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mercredi 6 mai 2015

BOUQUET DE VOIX POUR LOUYSE LARIE !


BANDE AUDIO DE L'INTRODUCTION ICI









Sous chacune des images ci-dessous se cache un texte de Louyse Larie interprété tour à tour par Naïade, Mathieu LaManna, Java, Aubrée, Evelyne De Gracia, et moi Tippi votre voix de l'écho !




































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Vous pouvez la poursuivre en cliquant sur l'image animée ci-dessous et accorder un vote de sympathie et de soutien à Louyse Larie qui est en compétition sur Short Edition et qui saura vous remercier.




LOUYSE LARIE - AU FIL DE MES DÉFIS




MISE EN VOIX PAR JAVA










Au fil de mes défis !






Il a suffi d'une supplique

Pour que mes robes

De mousseline de coton

Ne prennent vie 

Grâce à la palette de feu

D'une artiste et pour que la magie 

D'un pinceau sourcilleux 

Ne se verse

Dans la nacelle opaline,

Dès mes premiers pas !



C'est ainsi que les couleurs 

Les plus aventureuses

S'emparèrent de mon âme d'enfant,

Non sans gourmandise 

Du haut de cinq printemps cajolés 

Et arrosèrent mes menottes de jade 

De tous les pigments témoins !



Dès lors, les ramages n'ont cessé 

D'étoiler les bras de mes saisons 

Et les bannières en cascade 

Se sont drapées 

De l'écharpe de l'indomptable

Qu'il m'eut fallu apprivoiser 

Les yeux fermés !



À ce pinceau rebelle,

Je lui dois fière chandelle,

Il m'a permis de traduire

Le monde selon ma vision naissante

Balayant du frisson de l'émotion 

Tous les sceptres

De l'envers du miroir ! 



De l'ocre bouillonnant 

Ou du bleu de l'écho,

Coloris tous vénérés

Aussi bien que courtisés,

Il m'a aspergée 

De son haleine humectée !

Ainsi, son onde édulcorée

A ouvragé l'édifice

De mon enfance

De blancs ruisseaux jonchés 

Sur l'arc-en-ciel suspendu

Au bord de la marelle !



Et là, je me prenais pour un pinson,

Alors que perchée 

Sur un songe mutin,

La lune se fardait

De l'abandon de l'esquisse, 

Je m'envolais à perte de vue

Pendant que la grâce fixait

La pénombre de l'esquive 

Sur les lignes fébriles

Du murmure griffonné !



Mon joujou touffu était soyeux

Comme les cheveux de la nymphe,

Sur la toile conquise !

Jamais la gouache 

Ne craignit la tempête du caprice,

Ni du repos apaisé,

N'éprouva le regret !



Si j'avoue qu'à ma quête,

Toutes ses gourdes 

J'entendais se déverser,

Et comme si sa barbe ébouriffée

M'eut prêté sa chevelure 

Et son essence,

Je devinai de l'océan en balade 

La coulure diaphane,

Sans que la capturer, je ne veuille,

Tandis que mes prunelles naïves 

Riaient qu'un si doux présent 

Ne soit porteur

D'un si rare bonheur !



Brosse n'a du souvenir

Pour se dépeindre

Que la barbouille en émoi,

Le reflux sans ombrages 

Et l'émerveillement de mon regard !

Au rythme même du tourbillon,

On a lié nos sabliers apeurés

Dans l'effluve du buvard,

Nous sommes devenus

Les meilleurs amis

De l'ébauche de la surprise !



Cabotin, mon pinceau 

Ne fut jamais si bavard

Que la crainte de couler à flot

Au fil de mes défis !

Les bavures qu'il m'a enseignées,

J'ai toujours lues 

Dans ses pensées

Sans appréhension,

Vu le soupir de la chimère !



Si son poil était hardi,

À ce point que son audace

Bousculât mon innocence

De ses multiples effets,

Plût au précieux objet

Que sa soie rieuse

Fût grandement appréciée

De ma candeur de fillette !



Mes rêves dans son enclos

Se sont évaporés 

De la paupière de l'éphémère 

Tressé délicatement ! 

Sans nul doute, 

La houppe échevelée a façonné 

Ce que je suis 

Et ce que je resterai 

Dans l'ombre du silence !






Louyse LARIE

Le 24/05/2014



Texte protégé et déposé
sur le site iPagination



dimanche 22 mars 2015

JAVA - PROSE OU POÉSIE - QUATRE MAINS CAT & JAVA - 6/6




MISE EN VOIX JAVA











Sixième partie Prose


Madame… Mais vous me faites sourire, Diable, me voilà bien attrapé. Dois-je monter en tribune, Madame, ou même sur un simple tonneau pour vous faire reconnaître comme l’une des nôtres.
Je rêvais, ma douce amie, de vous faire retourner dans vos palais et voilà que vous abandonnez ici vos adjectifs ampoulés ou passés par la censure de je ne sais quel maître en poésie pour prendre du peuple, l’accent des faubourgs.
Je rêvais, je l’avoue de vous faire reconnaitre que c’était bien dans vos salons que l’on se gaussait de nos verbes, ceux-là mêmes que vous revendiquez maintenant.
Oyez, faites le savoir à vos armées, la poésie rimée se met au service de tous.  Le mot au service de l’image et de l’idée, je veux être le témoin  de ces changements. Je ne doute pas Madame de la franchise de vos propos et si vous saviez comme mon cœur se réjouit à vous lire. Mais saurais-je oublier les récitations creuses et vides que des instituteurs aussi formatés que vos poésies rimées m’ont imposées comme symbole d’excellence de la  langue française ?
Madame, le ver est dans le fruit.
Pour des rimes, on fait pour le beau, pas pour l’esprit.
Vous me poussez sur les terres de la culpabilité où je ne vois qu’épines et roches anguleuses, un territoire enlevé aux hommes où souffle un vent mauvais et putride où le ciel n’est fait que de voiles opaques et sales et où sont inscrits au sang leurs pires agissements. Est-ce donc de là madame que je dois vous répondre ? Dois je pousser ma voix jusqu’à vous restée sur les terres de la compréhension ?
Vous raccourcir, Madame ? Vous l’êtes déjà suffisamment dans votre nombre de mots, je ne mettrais point votre perruque et votre tête sur le billot, la poésie n’en possède point. Si je ris, souffrez que je m’offusque également de vos propos. Le bourreau exécute la sentence. La trace de celle-ci, Madame, je ne l’ai pas vue, pas plus les minutes d’un procès. Imaginez-vous que je ferais de ce banc où nous nous entretenons, une salle de justice ? Madame, de nos mots sont sortis l’abolition de l’esclavage et en des temps moins anciens celui de la peine de mort. Oui je sais Victor Hugo, en rimes, avait déjà fait souffler un vent de révolte sur cette dernière, sous son texte « l’échafaud » et je lui rends ici cet hommage…
Jusqu’à il y a peu, Madame,
vos rimes occupaient palais épiscopaux,
maisons de maîtres.
Mais jamais vos poètes de salon
ne s’étaient attardés sur le sinistre couperet.
Mais brisons-la, Madame,
la révolution n’en abolit point,
je le sais,
le sinistre usage.
Mon propos, vous auriez tort de le croire, ne porte pas sur vos origines, appelons un chat un chat, madame, les rimes m’ennuient pour la plupart.
J’ai beau me sermonner,
rien n’y fait,
j’ai beau me pincer,
je m’endors.
Pourtant je l’avoue quelques-unes me rappellent parfois un caramel savoureux et volé ou une maitresse exquise, mais au final la plupart du temps, le goût n’est guère délectable et la caresse est légère. En tous cas mon bonheur est éphémère. C’est me direz-vous ce qui en fait sa caractéristique, mais j’ai besoin de plus de quatre lignes  et de rimes pour me rappeler le goût de la friandise et les courbes de la belle coquine.
Vous avez raison, les poètes de tout temps se sont emparés de vos effets, mais ils ne s’en servaient pour certains, que pour être entendu de leurs maîtres. Pour n’être point traités de « populace », ils s’habillaient alors de rimes pour passer les murs de vos prisons, mais ce n’étaient là qu’habits, Madame, que vos siècles imposaient, ce n’étaient là qu’attributs pour que la parole soit entendue. Débarrassée de ceux-ci, la belle s’est envolée et si on l’emprisonne encore, c’est pour sa liberté car celle-ci a rompu ses chaines quand elle le peut.  
Mais je vous l’avais promis, Madame, si gagné à votre cause ne suis, ne voyez pas en moi un ennemi. Nous avons en quelques phrases choisies, défendu chacune nos positions. Et ne puis que me rendre à l’évidence, si les deux sont faits du mot, c’est la main qui tient la plume qui fait la différence en poésie rimée comme en prose.
Ne voyez pas en moi le glaive implacable, car juste le mot, j’ai du mal à l’écrire.
J’aime la poésie, Madame, n’en doutez point.
J’aime voir le soleil se lever sur la nuque d’une femme,
sur ses cheveux détachés,
m’éblouir des rayons de ce dernier sur sa peau cuivrée,
de leur course jusqu’aux carreaux de la fenêtre de la maison voisine où un chat endormi sur son rebord rêve de la souris sous sa griffe.
J’aime ces petits voyages où les mots m’emmènent, j’aime ces rivages inconnus où ils me laissent, empli de rêves ou de solitudes, de peines ou de gaieté, à chercher dans mon âme leur résonnance qui leur donnera encore plus d’existence et de vacuité. Si ces paysages foulés sont de rimes faites j’y courrais de bruyère en bruyère sans me demander combien j’ai de pieds pour le faire et si c’est en prose je le ferais aussi et s’il le faut j’y ramperais. J’aime bien voler du temps à l’oubli pour respirer encore des parfums interdits, m’enivrer d’absinthe, rouler dans le fossé et pisser contre la jambe d’un réverbère. 

 Vous voir ici pétrifiée, Madame, même sous le chant des oiseaux m’amènerait un chagrin que je ne supporterais jamais… Nous sommes sœurs du verbe, vous voir mourir serait me voir mourir moi-même. Allez, Madame, je vous avais promis un tripot il est à deux pas de là, allons lever nos verres à la santé des poètes et roter sur ceux qui les oppriment.


Tous droits réservés

Dernier volet de ce quatre mains

Prose ou Poésie



Paré de l'une ou l'autre,



Que le printemps soit !








dimanche 15 mars 2015

JAVA - PROSE OU POÉSIE - QUATRE MAINS CAT & JAVA - 4/6




MISE EN VOIX JAVA













Quatrième partie prose

Vous agacer, Madame ? Rêvez-vous ? Mépris dites-vous ? Je n’ai pas, il me semble usé de ce qualificatif à votre égard… Vous m’insupportez parfois certes, mais pourrais-je mépriser quelqu’un fait du même verbe que moi. Nous sommes deux branches de la même famille, celle des mots… À la différence, Madame, que je suis aussi fait de chair et de sang alors que vous n’êtes faite que de rimes cristallines.
Vous n’étiez pas gourgandine, cela non.
Suis je bien dans la rime ?…
Mais je dirais bien courtisane
si je n’avais peur que l’on ne m’en blâme

Mais voilà où vous me menez, à vous attaquer ainsi je me vois dans une impasse,
je m’empare de la dague
alors que je ne veux que la plume.

Vous parlez de vent, de fleur et de papillon, une conscience élevée entendrait dans ces mots « liberté », mais comment utiliser cela quand vous attachez la parole à des règles désuètes et serviles, l’obligez à passer par le chat de l’aiguille qui sert à la couture de vos quatrains.

Vos poésies, Madame,
ne sont pas faites pour le dire,
elles sont faites pour la révérence.

Le mot n’est plus dans vos effets celui qui porte le regard, mais celui qui se regarde, il ne fait pas briller la lune par une nuit de ténèbres, non il se veut briller plus qu’elle. Vos phrases ne sont pas faites pour exalter, elles n’existent que pour elles, elles se mirent en elles-mêmes. Je me mets madame au service des hommes, vous au service d’un seul du nom de Narcisse. Votre miroir, dites-vous a maintenant plusieurs faces et le monde n’aurait plus de secret pour vous, je ne vois pas dans celui que vous me présentez le reflet de la réalité. Vos vérités n’en sont pas et aucune image ne s’envole plus de vos chapitres. Votre plume n’est qu’arabesques et circonvolutions elle ne raconte pas, elle n’ambitionne qu’à plier le vrai pour le mettre à sa mesure… Alexandrins et autres.

Mais encore une fois, Madame, cette joute est stérile, vous m’attaquez en termes choisis et je n’utilise la prose qu’à fourbir des armes dont je ne veux pas avoir besoin.

Je sais dire, Madame,
la misère et les voiles sombres qui obscurcissent l’horizon de hommes.

je sais dire
la colère et la haine, le glaive et le fusil et leurs raisons.

Pourtant comme vous, Madame je sais aussi parler d’amour.

Mais le mien, ne ressemble en rien au votre, si je sais effleurer la peau et faire courir sur un corps dénudé des doigts agiles et voluptueux, je sais aussi fouiller un sexe lui donner l’outrage qu’il réclame. L’intensité, Madame, n’est pas alors dans les mots mais dans le corps qui se cambre et dans les cris que la bouche prononce et ces cris là, madame, votre poésie ne les entend pas. Les mots que la bouche prononce à ces moments n’ont pas place dans vos recueils.

Endoctriner, Madame ?
C’est mal me connaître mes mots sont utilisés par tous et je m’y reconnais si l’on en fait sauter les chaines. Mon combat n’est pas porté par une bannière mais par la parole.

Les mots sont une chose Madame,
mais si on ne les utilise que pour eux-mêmes,
ils ne servent de rien à l’esprit,
ils ne sont que feux follets qui s ‘éteindront vite
sous des uniformes que l’on a déjà trop vus.

J’ai aperçu sur la grève, Madame,
errer des chiens fous,
dévorer poésies rimées
et s’attaquer ensuite
à plus loqueteux qu’eux-mêmes.

C’est de La Fontaine et de Racine, Madame qu’ils venaient de se repaître.
J’ai vu dans les jardins du monde des papillons aux ailes veloutées et chatoyantes se poser sur des fleurs qui n’ont pas non plus de secrets pour moi. Je peux
vous parler des couleurs de la rose d’équateur incomparable parmi les incomparables, des magnolias aux grandes feuilles solitaires. Mais je saurais vous chanter une simple marguerite dont vous riez des mots qui lui sont associés, j’en saurais faire s’il le fallait, une ode, une ballade alors que vous n’en feriez qu’un quatrain par peur de lasser. Combien, madame utilisez vous de mots pour nous conter l’injustice ? Sous votre plume le vrai se dérobe pour ne prendre que la lumière de vos rimes. Je veux être plus prolixe pour dire les choses, la pensée dirige ma plume et si j’ai comme vous le goût du sensible, je ne suis pas obligé de m’en tenir à ce que la règle m’impose. Mais allez je ne suis pas aussi fermé que je semble le dire, Mallarmé, Madame m’a fait pleurer, Baudelaire dans les Fleurs du mal a ouvert des portes que d’autres poètes avaient fermées.


Tous droits réservés

à suivre...







lundi 9 mars 2015

JAVA - PROSE OU POÉSIE - QUATRE MAINS CAT & JAVA - 2/6




MISE EN VOIX JAVA













Deuxième partie prose


Qui vous êtes, Madame ? Mais hier encore, le tout Paris n’avait pour vous que mots jolis. J’ai souvenir des bouches sous des perruques poudrées qui s’émerveillaient de vos appâts. On s’extasiait sur la mièvrerie des propos sous lesquels vous apparaissiez. On s’exclamait sur la beauté de vos pieds, que certains même se mirent à compter. Je n’en ai que deux Madame, ils m’ont mené jusqu’ici et m’aideront je le pense à repartir d’un pas aussi léger qu’à l’aller, les vôtres Madame aussi nombreux qu’ils soient ne vous aideront pas à quitter ce banc de marbre sur lequel vous êtes assise.

Pour ressentir la brise légère du vent dont vous faites l’éloge, Madame, point n’est besoin que vous l’habilliez de vos rimes,
je vais sur les rochers de Bretagne et je m’enivre des embruns, ils ont une toute autre odeur.

Et s’ils sentent la vie, l’inconnu, la peur, et le vol des goélands dont vous nous régalez, ils n’en oublient pas de sentir le poisson crevé sur la grève. Celui-là, vous ne sauriez le mettre dans vos poésies de bon aloi, où l’on s’extasie du gibier aux morilles pas du poiscaille à l’odeur entêtante sur son lit d’algues séchées.

Ah oui, excusez-moi. Je ne me suis pas présentée, on m’appelle prose. Et cela n’a rien à voir avec la fleur dont sont tirées quatre lettres de mon nom, je n’ai pas de parfum contrairement à vous madame. Ou plutôt si, Je peux sentir aujourd’hui le linge humide et pourrissant et demain le champ de marguerite que vous aurez fait pousser. La marguerite n’a pas d’odeur, me direz-vous ? Vos quatre strophes ne viendraient pas à bout de tout ce que je pourrais en dire. Saurez–vous dire « je t’aime, un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, pas du tout ? » ? J’ai quant à moi à ma disposition, adjectifs, adverbes, synonymes et noms communs, vous n’avez que quatre lignes et l’obligation de la rime.

Oui Madame, vous êtes bourgeoise, c’est comme cela que vous êtes née, certains s’essaient de vous tirer de vos palais où la pluie ne mouille rien, où la maladie ne s’aventure jamais, ou l’on jouit par le verbe mais dont on évite l’image. Mais vous ne sauriez aller loin, même avec des semelles de vent surtout lorsque le temps aidant elles s’alourdissent de huit kilos d’or sortis de contrebandes malhonnêtes. Vos mots, Madame jamais, ne diront le réel. La poésie, Madame, sachez que je la revendique aussi, mais les phrases dont elle est faite se gueulent, se chantent à la face du bourgeois et du gendarme.

Elle dit l’amour sans y chercher « toujours »,
elle n’avance pas voilée,
elle peut être nue ou en haillons,
elle parle, madame, crie son mépris,
elle pisse et crache.
Mais je m’égare, me voilà en pleine lutte de classe. Votre parfum, Madame m’aura égaré, vos manières m’auront fait croire être ailleurs que là où nous sommes…

Vous dites pouvoir tout dire, Madame, je prétends le contraire. Vous ne sortirez jamais des quatrains où le monde se sent étriqué. Laissez donc les cloisons aux cercueils et aux prisons et venez jouir de la liberté du mot quand on lui ôte les chaînes … Venez respirer l’air pur de nos chapitres sans fin et qui n’ont pour limite que le point qui ponctue la phrase. Voyez-vous, Madame, Juste penser que pour conter il faut savoir compter m’empêcherait d’écrire le moindre mot. Prouvez-moi le contraire, Madame et je vous convoque à l’infâme tripot d’où je viens pour lever notre verre ensemble, trinquer et éclabousser le monde.




Tous droits réservés



à suivre...

Troisième partie de ce quatre mains en vers par Cat à Strophes
(prochainement)








jeudi 18 décembre 2014

ELSA/CATHERINE DUTIGNY - L'ORANGE DE NOËL




MISE EN VOIX JAVA




L'orange de Noël



Cinq sous au fond d'la poche,
Faisant crisser mes galoches,
J'pars chez la Mère Fannie,
L'épicière d'la rue Saint-Denis.

Des belles me font les yeux doux
M'appellent « Mon p'tit loup,
 Mon gentil roudoudou. »

Des fois qu'elles en voudraient à mon pécule,
J'prends l'air d'un Jules, d'une vraie crapule.

« Quoi donc tu fais ici, par c'temps pourri ? »
M'lance - l'œil encarté - la grande  Sophie.

J'réponds à la chabraque de frangine
Qu'ma mère elle manque de vitamines
Et vu qu'c'est bientôt la nuit d'Noël
J'veux lui offrir des oranges et du miel.

J'vois les filles de la rue qui se gondolent
S'frappent les cuisses, lèvent leurs guiboles
Fourragent dans leurs fringues de coulisse
Fliquées par un jeune mac en pelisse.

Elles m'font un signe, et une p'tite à chignon
Me tend une poignée de jolis biffetons.

« Tiens v'là d'quoi t'acheter six livres d'oranges,
T'es trop giron l'crapaud, avec ta trogne d'ange,
Tu bichoteras ta mère d'la part des croqueuses
Sois chouettard avec elle, rends-la heureuse ! »

J'aimerais bien toutes les embrasser,
Mais le mac commence à m'reluquer.

Alors?
Vingt francs au fond d'la poche,
Faisant glisser mes galoches,
J'repars chez la Mère Fannie,
L'épicière d'la rue Saint-Denis.





Texte protégé et déposé
sur le site iPagination


dimanche 23 novembre 2014

ANNA LOGON - MANHATTAN MELODY




MISE EN VOIX JAVA ET TIPPI (voix de l'Écho)












« Manhattan Melody »


I

Collectionneur d’éphémères,
J’avançais dans la vie
Droit devant, sûr de tout,
Surtout de mes libertés
Que j’humais nez aux vents,
Sans jamais m’enchaîner.
Pharmacien des maux,
J’essaimais magicien
Quatre mots friandises
Anesthésiant les cœurs,
Pour consommer leurs corps,
Comptoirs de mes fast-foods.
Doigts frivoles,
Aiguillon désireux,
Appétits dégoulinants
Une ivresse enragée.
Promptement,
Je portais l’estocade,
Brefs à-pics décharnés,
Jouissance dénudée de plaisir,
Ni saveur ni lendemain,
Qu’il soit pire ou meilleur !

Sur Colombus Avenue,
Elle sortit de voiture.
Je ne vis que son pied,
Fin et assuré.
Le bout d’une chaussure.
Premier pas dans mon existence.
Ensuite, découvrais
Une cheville charmeuse,
Le contour du jarret,
Perchés en gratte-ciel.
Déjà, me régalais.
Pourtant j’en avais vu
De toutes les beautés,
Des musclés, des fragiles,
Du piment exotique
Au parfum clandestin.
La silhouette élancée
S’extirpa ondulante
De son bleu habitacle.
Nul besoin de bouquet,
Elle ne m’attendait pas.
Me fallait l’aborder,
Aucun mot parut digne.
Comment ? J’en restais coi ?
Ah, gourmandise inconnue...

II

Collectionneuse d’échecs,
J’escaladais l’existence
Droit devant, fière de rien,
Sauf de rêves fébriles
Glacés aux courants d’air.
J’avançais entravée
À l’ancre de mes maux.
Je renversais sur mes plaies
Des mots d’encre placebo,
Cautérisant le papier.
Dans la vie,
Il n’y a pas que le Q,
Bon sang, il faut du I !
Depuis, je ménageais mon cœur,
Comptable des morsures
Des guerriers de passage,
Confiants d’élans pressés,
Prétentions arrogantes.
Fuyais ces abordages,
Leurs bréviaires insipides
Abreuvés de « Je t’aime »
Superficiels, médiocres.

Sur Colombus Avenue,
Je garais ma voiture.
Puis me tordis le pied,
Injuriais l’effilé
Du talon de ma chaussure
Venant de se coincer
Sous ce maudit embrayage !
Dépêtrais chancelante
Ma silhouette énervée
Du sanglé habitacle.
Premiers pas dans la rue.
Alors, éprouvant
Une cheville douloureuse,
Le galbe bleui du mollet,
Sa brûlure artérielle,
Déjà je gémissais.
C’est là que je l’ai vu.
Ni beau ni musclé,
Au profil commun,
Finalement,
Rien de bien excentrique.
Puisqu’il se trouvait là,
Me fallait le héler,
Nul pas assez solide
Permettait d’avancer
Vers cet individu,
L’anonyme de la foule...

III

Premier soir, j’suis en retard.
À la moindre réflexion,
Je lui propose un verre
Et on conclut vite fait !
Si madame sait se taire,
Sans me prendre la tête,
OK, on ira au resto,
Eleven Park,
Un must sur Madison.
Soudain, je l’aperçois,
Jupe courte,
Elle avance.
Longues jambes,
Hanches cintrées,
Eh eh... Bonsoir, ma mignonne,
J’accélère mon pas.
Elle me sourit.
Soyons gentleman,
Un galant baisemain.
Ma tête s’incline,
Mes yeux plongent,
Apprécient
Col ouvert,
L’échancrure,
Dentelle blanche,
La naissance des seins
Déjà, j’imagine ma bouche
Sur ce mamelon pointu.
« Si nous prenions un verre ? »
King Cole Bar, 55th St.
Un Cosmopolitan pour elle,
Moi, une mousse
Ambrée comme sa voix,
Enivrante, sexy.
La soirée s’annonce bien.
« Je t’invite au resto ? »
Une table, deux bougies,
Trois fleurs, c’est parfait,
Les filles adorent ça.
Sous la nappe, je devine
Les cuisses croisées,
Tièdes.
Le songe se fait voyeur,
Bas ou collants ?
Elle parle beaucoup,
Mais, loin d’être sotte.
J’aime bien sa turbulence,
Un je ne sais quel...
Qui m’intimide.
Pff ! Dis pas n’importe quoi !
Mon vieux, sois sérieux,
Reprends-toi.
Je m’évertue d’être drôle,
Femme qui rit
Sera plus tôt dans ton lit !
C’est l’heure de l’addition,
Ah oui... Quand même...
Le temps passe, vite.
Allons à Central Park,
Ce banc sera très bien.
Soudain, je n’en peux plus
Lui mange les joues,
Dévore toute sa bouche.
Ses paupières se ferment,
Quand elle m’offre ses lèvres.
Ça m’électrise, m’échauffe.
Turgescence...
Sacré briscard, tu bandes !
Allons, mène-la dans ton lit,
Éperonne-la prestement !

Je te serre dans mes bras,
Et voudrais t’y garder.
Ta bouche coquine,
Ta main dans mon cou.
Oui caresse-moi encore, et...
Retiens-toi, mon gaillard,
Non pas elle, pas tout de suite...
Dis-moi vite « À bientôt »,
Please, deux petits mots,
Pour la première fois
Je pourrais les entendre.
Cette nuit, il faut nous quitter.
Tu me manques déjà,
Retiens-moi,
Ne sois pas éphémère...



IV

Le soir guette mon impatience.
J’épie ombres,
Signe d’une main,
Filament de voix.
Soudain, entre les hauts buildings,
Mes yeux se précipitent sur lui.
Il avance vers moi.
Voilà enfin l’instant.
L’agitation alentour devient floue.
La rumeur de milliers de pas
Filant aux logis
Disparait.
Je ne vois que lui.
Nos sourires se reconnurent.
Sur ma main, ses lèvres sages
En gracieux interlude.
Un verre préambule.
Je bois l’azur des prunelles,
Le velouté de sa voix,
En cocktail grisant.
Lueurs feutrées de l’auberge
Suaves agapes, grâces sucrées.
Plaisantes fariboles
Et riches bavardages
S’entrelacent.
Nos âmes fébriles tissent
Un face-à-face arc-en-ciel...
Balancier immobile
Dans les langueurs du soir.
Sur le banc s’attardant
Au cœur de Central Park
Mille joyaux tombaient
Sur mon visage clos
En fine nuée d’or.
Un délice,
Que dis-je, un vertige
Me parcourt les veines.
Les silences s’envoûtent
Sous le cobalt céleste,
S’entremêlent des mots
Aux douceurs hypnotiques.
Orfèvrerie nocturne
Dans l’havre de ses bras.
Ne pouvant nous quitter,
Sa bouche jamais rassasiée
Réaccoste en ondes infinies.
Encore et encore !
En vagues bondissantes
L’une au-dessus de l’autre.

Emporte-moi au loin.
Ne sens-tu pas
L’impossible couvre-feu
Naissant au creux de mes reins
Courir en vibrations lascives
Jusqu’au brûlant abîme ?
L’indécente intempérance
Me dévore la moelle,
Et toi seul peux l’étreindre.
Je me donne entièrement,
Soudainement voluptueuse,
Mon corps, ma raison.
Alors prends, vole, pille !
Mais par pitié...
Viens...


V

Avant les premières ombres
Et l’hiver de nos nuits,
Calmer l’horloge de l’entrée,
Nous rendre la mort patiente.
Faire du temps qui nous reste
La plus belle des ivresses.
Croquer toutes les pommes
De nos derniers Éden.
Dimanche, le soleil glissera
Ses douceurs en terrasse,
Sur la place du marché
Un nouveau fromager,
Une bouteille de vin
En garance nectar...
Un joyeux Saint-Amour !
Tendresses silencieuses
Entre nos doigts noués.
Nos regards toujours vifs
En complices dialogues.
Nos bras moins vigoureux
Où nos cœurs se blottissent,
J’entends battre le tien
Le long de ma poitrine.
Ma main toujours câline
Dans le creux de ton cou.
Deux gouttes et trois cachets
D’amour chaque jour,
En heureux pharmacien.
Ton affection se penche
Au-dessus de mes nuits,
Elle veille sur mon sommeil.
Tu caresses mon front, mes cheveux,
En m’écoutant dormir.
Notre tendresse si vivante
Depuis toutes ces années
Malgré les cailloux bleus,
Parfois, dans nos chaussures.
Alors, j’allais pieds nus,
Vers toi, tendais mon âme.
J’ai tant besoin de toi,
Comme je te suis précieuse.
Nous nous sommes appris,
Et parfois devinés,
Nos forces et nos faiblesses,
Les désirs, les refus.
Nos ardeurs subsistent
Aux corps qui s’affaiblissent.
Nos caresses apaisantes
Endorment nos douleurs.
Mon bel amant,
J’aime toujours tes baisers
Telle une pluie printanière.
Souvenirs dans nos veines,
Marqueurs guérisseurs
De notre mémoire...
Intacte ?

- « Et qu’avions-nous dîné ?

- Du foie gras en entrée,
Après, m’en rappelle plus...

- Qu’avais-tu pris en dessert ?

- Tes lèvres, ma douce, t’en souviens-tu ?

- Comme si c’était hier...
Quel bonheur, tout de même,
Que ce talon cassé !
Ça tient à peu de choses
La vie...
L’amour...

- Sais-tu, ma mignonne,
Sans ta foutue cheville,
Je t’aurai bien baptisée
Sur le capot de ta Pontiac !

- Oui oui, mon bel oiseau,
À l’époque, tu étais encore vert... »



Anna – 15 Mars 2014 ©




Un texte  inédit offert très généreusement par Anna à TippiRod VOTRE ÉCHO pour notre plus grand plaisir à tous ! MERCI ANNA !