J'ai fait le plein de solitude, je suis
rassasié pour un petit moment de cette nourriture qui, tu le sais
m'est indispensable. Mais ne sois pas timide, entre, c'est grand
ouvert !
Oh je te sens impressionnée Petite !
Surtout ne le sois pas ! Ne te fie pas à ma grandeur apparente.
Justement je suis infiniment petit. Tu vois ce gros bonhomme bien
rond, il est le grain de sable que ma vie représente. Oui !
Toute sa bonhommie m'enveloppe, l'érosion des jours en douceurs
personnifiée. Et pas que ! Alors viens ! Donne-moi ton œil
et laisse-moi te guider pour ne pas que tu trébuches dans tout mon
fatras, et raconte-moi, oui, raconte-moi...
Laisse-tout dehors Petite, viens sans
rien, juste toi et ton regard naïf...Espiègle... Complice...
Oh je t'ai fait peur, je le vois à ta
moue ! Eh bien emporte tout alors, je te fais confiance, je
sais que ton imagination saura se débarrasser du superflu !
Hop te voilà ! Ah directement tu
choisis la balance ! Coquine ! Il faut que tu te sentes
chez toi tout de suite ! Bon et bien, assieds-toi au moins... Le
plateau droit, soit ! Je pose un doigt sur le gauche pour
maintenir ton équilibre.
Allez, je suis impatient !
Raconte-moi...
Oui ! J'ai des lacets à mes
souliers ! Que tu es drôle ! Tu crois vraiment que c'est
primordial ! Ah ok je te rappelle ces grosses peluches habillées
avec ce genre de chaussures ! Tu vois, c'est l'expression même
de ma bonhommie, je suis roudoudou pour toi ! Laisse-toi aller !
Vas-y, vas-y, c'est bien par là que j'aime que tu m'emmènes !
Comment ça trop de choses ! Eh !
Paresseuse ! Allez secoue-toi la plume, enfin !
Ma tête ? Le yin et le yang ?
La lune et le soleil...Bleu le soleil, ah bon ! Une tête de
canard sur un air de penseur ? Oui !!! Si tu veux !
Un canard coquin ? Un canard qui
sait tout qui sait rien ? Un canard heureux, un canard
plongeant, un canard gourmand... Bon ! Allez laisse ma tête
tranquille et va voir plus loin si j'y suis toujours !
Ah je savais que ça t'intriguerait !
Des armoiries ? Tu crois ? Tu optes pour un
bouclier-écusson. Tu vois des serrures, des silhouettes ? Ah ?
Je suis préservé et ne laisse entrer les choses, les gens, les
informations, qu'avec prudence. Et parfois je mets le bouclier de
côté, comme maintenant, pour me laisser ouvert... Vite, faut
peut-être qu'on se protège ! Que personne ne vienne
interrompre ton chemin ! Ah ce n'est pas grave ? C'est fait
pour ? « Interractivité » que tu appelles cela,
d'accord.
Un œil ? Encore ! Tu me fais
le coup à chaque fois ! Un tube de peinture déguisé en
palette, d'accord. Juste du noir et blanc... L'expression pure.
Tu relies tes premiers fils de
lecture... La balance, ma figure, cette palette... Le pour le contre,
la justice et le doute, la certitude et l'inexpérience infinie...
C'est au tour de la cloche d'accrocher
ton imagination. Hé ! Te voilà te balançant à son battant,
tes minuscules genoux remontés et agrippés autour de lui !
Attention, tu vas tomber ou bien te cogner de chaque côté de la
paroi. Comment ça « Chutt ! » ? Tu entends une
musique ? Non ? Quoi « ballot, elle sort de la
palette, la musique ! » Un peu de respect dit donc!Te
voilà bien cavalière sur ta clochette ! ça te raconte... ça
te raconte quoi ? Des secrets ! Des secrets ? Je sais
très bien ? Mais non je ne sais pas ! J'ai qu'à savoir !
Eh bien dis donc je ne sais pas si je te réinviterai ! Que
j'enlève mon poing de ma joue ? Mais je ne peux pas, j'ai pas
fini de penser !
Tu m'énerves ! Pourquoi tu ne me
parles pas du temps ? Tu veux faire ta rebelle ? Ne me dis
pas que tu n'as pas vu le cadran avec les chiffres romains ? Je
suis certain que c'est ce que tu as vu en premier ! Ah ben non
je suis bête, je prends la plus grande place ! Je tape à
l'oeil dès l'arrivée de mon visiteur ! Tu n'es pas une
visiteuse. Tu es ma contemplatrice, tu es ma conteuse de rêves. Tu
n'as pas le droit de ne pas voir le temps qui s'écoule tout autour
de moi. Tu as tous les droits ? Pff !
Ah noooooon !!! Pas sur les
aiguilles, tu vois bien qu'elles sont fragiles! Tu vas les CASSER...
TU VAS LES ABIMER...
...Tu vas tomber ! Oui ben tu n'es
pas vraie de vraie, tandis que mes aiguilles elles sont réelles et
j'y tiens comme à la prunelle de mon œil. Ben oui, on va pas se
mentir, je n'ai qu'un œil ! Mais t'inquiètes, c'est le bon !
Ben voyons, t'avais pas remarqué ! Tu crois que le second est
caché ? Tu vois la poutre d'une plànète qui s'en échappe ?
Pourquoi cet œil de peinture noire et blanche que tu crois deviner
ne serait-il pas le mien ? C'est un regard extérieur de moi
sur moi. Repose-toi ! Tu t'égares sur des chemins qui ne sont
pas les tiens. Ne cherche pas à m'épater, reste-toi, ça me suffit
tellement !
Je t'ai vexée. T'es où ?
Reviens !
Partie lire ? Partie lire quoi ?
Il y a des livres ici, des fois que ça non plus tu ne l'aurais pas
remarqué !
T'es déçue ? Faut pas !
Rien ne s'invente vraiment Petite, tout s'interprète, que fais-tu
toi en ce moment. Tu me cherches des ailes sur la tête ! Je
suis un bon gros grain de sable, je te l'ai dit !
Tu aimes l'automne ! Ça te
redonne le sourire ! Te voilà comme j'aime ! Un peu
démunie, toujours tendre, naïve, espiègle...
Eh ! Ne t'en va pas, t'as pas
fini !
T'as rien vu encore !
Tu reviendras, dis ?
Elle est partie
Dans un sourire par un trou de mes
serrures, là derrière, à travers ce qu'elle appelle mon bouclier
Surtout, vous, ne partez pas sans cliquer sur le tableau de Emecka !
Vous y attend tout autre chose. L'univers de l'artiste et son inspiration, quelques citations également du peintre Albrecht Dürer
Marthe - Vous n'avez pas oublié j'espère ? Jules- Quoi donc encore ? Arsène - Moi gue sais ! C'est l'aguiversaire de notre auteur à nous ! Charlotte - Oui ! Oui ! Oui ! Youpi !Le maître va souffler les bougies sur un beau gâteau plein de crème ! Maître Cormaillon - Ah non ce n'est pas du tout la date de naissance de notre brave instituteur. Mémoire de notaire ! Marthe - Ce n'est pas vrai ! Vous n'avez toujours pas compris ? Les notes 3, ça ne vous a pas suffi ! Si c'est comme cela que vous étudiez mon dossier, Maître... Ah cela pour vous souvenir, vous vous souvenez... tous que vous en êtes ! La mémoire ne sait pas tout, figurez-vous ! Arsène- C'est gomme ça ma bonne Marthe ! Gue Goulez-Gous ! Les humains lisent et disent parfois plus vite gue le grain...QUE le TRAIN passe ! La bibliothécaire - Pas tous voyons mon petit Arsène loquace ! Pas tous heureusement, mon Arsène aimé ! Nous avons de très bons et fidèles lecteurs, très attentifs...qui lisent autre chose que des inepties... (Elle lance un regard noir en direction de Jules) Jules- Ben je croyais que vous alliez fermer vous ! Je lis ce que je veux d'abord, je n’ai pas de compte à vous rendre, seulement des livres ! Jean - Ne nous disputons pas mes amis, un si beau jour ! Va plutôt nous ouvrir une bonne bouteille Jules ! Marthe - Ooooooh ! Toi Jean ! Il ne manquait plus que cela ! Si mon frère se met à boire autant que le cantonnier et ses compères au bar "Aux Demoiselles", nous courons à la perte certaine ! Maître Cormaillon - Dîtes donc la Marthe, vous n'avez pas toujours fait autant de manières... Charlotte - Des bulles ! Des bulles ! Pas de manières ! Pas de manières ! Le chat y parle ! Le chat y parle ! Des bulles et des bougies, oui, oui, oui ! Jules - Je ne demande que ça ma Charlotte, mais en l'honneur de qui, de quoi ? Mettez-vous d'accord ! Marthe - Parce que vous avez besoin d'un honneur pour déboucher ! Première bonne nouvelle de cette journée ! Notre chère romancière va être ravie ! La bibliothécaire - C'est l'anniversaire de Catherine ? Catherine Dutigny ? C'est bien cela que vous voulez dire Marthe ? Elle va venir aujourd'hui ? Oh la la ! Et l'on ne m'a pas prévenue ! Quel bonheur ! Elsa, Elsa Saint Hilaire, ici, parmi nous ! Faites-vous beaux et oui, Charlotte a raison, il faut des bulles et un beau gâteau ! Jules- Eh ben ! Va falloir vider la cave ma parole ! Ils sont combien "Notre auteur" ! Marthe - Ne vous faites pas plus sot que vous ne l'êtes, Jules. Je sais ce que vous mijotez depuis la nuit qui fut fatale au coq du père Baillou. Arsène - Ah ça goui ! Je suis d'aggord ! Jules il n'est pas sot du gout...Gu tout...Du Tout ! (Je finis goujours par y arriver !) Jules - Merci le chat, tu me fais plaisir ! C'est vrai, je le sais que les auteurs, ils usent de pseudonymes parfois pour écrire des choses, comme les carnets secrets de l'instituteur par exemple. Et cela ne les empêche pas d'avoir un vrai nom pardi ! Michèle - Juste une histoire de timing ! Jean se précipita, débordant d'enthousiasme, il eut trop peur que cette intervention de Michèle ouvre un débat, disons, scabreux ! Jean - Eh bien le timing, c'est aujourd'hui et maintenant ! Trêve de toute baliverne ! Allez !Tous en chœur, reprenez après moi :
JOYEUX ANNIVERSAIRE NOTRE AUTEURE !
L'instituteur - En notre temps, celui auquel Elsa nous offre vie, auteur ne prenait pas de E au féminin. Arsène- Ça ne m'étonne pas de vous ! Vous ne savez jamais sur guelle patte danser, vous, les humains ! Mais je vous aime bien gand même ! Jules - Faut toujours que tu aies le dernier mot, le chat ! Limoges et alentours, il n'y a bien que ton maître - pas vous Cormaillon ! le vétérinaire, pour ne pas s'en apercevoir ! Arsène - Et vous Jules, jamais le dernier verre ! Levez-le pour m'engourager ! Notre enquête n'est pas terminée, le suspense est à son comble ! Je suis fier d'avoir été nommé et inscrit à la page « L'inspecteur Arsène et les carnets secrets ». Alors !
Santé"Notre Auteur",longuevieàvous età nous ! Et un beau grandsuccèsaussi ! Tousnos meilleursvœuxd'anniversaire iciréunis ♥
Montage Tippique ♥
Avertissement : Ceci est une fiction et toute ressemblance avec des personnages déjà copyr@ïtés... En effet, dans la réalité de ces carnets secrets, seul Jules peut entendre Arsène, le chat du vétérinaire, s'exprimer humainement et gorrectement. Et surtout n'oubliez pas ! Demain jeudi, matin, neuf heures pile, tout le monde, rendez-vous chez Maître Cormaillon ! Vous aurez même des nouvelles du maire ! Mais en attendant, vous pouvez cliquer sur l'image pour aller faire une petite visite à Elsa !
La jeune femme bien propre sur elle, droite comme un i, sans un pli de travers sonne à la porte de la grande maison des Boniface.
Un homme argenté et très élégant l’accueille d’un sourire courtois.
— Mademoiselle, quelle bonne journée vous amène ?
— Bonjour Monsieur, je suis la Bonne Résolution
— Très bien mon petit, quelle bonne surprise ! Vous arrivez à point nommé aux moments des étrennes !
— Permettez-moi, Monsieur, de vous souhaiter alors une bonne année...
— Oh Mademoiselle comme vous y allez, pourquoi pas une bonne santé, tant que vous y êtes !
— Mais de bonne grâce, Monsieur...
— Vous m’avez l’air d’une bonne fille
— Et vous Monsieur, d’une bonne maison
— C’est de bonne guerre !
— Chère Demoiselle, si vous aspirez à cette bonne situation, il va falloir être d’enfer...
— D’enfer Monsieur ?
— Vous n’êtes pas une bonne soeur que je sache !
— Non, mais je suis de bonne famille et j’ai reçu une bonne éducation, alors l’enfer...
— ...est pavé de bonnes intentions ! Voilà ce qu’il vous faut... Je vais alerter Madame.
Elle est dans ses bonnes oeuvres et croyez-moi elle a une très bonne intuition, en un battement de cil — que vous n’aurez même pas détecté ? Madame vous jaugera en moins de temps qu’il ne lui faut pour sourire ! Je vous en conjure Mademoiselle Résolution, faites bonne figure !
— Bonne Mère ! Vous m’effrayez !
En attendant le vieux ne doit pas avoir une bonne vue pour lorgner aussi près dans mon corsage, en revanche il présente une bonne dose de culot; une bonne douche ne devrait pas tarder à lui faire retrouver la bonne route.
— Vous êtes de bonne volonté oui ou non ?
— Ma mère dit que je suis une bonne pâte, pensez-vous que cela veuille dire la même chose ?
— Soyez de bonne foi et tout ira très bien ! Bonne chance Mademoiselle , voici Madame, voyons tout de suite si elle est de bonne humeur !
— Ma bonne Amie !
Tiens donc, ils ne sont pas mariés, en voilà une bien bonne !
— Mademoiselle, serez-vous la nouvelle bonne à tout faire ? Prononça Madame Boniface dans un coup de langue si sec qu’on aurait dit recevoir une bonne claque.
— Que nenni Madame...
— Oh moi, je sens gronder une histoire de bonne femme qui ne me dit rien qui vaille, je me retire dans mon boudoir, j’ai une bonne affaire en cours qui ne m’attendra pas plus longtemps.
— Très bonne excuse mon bonhomme, faite bonne fortune, vous ferez une bonne action !
Mon Dieu, mais elle s’exprime comme une dame de bonne aventure... Ne serait-ce pas l’aussi bonne place que j’avais convoitée ? — Si vous n’êtes bonne à rien, qu’avez-vous à m’imposer ainsi votre bonne mine ?
— Je suis la Bonne Résolution
— Eh bien ! êtes-vous venue porter la bonne parole ? Je consens à être de bonne composition, toutefois est-ce une bonne solution pour me donner une bonne image, que d’oser nier être bonne à tout faire.
— Cela ne dépendra que de vous Madame et de votre bonne âme.
— Qu’est-ce à dire, vous me fatiguez ma fille. Je sors d’une bonne grippe, allez donc vous taire et me concocter une bonne tasse de grog aussi tassé que remontant.
Ma parole, c’est une bonne cuite qu’elle réclame, cette bonne blague !
Ces gens-là ne sont pas de bonne réputation.
— Et bien, ma bonne dame, ne comptez pas sur moi , allez donc vous servir, cela sera véritablement une très bonne fatigue doublée d’une très bonne expérience !
Bonne nouvelle ! Vous aurez douze mois — à la bonne heure, pour réfléchir à ma visite, souvenez-vous bien de la Bonne Résolution, car présentement, hélas, je suis bonne... pour revenir ... Mais en janvier prochain !
Tâchez d’ici là d’avoir bonne conscience.
Mes hommages Madame, bien des choses à Monsieur, cependant n’oubliez pas l’un et l’autre, que toutes bonnes choses ont une fin... Tous droits réservés
Le Journal d'une femme de chambre est un film de Luis Buñuel avec Jeanne Moreau, Georges Géret
Il était une fois en des contrées lointaines, une jolie sirène qui avait du gros chagrin.
Elle habitait au cœur du lac Jacaré en Amérique du Sud, tout près d'un très joli village.
Ses longs cheveux bruns bouclés secoués par ses sanglots faisaient frissonner l'onde.
Dans une mangrove voisine, un très vieux crabe bleu ressentit cette peine totalement imperceptible par l'espèce humaine, jusqu'au bout de ses pinces.
Bien que fatigué, il entreprit son voyage de côté pour aller rejoindre la belle enfant avant la fin de l'avent. Sa petite patte lui disait qu'il y avait mission pour lui avant la nuit du réveillon.
Dix jours entiers lui furent nécessaires pour atteindre le lac. Fort heureusement le vieux crabe épuisé ne cligna pas longtemps des yeux pour apercevoir la petite sirène chagrine.
— Ma belle enfant, une si belle journée d'été et je te trouve en pleurs ! Sais-tu que tes larmes font vacarme jusqu'à moi !
— Bonjour Crabe bleu, nous ne savons plus quoi faire, dit la reine des grenouilles
— Et nous non plus, reprend le crapaud chef de bande
— Bonjour Crabe bleu, c'est tellement gentil à vous de venir nous voir, pétillent les lucioles invisibles en plein jour
— Et toi Noëlle, tu ne me réponds pas ?
— Elle ne fait que pleurer, dit la grenouille
— Depuis des jours et des nuits, confirme le crapaud
— Et si on la laissait s'exprimer, gronde gentiment le crabe bleu
— Ah oui, c'est une belle idée, clament les lucioles en choeur
— Je t'écoute, petite, quel est ce gros chagrin qui te coupe la parole et fait perler tes jolis yeux d'ébène ?
— Je ne veux plus être « pas pareille »... sanglote la sirène
— Pas pareille que qui, que quoi ? En voilà une idée !
— Pas pareille que personne ! Pas pareille que les autres sirènes
— Bien sûr, puisque tu es la Sirène Noëlle ! C'est normal que tes écailles soient rouges. Elles sont d'ailleurs magnifiques, on dirait des rubis étincelants. Tu es la plus éclatante des sirènes
— Je ne suis pas pareille que le père Noël !
— Tu voudrais une grosse barbe blanche sur ton joli minois ! Et tout le lac d'éclater en un rire tonitruant.
— Je n'ai pas non plus de traineau...Et d'ailleurs, je n'ai même pas de cadeaux ! Vous parlez d'une Sirène Noëlle ! Qui pourrait bien croire en moi ?
— NOUS !
— Vous dites cela pour me consoler, mais moi je sais que je ne sers à rien. Je suis le vilain petit canard des sirènes !
— Parlons en du vilain petit canard, dit le crapaud, il a bien grandi, tu sais, c'est un très bel adolescent. Eh bien ! Tu serais surprise ! Il ne s'est pas plu du tout dans sa vie de cygne comme tous les cygnes. Il est revenu, penaud, demander asile chez les canards, mes cousins lointains et palmés. Depuis, il barbote comme un coq en pâte et, crois-moi, il ne fait plus ni le beau ni le vilain, il cherche simplement à faire l'heureux temps dans la mare. Il cultive les différences comme des fleurs uniques et merveilleuses.
— Moi je ne suis qu'une pauvre sirène isolée
— ET NOUS ALORS ! On compte pour des œufs de lump ?
— Non consentit-elle a sourire, vous êtes mes amis, mais vous ne pouvez rien pour moi.
— Tu n'as pas assez lu de contes de fées, petite ! Maugrée le crabe bleu
Tu as une armée de grenouilles, de crapauds, de lucioles, tu as tout ce qu'il te faut !
— Je n'ai pas de prince charmant !
— Teu teu teu ! Ne raconte pas d'histoire ! taquine le crapaud, le cavalier au cheval blanc n'est jamais loin d'ici !
— Oui, mais c'est parce qu'il vient voir son petit jacaré, pleurniche la sirène
— Quel cavalier au cheval blanc, quel petit jacaré ? interroge le crabe bleu
— Mais enfin, Crabe bleu, vous perdez la carapace ! Vous ne vous souvenez plus de cette vieille histoire. Elle est même la légende de notre lac !
— Ah ! Sois poli, Crapaud, à défaut d'être... Je ne veux pas me montrer grinçant. Sache, vieux baveux, que j'ai une mémoire pachydermique et que je n'ai jamais eu vent de cette fable. Je devais être en fonction dans ma forêt d'Amazonie et avais bien d'autres sirènes à pincer ! Veux-tu bien me relater les faits ?
— C'est nous qui avons sauvé le beau cavalier ! S'exclament les lucioles
— Bon bon... il vous revient de raconter alors ! Grommelle le vieux crabe
L'assistance en émoi, chacun positionné sur son séant et sur le nénuphar de son choix, est tout ouïe et impatient d'entendre ou de réentendre cette légende locale dont aucun ne se lasse.
Les mille treize lucioles parlent en clignotant, de trois mots en trois mots — les treizièmes assurant toutes les ponctuations pour donner le ton.
— C'était une belle fin d'après-midi, le cavalier blanc pêchait tranquillement lorsque soudain au coucher du soleil, un bébé jacaré surgit de l'eau prêt à en découdre avec celui qui se trouvait en haut de l'asticot ! Le bébé d'un mètre de long était déjà bien vigoureux et ne badinait pas de la mâchoire. On aurait dit qu'il avait plus de mille dents. La bagarre s'annonçait rude pour le pêcheur cavalier. Il se débattit pendant plus d'une heure avec l'animal au milieu des nénuphars.
C'est alors que nous sommes apparues, habillées de nos plus belles lumières. Le cavalier blanc a raconté que l'instant fut magique et le petit jacaré totalement apaisé.
Le jeune homme réussit à le capturer sous les yeux médusés des crapauds et des grenouilles qui ne donnait pas cher de sa peau ! Il ficela la gueule de l'animal en vue de le confier à un ami qui s'occuperait un temps de ce gros bébé pas comme les autres...
Le crapaud reprend alors à l'attention du crabe et de la sirène:
— Vous nous direz, qu'est-ce qu’un jacaré ? Le jacaré est un crocodile d'Amérique du Sud, que l'on trouve plus particulièrement en forêt amazonienne ou dans le nord du Brésil.
La grenouille qui était loin d'être muette, de coasser :
— Les gens qui vivaient près de ce lac n'ont jamais oublié l'histoire du cavalier ! De ce fait, ils l'ont baptisé « le lac jacaré ». Mais attention, la légende dit qu'à ce jour, rode dans les profondeurs du lac...la maman jacare...
À cet instant l'eau se mit à bouillir en d'énormes bulles tout autour d'eux et d'un seul coup, un gigantesque jacare rugit :
— Où est mon petit ? Quel est donc cet ami qui l'a recueilli ?
Interloqués, la sirène, les crapauds, les grenouilles et même les lucioles courageuses se terrent les uns contre les autres aux bords des rives.
À grands coups de queue, la mère malheureuse se montre menaçante et tout le monde craint la vengeance du sang glacial.
Adieu, Noël, cadeaux, traineaux ! Les enfants ne seront pas gâtés cette année encore, par la sirène Noëlle, qui de toute façon n'avait rien de tout cela parce qu'elle n'était pas pareille !
Seul le vieux crabe, se montre téméraire, et d'un ton rocailleux tient tête à la dame aux grandes dents :
— Votre petit est en de bonnes pinces. Je suis l'ami à qui le cavalier blanc a confié votre tendre descendance. Mon épouse, un crabe violoniste en a pris grand soin, je peux vous l'assurer.
La surface du lac est redevenue calme. Faune et flore ont cessé de trembler.
Maman jacaré reste coite un moment puis à son tour, charmeuse, s'adresse à l'assemblée :
— Alors, amenez-le ici ! Il sera le traineau qui manque tant à Sirène Noëlle. Sur son dos embarqueront crapauds et grenouilles...
— Moi je veux six rênes comme le père Noël !
— Mais c'est toi la sirène ! Bécasse ! Vas-tu cesser de pleurnicher à la fin ? Tout le monde va croire que les nénuphars font sangloter comme des oignons ! Rouspète le crabe bleu.
— Et puis je veux de la neige, j'ai jamais vu la neige !
— Ah ça, mais quelle capricieuse ! Qui l'a éduquée celle-ci ? S'insurge la mère jacaré
— C'est nous tous, les habitants du lac. Un matin vingt-quatre décembre, nous l'avons découverte endormie dans les grandes feuilles, déposée par une perle de rosée. Éblouissante avec sa robe rubis et ses boucles foncées, elle a ouvert de grands yeux d'ébène veloutée. Nous n'avions jamais vu de sirène et ainsi tombée du ciel, elle nous semblait la plus belle. Oui, peut-être bien que nous l'avons un petit peu gâtée ! confesse gentiment la petite grenouille nounou.
— Et vous l'avez donc prénommée Noëlle ? Questionne le crabe bleu
— Oui, grâce à ses écailles rouges, nous avons imaginé qu'elle serait une bonne sirène Noëlle.
— Mais le père Noël passe, ici aussi ! Les enfants ont leurs cadeaux bien qu'ils fêtent leurs grandes vacances et que ce soit le plein été, réplique encore le vieux crabe.
Ils continuèrent à parler ainsi et à refaire le lac pendant des heures.
Pourtant quelques nuits plus tard, celle tant attendue du réveillon, un drôle d'attelage effleurait les maisons.
Comme un traineau de père Noël, le fils jacaré retrouvé, volait dans la nuit encore chaude de soleil. Tout le lac voyageait à son bord et la sirène Noëlle tenait les rênes de feuillage pour guider le crocodile par-delà les habitations. À peine le père Noël passé, les lutins grenouilles et crapauds envoyaient les lucioles distribuer les cadeaux transparents.
Une d'elles déposait une bonne idée, l'autre, une bonne intention, et voilà tour à tour, offert en un balai lumineux, un beau souvenir, une jolie pensée, une inspiration, une saveur délicieuse, un éclat de rire, un tendre sourire, une réconciliation, une géniale invention, un subtil parfum, une rencontre insolite, un savoir ancestral, des envies de partage, des désirs généreux, des projets, des projets comme s'il en pleuvait !
La sirène Noëlle riait de bonheur et ses amis se réjouissaient de la voir si heureuse.
Non loin de là, le nénuphar dressé pour l'occasion de ses plus beaux apparats, offrait les honneurs de sa table à monsieur Crabe bleu et madame Crabe violoniste son épouse, madame Jacaré mère et monsieur le cavalier blanc. Tous quatre triomphaient d'être parvenus à leurs fins et d'ainsi gâter autrement petits et grands enfants.
FELIZ NATAL !
**
*
À mon fils Morgan qui m'a peint et offert ce tableau qui représente le lac Jacaré dont il m'a confié la légende et à son épouse Paty. Tous les deux vivent heureux tout près de ce lac brésilien. Je les embrasse et leur envoie la petite sirène Noëlle avec son équipage complet et surtout tous ses jolis cadeaux !
LA VOIX DE L'ÉCHO Mes
premiers mots sur le papier trouvent ici leur source :
Ma
chère amie Marie-Christine surnommée Kikine, un matin des années
90 me fit entendre sur sa guitare quelques accords de sa composition
Ainsi
est née la chanson « Cours serpente » que nos enfants et
copains d'enfants ont repris avec bonheur ...
Jeanne ma filleule et fille de Kikine me fait le plaisir de l'interpréter guitare et voix
Cours,
serpente et nage le long de la rivière
Pour
entrevoir quelques brins de lumière,
Sur
cette vie empreinte de mystères
Des
arbres autour de moi, au-dessus des nuages
Pèsent
sur moi, entravent mon passage
Vais-je
rattraper qui devant moi, l'expérience a comblé
Aurais-je
un jour fini de rechercher
Si je
dois m'isoler ou bien prier
Mais
déjà j'entends, derrière moi, qui arrivent
Enfants
qui chantent, toujours à la dérive
Avides
de m'arracher ce que j'aurais appris.
Qu'ai-je
fait de ma vie, à courir après qui ?
Déjà
fini et encore rien compris
Je
reviendrai et je m'appliquerai
À
savoir prendre le bon temps comme il vient,
Respirer
les fleurs, apprécier leurs parfums,
Jouir
du présent, enfin m'en contenter
J'ai
alors écrit pour remercier Kikine cette chanson qui relate notre
rencontre créative :
Voici
plus d'une décennie
Au
milieu d'un drôle de monde
Nous
avons tout de suite senti
Que
nous vibrons des mêmes ondes
J'ai
prononcé bien des devises
Qui ne
franchissaient pas tes lèvres
C'est
pourtant toi qui harmonises
Mes
doutes qui n'connaissent pas de trêve
Loin
du solfège, en toute liberté
Tu es
souvent au diapason
Tout
en arpège, pourquoi nous en priver
Chantons
ensemble à l'unisson
Pour
nous pas besoin que ça rime
Toi à
la gamme, moi à la plume
Quand
tu composes ta musique
Les
mots me viennent à la bouche
Merci
à toi, merci mille fois
Tu
m'as donné la preuve par dix
Que
d'une amitié spontanée
Peut
naître la créativité.
Kikine a semé ces
clochettes dans mon jardin.
Elles sont
comme des notes d'amitié qui ont fait chanter mon cœur il y a plus
de vingt ans...
Ainsi
sont nées mes toutes premières inspirations, intimistes et dédiées
à mes proches les plus chers.
- "Fantôme-moi" édité par iPagination dans le recueil collectif "Fantôme"
- "J'attends l'amour aussi" paroles de chanson choisies par Laurent Pigeault - président de l'association Pacir - pour une comédie musicale "Les Voices Iférées" au profit des enfants malades et hopitalisés.