'est moi, je ne renie rien.
            Suggérer plus que dire. Derrière le personnage principal, le paysage, ou seulement ce détail que l'on distingue ... au fond ... à droite... oui, le pot de glu. J'ai toujours du mal à faire décoller l'image qui noircit ma page. Alors je rame pour que prenne forme ce qui me taraude.
            Ce matin, dans la salle d'attente de notre médecin, plusieurs visiteurs médicaux. Nous passons après eux. Aïe, l'ordonnance va être salée. Nous restons trois quarts d'heures dans ce cabinet. Et le toubib parle, parle ... pas d'ordonnance, finalement tout va bien. C'est ainsi qu'il faut dire maintenant quand l'état de santé de Lloydia est stationnaire.
            Bien rangé dans l'album photo des souvenirs, Lloydia sous un chapeau qui lui mange les yeux. Là, dans le prolongement de son doigt, un aconit. Toujours quelque part une fleur, comme sous ce balcon débordant de géraniums, ou à table avec ce bouquet qui lui masque une partie du visage. Lloydia ... une fleur ... le bonheur instantané. Pas besoin de lui réclamer un sourire.


Jeudi 20 octobre 2011 

Un sourire de plus ce matin, celui de Mag sur Internet Sur ce site où je publie (publiais) mes poèmes, je lis beaucoup les autres, dont Un4gettable. Derrière ce curieux pseudo se cache Mag. Régulièrement, je commente ses écrits. Beaucoup de nostalgie, doublée de romantisme dans ses textes — elle aime Musset —. Elle sait apporter le réconfort que beaucoup attendent. Lilia, Chris, d'autres encore avec elle, tous jouent souvent les infirmiers du cœur et de l'âme.
En effet beaucoup de "poèmes" ne sont que déchirements, amours déçus, vieilles rancœurs ressassées, décès non assumés. La solitude cette vague qui les submerge, dire au monde sa révolte, ses peines, ses angoisses. Crier sur les toits sa détresse.
Quelques mots, un peu de baume pour panser les blessures sous ces textes, qui souvent n'ont de poétique que le nom, montrer un peu de compassion et parfois éviter le pire. Sur un autre site, une personne avoue que c'est grâce à ces commentaires qu'elle ne s'est pas suicidée. Quelle victoire sur la mort et la désespérance.
Mais le sourire de Mag ce matin, qui me consacre un poème, et c'est le visage de la jeunesse heureuse qui illumine ma matinée. .
Si un poème vous était entièrement dédié, comment réagiriez-vous ? Et voilà que Lilia s'y met aussi dans son commentaire ... Moi je suis bouleversé, l'émotion gonfle ma poitrine, et je pleure doucement. Pour le coup, je suis déconnecté par ce bisou si généreusement offert.
Ce n'est pourtant pas la première fois que je me retrouve dans cette situation. Chris déjà, il y à quelques jours, toute une strophe. En remontant le temps, loin derrière moi, Hubert à qui je garde toute la tendresse de mon amitié, avait sévi :

Prince des mots en l'air et de leurs cabrioles
Toi qui eus le bon goût d'avoir en ta maison
Invité tes collègues nombreuse farandole
En ton honneur on a changé cette chanson.
...
Pourtant vieux salaud si on a bonne mémoire
Tu as gueulé partout qu'ils te faisaient suer
Passablement tous les gratouilleurs de guitare
Aussi en beau joueur on va pas s'en priver
...
D'ailleurs si on te parle avec nos chansonnettes
C'est parce que nous caressons l'espoir secret
De te gonfler démesurément les burettes
En toute sympathie Marcel tu nous connais
...
Choucrouteur notre ami que ces vers te profitent
...
Mais pour cette soirée tout ce que l'on espère
C'est qu'ta choucroute sera meilleur' que cett' chanson.

C'était en 1982. Déjà j'avais pleuré, et mes collègues effondrés de rire devant ma réaction.
Alors, merci Magalie, merci amis qui me commentez au fil des jours. J'ouvre la fenêtre, vous êtes là tout près. Vos habits d'éloquence se jouent de la densité de l'air.


Vendredi 21 octobre 2011

Salle d'attente. Encore une fois. Cela ne me pèse pas. Des soins de confort cette fois. Lloydia, toujours je la guiderai où elle voudra. Dans cet intervalle neutre d'une vie, certains s'ennuient, moi pas.
Le corps se repose, mes yeux divaguent sans se fixer où alors s'attardent sur les chaussures de mon voisin. Très agitées, les chaussures. Son visage que j'observe à la dérobée est impassible. Mais chaque doigt de pied doit se jouer la comédie de l'indépendance. La pauvre godasse se tortille dans tous les sens, marque une mesure imaginaire, ne cesse de brandir le drapeau blanc de l'armistice. En vain. À l'intérieur la sarabande continue, sans aucun répit.
En remontant jusqu'aux mains, nouveau spectacle. Une chorégraphie de ballerines. Et je te croise, recroise, décroise les phalanges. Chacune sautille sur les cuisses utilisant toute la longueur de la scène pour finalement prendre appui sur l'accoudoir et redresser tout le corps que cette pantomime affaissait par petites touches. Une chorégraphie à la Botero. Boudinés les doigts.
Lloydia sort de son rendez-vous. Nous nous tenons la main. Une habitude de vieux amants devenue très pratique pour les évitements. Les escaliers trop sombres. La rue encombrée, le trottoir et ses crottes de chien, la rive de l'autre côté de la chaussée, difficultés multiples que doivent surmonter les mal voyants et les aveugles. Seule elle ne se débrouille pas trop mal. Je préfère être là.


Samedi 22 octobre 2011

Le jardin entre dans la maison. Deux amis. Panier qui déborde ... derniers légumes ... dernières fleurs. Des cosmos,  aquarelle blanche et mauve au feuillage vert et découpé. Une magnifique couronne de ligules enserre de minuscules et nombreuses fleurs tubulaires, les seules fertiles.
            Nos amis racontent le soleil sur la chapelle du mont Lozère, les pierres plantées près de La Fage, le pré pentu au-dessus de Florac, une marche d'automne qui recouvre en partie une randonnée que nous avions faite ensemble. L'eau de nos gourdes dans la gorge et nos jambes plus jeunes plus légères à arpenter la rocaille et la mousse.
            Suivre un méridien et faire le tour du monde avec l'envie du désir de l'autre. S'asseoir sur la pierre, prendre langue. Partager un croûton, une émotion. Jamais vraiment seul, mais dépouillé et vulnérable, offert à la soif d'un inconnu. Entendre des mots sans comprendre leur sens et savoir au fond de soi qu'ils ne sont que douceurs partagées ...
Je ne suis qu'un utopiste sédentaire, qui ne fera jamais que le tour de la même colline. N'empêche, j'ai des jambes dans la tête et mes muscles se nouent à l'idée de franchir plaines et montagnes, jusqu'en Patagonie. Guettant à ma fenêtre, les yeux dans le cosmos, jamais je ne serai privé d'étoiles.



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