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mardi 3 juin 2014

MARCEL FAURE - 0066 à 0070 de La danse des jours et des mots

MISE EN VOIX MARCEL FAURE




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Dimanche 27 novembre 2011 

L'apocalypse, ce n'est pas autre chose qu'un journal quotidien, à chaque page, un nouveau châtiment. Je n'achète plus depuis longtemps la presse, locale ou nationale, qui ne chante que les louanges de la mort et transforme un résultat sportif en un événement central.
La vraie nouvelle qui devrait nous inquiéter, qui m'inquiète, c'est ce beau temps et cette chaleur anormale qui dure bien au-delà d'un été indien. Il fait beau, tout le monde s'en réjouit. Les terrasses des cafés sont bondées. Chacun se croit encore un peu en vacances. À l'intérieur, le patron se frotte les mains.
Plus haut, en altitude on désespère. Pas de neige, pas de recette. Encore plus haut, on tente de sauver les meubles à coups de canons à neige. Quelqu'un parle de mettre les Alpes sur vérins hydrauliques pour gagner quelques centaines de mètres supplémentaires, pour s'octroyer un sursis d'un siècle ou deux.
Dans ma tour, sur le panneau d'affichage, une petite annonce. Quelqu'un brade une paire de skis.



Lundi 28 novembre 2011 

Une de mes voisines, un certain volume corporel et une voix de poissonnière, clame le rouge aux joues qu'elle égorgera le goret qui jette ses ordures par la fenêtre. Elle est plantée sur le parking, un reste de salade dans les cheveux. Elle menace les étages hauts perchés. Une virtuose du vocabulaire de salle de garde.
J'envisage une récidive pour entendre à nouveau ce régal de noms d'oiseaux. Irréalisable, nous sommes sur le même palier. Quand elle remonte enfin, en bon hypocrite que je suis, je n'irai pas compatir. Je n'ose provoquer un second récital privé.



Mardi 29 novembre 2011 

Cette belle expression, toujours relevée dans Sollers " liberté du cœur " , pour parler des aventures amoureuses que son personnage se permet. Mais où se trouve la frontière entre un personnage et son auteur.
Ce qui est scandaleux, lorsqu'un cœur est pris, ce sont ces barreaux qui l'enferment si durement. Un jour ils cèdent brusquement ou ils s'érodent avec le temps et ce cœur libre ne sait plus vivre hors de sa prison.
Je ne fais pas l'apologie de l'adultère, mais celle du pardon, au nom de cette liberté du cœur. Pas de trucages, de rafistolages, ni pour de fausses ni pour de vraies raisons, l'avenir incertain, les enfants, le quand dira-t-on, ou la maison qu'il faudrait partager, non, un vrai pardon. Et peut-être un peu d'admiration pour cette liberté que l'on se refuse.
Et si la cage est ouverte, l'oiseau ne s'envolera peut-être jamais. Pourquoi le ferait-il si l'horizon n'est plus une provocation.



Mercredi 30 novembre 2011 

 Ici l'on s'aime à toutes heures. Ce pourrait être l'enseigne d'un hôtel de passe, comme celui, plus narcissique, d'un salon où l'on prend soin de soi, massages, méditation, parfums d'Orient, ...
Mais dans ma tour pluriel, tous ces enfants qui naissent ... du studio au F5 partout l'on s'aime. Tard dans la nuit, en milieu de journée, dans la cuisine au salon ou dans la chambre ... et qui grandissent.
9h30, papa et maman sont au travail. Au-dessus de ma tête, la sarabande du matelas. On sèche les cours jeune homme ! Qui est venu vous rejoindre ? La belle et plantureuse maman du troisième ou la petite brune qui descendait du bus cinq minutes plus tôt.
Parfois on retrouve les restes d'une urgence, dans l'ascenseur. Il passe aussi d'étranges objets volants par les fenêtres. Imaginez ma voisine avec ... un bel orage en perspective.
Je ne veux pas des drames qui se nouent, des ruptures, des violences. J'aime ma tour, vibrante, écornant le ciel de son plaisir, dressée, fière au-dessus de la ville. J'aime ma tour, ruisselante d'enfants, de rires, d'émotions.
10h45 une déflagration étouffée à l'autre bout de la ville, la tour "plein ciel" réduite en poussière.



Jeudi 1er décembre 2011 

La raison nous impose de croire en la version officielle : il faut travailler pour vivre. Mais que faisais-tu avant d'aller au boulot : rien. À quoi rêves-tu pendant que tu bosses : à ne rien faire, c'est quoi les vacances : s'allonger sur la plage et ne rien faire. Dois je développer ?
Je n'ai jamais eu ce courage de ne rien faire. Souvent je le regrette.








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