Le mot du jour

Qui suis-je?


LA VOIX DE L'ÉCHO

POUR LE PLAISIR DE TOUS: AUTEURS, LECTEURS, AUDITEURS...
Affichage des articles dont le libellé est MISE EN VOIX MARCEL FAURE. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est MISE EN VOIX MARCEL FAURE. Afficher tous les articles

mardi 14 avril 2015

MARCEL FAURE - 0241 à 0245 de La danse des jours et des mots




MISE EN VOIX PAR MARCEL FAURE D'UN ÉPISODE





Samedi 19 mai 2012 

L'idéologie de la perfection ne s'applique plus qu'à la qualité du travail et se limite à qualifier un objet fini. L'homme y a renoncé pour lui-même, comme il renonce de plus en plus, à toute altérité en préférant se fondre au lieu de s'affûter.
Dans cet environnement hostile, je m'interroge chaque jour. Par quel miracle ai-je rejoint le camp des fous, des artistes et des enfants qui chantent les louanges des sentiers buissonniers.
Et je me noie dans la beauté des choses pour aborder le réel de travers.



Dimanche 20 mai 2012 

Je ne peux dessiner ce qui vole trop vite. Il m'en reste cependant une perception aigue, comme si la couleur de mon âme en avait été modifiée. L'éclat d'une gorge entrevue, la grâce d'une aile déployée, l'éphémère transformation de l'ombre sous l'arbre inondé de soleil, le reflet sans cesse renouvelé du roseau dans un lac, tout cela à jamais imprimé.
Tout cela et plus encore, l'ébauche d'une caresse, la douceur d'un geste maternel, cette rougeur subite sur vos joues, votre regard qui me brise et s'en va. Et puis tout ce qui n'est pas dit, ces sentiments plus volatiles qu'une odeur, le bruissement de ce qui va naître, tout ce qui sommeille en nous et ne demande qu'à aimer.
Lorsque la nuit se glisse entre mes draps, mon corps apaisé respire et digère l'indicible. Demain, dans la trame serrée des jours j'avancerai léger, imperceptible et superbement plus dense.



Lundi 21 mai 2012 

Le philosophe Luc Ferry, chaque fois qu'il s'exprime développe une philosophie de la générosité s'appuyant sur l'école, l'écologie, le sens de l'effort et le refus de toutes frontières, celles des états comme celles ancrées dans nos esprits. Jusque là, tout va bien, mais il voudrait que cette politique où l'homme occupe la place centrale, soit appliquée par sa " famille " politique : la droite.
Cherchez l'erreur.



Mardi 22 mai 2012 

J'aurais aimé naître un 29 février 2012. Un anniversaire tous les quatre ans, voilà qui aurait été sympa. Ou alors un 32 mai, un jour unique, spécialement créé pour moi. Je n'en aurais tiré aucune gloire particulière mais j'aurais été débarrassé à vie de cette obligation de dire et de fêter un an de plus.
Ce n'est pas tant de voir s'ajouter quelques rides sur mon front, mais cette convenance pesante qui fait que l'on doit recevoir des vœux et en être heureux. Je n'ai jamais aimé les fêtes, et les anniversaires en font partie. A tout le falbala, le décorum, le sapin, les bougies, la rose pour maman ... j'ai toujours préféré l'attention discrète et constante, le petit geste, comme çà, pour rien, le menu cadeau d'un jour ordinaire et la vraie surprise qui l'accompagne.
Ou alors la fête improvisée d'un jour comme les autres, le feu d'artifice au milieu de nulle part, seulement pour chanter sa joie de vivre, la pulsation profonde du sang dans les veines ou cette bouffée d'amour qui empourpre soudain nos joues.
Oui j'aurais aimé naître un improbable brumaire de l'an 77 727 ou de l'an – 18028, avec ce même air, cette même eau sans cesse recyclée.



Mercredi 23 mai 2012  

Le vivier tendre de tes yeux
Le désordre ému de tes cheveux sur l'oreiller
Et moi
Sauvage et ombrageux
Dans les marges du lit
Je cherche un poème
A quoi tu penses dis-tu
Je pense à toi je réponds
Trouvant chaque mot trop lourd
Aucun qui ne soit digne
Pour orbiter

Si près de tes seins













Textes protégés et déposés
sur le site iPagination

0241

0242

0243

0244




mardi 7 avril 2015

MARCEL FAURE - 0236 à 0240 de La danse des jours et des mots




MISE EN VOIX DE MARCEL FAURE D'UN ÉPISODE 




Lundi 14 mai 2012 

Oubliée la mélancolie du miroir. Se lève en France un peu d'espoir. Les premières mesures de notre nouveau président, vont toucher les plus pauvres sans rien renier de ce principe égalitaire qui m'est cher.
Et cette déclaration de François Hollande : " j'aime les gens." Voilà une phrase qui, si elle dicte sa politique pendant le prochain quinquennat, est plus importante que n'importe quel programme.
Oui, je vous l'avoue aujourd'hui, au soir de ce 6 mai, j'ai versé une larme, comme je l'avais fait à l'annonce de la victoire de François Mitterrand, ou à la libération de Nelson Mandela, comme à la chute du mur de Berlin.
En certaines circonstances, l'espoir est plus fort que tout et croise un instant nos rêves les plus fous.
Et je nomme poème ce
J'aime les gens.
Qui se suffit à lui même.



Mardi 15 mai 2012 

Griffonnages dans le ciel, des avions passent très haut, si haut qu'il faut tendre l'oreille pour percevoir le bruit émoussé des moteurs. Nous cueillons les fleurs de l'aubépine à proximité d'un lotissement désert. De l'autre côté d'une haie touffue, le hennissement d'un cheval nous surprend. Puis rien d'autre que le silence ensoleillé.
Plus bas, la Loire pose son coude sur l'arche d'un pont et disparaît happée par son prochain méandre.
Le soir venu, Lloydia déguste son infusion et s'endort sous l'effet bénéfique de la plante. Et moi, empêtré dans le septentrion, j'entame un long goutte à goutte avec les mots.



Mercredi 16 mai 2012 

Gémissements de ma jeunesse qui voudrait encore m'offrir quelques pépites. Mais l'émerveillement ne vient jamais du passé. Insensé celui qui rêve à reculons.



Jeudi 17 mai 2012 

Parfois je croise des vers montés sur talons aiguilles. Ils balancent de la rime comme certaines balancent du croupion. Et s'ils sont d'amour, ils me draguent. Alors je les suis dans tous les méandres du poème.



Vendredi 18 mai 2012  

Je suis comme la brume après la pluie,
Léger, volatile, caressant.
Je suis comme la terre après l'orage,
Odorant, débordant de promesses.
Je suis comme la mer après un grain,
Inchangé, apaisé,
Roulant toujours les mêmes galets
Je suis comme le jour
Qui tombe et se relève,
Neuf,
Mais fier d'avoir vécu.
Et je m'engouffre dans le clair de l'aube.













Textes protégés et déposés
sur le site iPagination

0236

0237

0238/239

0240






mardi 31 mars 2015

MARCEL FAURE - 0231 à 0235 de La danse des jours et des mots




MISE EN VOIX DE MARCEL FAURE DU PREMIER ÉPISODE 




Mercredi 9 mai 2012  

Je ne veux pas parler
De mon dos en compote
De mes hanches en déroute
De ma peau craquelée
De mon nez renifleur
De mes yeux fatigués
Ni de mes insomnies
Je ne veux pas parler
De mon caractère grognon
De mon humeur de chien
De ma peur du lendemain
De mon côté écureuil
De mon goût des épices
Ni de mon ventre rebondi
Je ne veux pas parler
De ma feuille d'impôts
Des fiches à remplir
Pour ceci ou cela
Du balai et de la serpillière
Ni du sol à laver
Je ne veux pas parler
De la pluie du beau temps
De l'ascenseur pourri
De la peinture écaillée
Des odeurs qui remontent
Jusqu'à la salle de bain
Ni du ça va et vous
Non rien de tout cela
Juste écrire ... peut-être
Un jour de plus
Jusqu'à ma dernière heure
Juste un jour avec toi


Jeudi 10 mai 2012 

Sous les lampadaires de l'éclairage public, l'enfant noir de Madagascar apprenait à lire, me dit une amie, autrefois institutrice dans la grande île.
Aujourd'hui, dans nos grandes villes, sous les lampadaires on apprend à mourir. Si le temps se montre clément, la leçon est longue ..., longue ...
Alors à l'aube, devant les boulangeries, on s'en va sagement réciter un poème maudit.
Un jour de plus
Jusqu'à ma dernière heure
Juste un jour de trop



Vendredi 11 mai 2012 

Autour d'un halo de lumière des insectes croient à la révélation divine du jour. Ils tourbillonnent autour de cette île déserte, dans l'attente d'un signe. Dans l'ombre rauque, une déléguée du plaisir agite ses charmes. Là aussi, des bêtes s'impatientent. Chacun leur tour, ils s'échinent sur la peau exotique plus pâle que les draps d'un lit.
Souviens-toi, tout ce qui brille n'est pas lumière et lorsque tu redescends de cette chambre, plus léger de quelques billets, et plus lourd encore de ta solitude, de cet inutile ballet d'élytres.



Samedi 12 mai 2012 

Alors je plonge dans le vide. Froissement des idées sur ma peau. Rien n'est clair. Un labyrinthe de courbes où je rebondis comme l'écho. Plus la vitesse est grande, plus je me sens immobile, enfin ce qui m'entoure est immobile.
Je ne suis pas seul. Tout autour de moi, des corps tombent. À la même vitesse que la mienne. Enfin tout se stabilise, nous tournoyons ... autour d'un lampadaire.
Puis rien, que ce trop plein de mots qui déborde, que ce phare qui clignote, et la mer, au loin, mouvante promesse qui mange mes angoisses. Et je chante la mélopée verte et bleue, la frise blanche sur la vague et le reflet de tes yeux où je m'enfouis.



Dimanche 13 mai 2012 

À qui s'adresser si ce n'est à soi même. Mais notre parole s'use. Alors écouter le chant qui enfle notre poitrine, parce que l'air que l'on respire est musique. Dans ce face à face qui pourrait vite tourner au narcissisme, poser ma bouche ouverte sur l'étonnement de l'aube.

La douce buée de la rosée évapore mes doutes ... jusqu'à demain.















Textes protégés et déposés
sur le site iPagination

mardi 17 mars 2015

MARCEL FAURE - 0221 à 0225 de La danse des jours et des mots




MISE EN VOIX DE MARCEL FAURE DE DEUX ÉPISODES 



Dimanche 29 avril 2012 

Mon corps désaffecté
Les heures vides de la nuit
Mon couteau boomerang
Il me pousse des extravagances
Des creux où je n'ose plonger
L'interminable garrot de ma chevelure
Et mes doigts dissociés
Qui s'évadent
Quittant mes mains
Mon cerveau dans les courants d'air
S'émiette
Écran de fumée



Lundi 30 avril 2012 

De quoi parlions-nous ? De présages insensés, de dislocation, d'évaporation, d'impalpable, de tout ce qui fait que nous imaginons, sans vraiment comprendre, ce qu'est vraiment la vie. Et moi, pièce minuscule de ce puzzle gigantesque, syllabe balbutiante, comme tout le monde, je joue des coudes pour atteindre la lumière.
Dis-moi qui je suis ? Mais je n'attends pas vraiment de réponse. Mon "JE" connaît ma solitude immense et il s'en repaît.



Mardi 1er mai 2012

Les salariés, une fois l'an, défilent à la gloire du travail et en mémoire de ceux qui sont morts pour plus de liberté. Fierté d'un jour, calicots et slogans, ils occupent, pendant quelques heures, l'attention des médias.
La rue est à nous camarades, marchons dignement, échangeons le muguet et surtout respectons l'opulence qui s'affiche dans les vitrines du luxe qui jalonnent le parcours.
Dans l'ombre, les nouveaux négriers se frottent les mains.
La manifestation enfle et prend le vent exprimant toute sa beauté de cerf volant. Au milieu de la foule, sur ma petite pancarte j'ai écrit :
À l'inverse du cerf volant
Le papillon
N'a pas de fil à la patte



Mercredi 2 mai 2012 

Le temps a la douceur d'un drap, étendu dans un pré à sécher au soleil. Lentement le blanc s'affirme et l'étoffe s'imprègne des odeurs de saison. Rien n'a bougé dans mon cœur. Sur mon crâne écorné, mes cheveux blanchissent et s'envolent avec la constance d'un fruit mûr.
Mais mon poing reste ferme et ma langue trop verte finira pendue à un gibet. Et je lutte chaque jour pour éviter que l'on me range parmi les gens trop convenables.



Jeudi 3 mai 2012 

Les poussinettes ont coupé par mégarde la branche d'un arbre en fleur. Les feuilles disparaissent sous les grappes rose pâle et denses. À notre retour, nous avons copieusement inondé la branche. L'eau déborde presque du vase. Je ne sais pourquoi cette luxuriance évoque le Japon.
De nombreux pétales se répandent sur le sol du salon. Pas de nom à donner à ce fragment d'inconnu. Sa présence anonyme nous enchante. Au fil des jours, sa beauté va lentement se transformer et, si nous avons de la chance, les feuilles domineront bientôt.















Textes protégés et déposés
sur le site iPagination

0221

0222

0223

0224

0225






mardi 10 mars 2015

MARCEL FAURE - 0216 à 0220 de La danse des jours et des mots




MISE EN VOIX D'UN ÉPISODE PAR MARCEL FAURE




Mardi 24 avril 2012 

Le présent me racole. Dans le vert tendre des premières feuilles, le printemps fleurit de blanc la colline. La terre brune colle aux bottes des jardiniers qui préparent le sol pour les semences. Déjà quelques jeunes pousses de salades pointent le bout du nez.
Quelqu'un installe un épouvantail, une œuvre d'art multicolore dont les tissus s'agitent fièrement dans la brise légère et parfumée. Les portes ouvertes des cabanes dévoilent un bric-à-brac hétéroclite d'outils, de vêtements de travail, d'oignons tressés de la précédente récolte et quelques vieilles chaises qu'on sortira l'été venu.
D'une parcelle à l'autre, on échange des plants, des graines, des conseils. On regarde le ciel trop bleu. Ici, on espère et on aime la pluie.



Mercredi 25 avril 2012 

Mon père dans son potager sans fleur. Rentabiliser au maximum pour adoucir les fins de mois. Souvent il s'en allait mendier une rose chez ses copains jardiniers pour l'offrir à Lloydia.



Jeudi 26 avril 2012 

Au magasin farces et attrapes
Des figures de circonstance
Ricanent dans la vitrine
Passe dans la rue
Un corbillard et sa suite
Faces de carême

Masques grimaçants
Face à face
Rictus et faux semblants

Le veuf lorgne déjà
Sur le doux espacement
Entre les deux orbites
De la belle cousine

Entiché d'une rosse
Le corbillard s'en panne
D'un brusque coup de frein

Ce coup de reins expulse
Du coffre le cercueil
Et la morte en furie

Nous serons trois mon Cher
À faire péché de chair
Sous le marbre alanguis
Ô cadavres exquis

Au magasin farces et attrapes
Cotillons et Champagne
Et tristesse aux orties



Vendredi 27 avril 2012 

Surtout ne me demandez pas d’où sort ce poème loufoque qui me surprend autant que vous. Je pourrai pourtant expliquer comment a surgi " farces et attrapes" expression qui est venue s'agripper à "cadavre" et "sexe" dans un texte où il était question de la "place du mort".
Comme si ces mots ne voulaient pas, ne pouvaient pas, mourir et qu'ils voulaient encore de la fournaise du monde, un recyclage de reste en quelque sorte.
Vous voulez un indice pour retrouver l'auteur en question ? Le voici :
" Si seulement l'avenir diminuait
On comprendrait qu'il faut en laisser"
Et j'affirme ce que d'autres nieraient : je n'ai aucune imagination. Dans le grand télescopage des hommes et des cultures, je n'ai rien inventé qu'un poète n'ait dit.
"Il arrive à la page de penser toute seule"



Samedi 28 avril 2012 

J'ai une dent contre moi, mais ce n'est qu'une dent de lait. Je ne fais pas trop souffrir. Mes plaies cicatrisent trop vite et ne produisent que rarement des poèmes torturés que j'attendris aux rythmes de mon cœur. Autrement dit, j'ai plutôt une bonne nature avec moi-même comme avec les autres. Et si je me noie, je garde toujours la tête hors de l'eau.
Je suis inachevé, trop doux avec la cruauté qui perd de la puissance en s'enfonçant dans mes chairs et trop imperméable aux soubresauts du monde pour qu'ils m'atteignent vraiment.
Mais j'ai une colère froide contre la bêtise et l'indifférence que j'égorgerai volontiers. Par la fissure de vos paupières, mes mots couteaux.















Textes protégés et déposés
sur le site iPagination

0216/217

0218

0219

0220





mardi 20 janvier 2015

MARCEL FAURE - 0181 à 0185 de La danse des jours et des mots

Avec la mise en voix de Marcel Faure sur un de ces cinq nouveaux épisodes


CLIQUER SUR LA VIDÉO SONORE







Mardi 20 mars 2012 

Les résultats d'analyse se suivent mais ne se ressemblent pas. Lloydia se croyait stabilisée à 10mg de cortisone journalière alors elle a tenté sans avis médical une petite expérience. Depuis quinze jours, trois fois par semaine, elle ne prenait que 9mg. Résultat immédiat, taux de protéines c réactives au-dessus de la normale. Retour à la case précédente en espérant que cette entorse n'aura pas de conséquences à long terme.

Pour faire remonter le moral, nous irons voir plus au Sud si les arbres de Judée sont déjà en fleurs. Pour ceux qui fleurissent près de chez nous, c'est encore trop tôt.



Mercredi 21 mars 2012 

Vu d'un balcon en fleur, la vie semble plus facile. Problème, je n'ai pas de balcon et cela fait déjà quelque temps que je n'ai pas revu la coccinelle qui s'était réfugiée dans l'appartement. La dernière fois elle flirtait avec un petit rosier encore en pleine forme.
Mon rosier aussi est parti. Il devenait si triste que Lloydia l'a confié à une amie qui le repiquera dans son jardin. Alors je traverse la rue, je traboule par la barre de onze étages et je grimpe un petit sentier jusqu'au sommet du parc de Montaud.
Vue du sommet, la tour est uniformément terne. Un bloc de béton façon cages à lapins. L'image est éculée mais a-t-on trouvé mieux ... Je suis un de ces lapins et je croise ici mes congénères à poils doux.
La ville encercle ce large espace de verdure. Elle ronronne tranquillement sur les vestiges de son passé minier. Le parc est truffé d'anciennes entrées de galeries de mines. Avant de commencer à creuser sous terre, d'ici on extrayait le charbon presque à l'horizontale.
De cet immense balcon, on peut entendre mugir le stade Geoffroy Guichard les soirs de match de foot ou admirer les feux d'artifice du quatorze juillet, ou, plus simplement, venir pique-niquer à la belle saison.
À plusieurs reprises, Lloydia a repiqué ici quelques bulbes de fleurs ou des racines de muguet. Sans succès. Malgré l'herbe qui pousse et quelques arbres rabougris, l'humus trop maigre sur les scories, restes de l'exploitation minière, a rendu vaines ses quelques tentatives. Cette colline sue encore la fatigue des hommes.



Jeudi 22 mars 2012 

Pour que la vague des mots doux devienne déferlante et submerge la haine sous des flots de tendresses, faire vibrer l'instant. Noblesse du verbe dans la bouche du poète, ce voltigeur des mots.
Alors les quatre-vingt-huit constellations partagent avec lui un élixir céleste. L'extravagante horlogerie universelle bouleverse sa belle mécanique. La colline d'en face porte le soleil en banderole et déroule le temps au gré de mes envies.
De mon prétendu balcon, j'embrasse l'atmosphère parfumée de l'azur profond où tu te prélasses, promesse des langueurs de la nuit. Cette étoffe si douce où je m'ébats, mon pays de Cocagne, ma caverne d'Ali Baba ... Des mots.



Vendredi 23 mars 2012 

J'ai téléphoné pour réserver un postillon. Après m'avoir fait répéter plusieurs fois, la standardiste, croyant à une mauvaise plaisanterie, m'a insulté. Pourtant, j'avais vraiment envie de me balader en calèche pour goûter au plaisir de la lenteur, comme le font les vacanciers qui louent une roulotte.
Les mots s'en vont avec le temps qui passe. Ce métier disparu avec les voitures de poste, ne résonne plus du crissement des roues sur les pavés, vieux souvenirs, eux aussi, de mai 68. Ne reste que ce crachotement qui remonte parfois, comme un bruit de fond de l'histoire.
Et le rémouleur, petit métier des rues, lui aussi disparu. Même le sens en avait fui ma mémoire.

Repasseur, affûteur, aiguiseur, émouleur précise mon dictionnaire. Voilà que son appel, dans la cour de mon enfance, résonne vif et clair. - Ciseaux, couteaux, ciseaux couteaux ... des fenêtres s'ouvraient ... j'arrive, criait ma mère, moi aussi, répondait un écho deux étages plus haut.

Un matelassier cardait la laine des vieux matelas, un chanteur égrenait ses rengaines – À vot' bon cœur m'sieurs, dames. Ce dernier, aveugle et se déplaçant avec deux béquilles, mieux vaut plusieurs handicaps pour attendrir le chaland, ce dernier donc, ne faisait plus recette depuis que mon père l'avait aperçu, béquilles sous le bras et courant comme un fou pour attraper le train du Puy en gare du Clapier.

Miroir opaque qui se contorsionne pour montrer quelques bribes d'antan.



Samedi 24 mars 2012

- Je viens de me faire braquer dans le hall !!!

- Tas eu peur ! Bois un verre d'eau. Assieds-toi et raconte.

- ...

- Tu as une mine de déterré ! On t'a pris ton portefeuille ?

- Non rien.

- ???

- Avec une canne.

- Imbécile.

Madame X... 92 ans, arpente le hall pour avoir de la compagnie. Elle s'appuie sur une canne. Chaque fois que quelqu'un lui adresse la parole, - Bonjours, bonsoir, vous savez bien – elle lève brusquement sa canne dans votre direction et fait semblant de vous menacer avant de répondre. Comme une vieille, et vous ? – Cette fois, son geste amical, comme pour vous serrer la main, est passé si près de mon visage que oui, j'ai eu un peu peur de prendre un coup.

Madame X ... ne sort plus beaucoup à l'extérieur mais aime marcher. Alors du matin au soir, elle fait les cent pas dans le hall, se précipite pour appuyer sur le bouton d'ouverture de la porte, vous évite d'ouvrir votre boite aux lettres si le facteur n'est pas passé, tout cela en échange de quelques mots pour tromper sa solitude. Et, la canne toujours en alerte, elle rit de notre mouvement de recul.

Comme dans les maisons de retraite, on devrait installer dans nos immeubles, quelques chaises à l'entrée pour distraire nos anciens par l'incessant va et vient des quelques deux cents locataires.

Madame X ..., elle, ne veut surtout pas d'une chaise.

- Ça fait du bien de faire un peu d'exercice.









Textes protégés et déposés
sur le site iPagination








mardi 18 novembre 2014

MARCEL FAURE - MONSIEUR VOS PAPIERS




MISE EN VOIX MARCEL FAURE







Monsieur vos papiers


Monsieur  Vos papiers
Parce qu'il faut bien franchir le seuil de sa porte
Celui de sa ville
Ou d'un état.
Quels bagages
Des mots des mots des mots
Ils sont écrits là dans mon crâne
Plus lourds que les lingots de vos coffres
Plus légers que vos fugues avec bobonne
La mer la mer toujours la mer
Elle vous boira la mer
Et rotera vos corps dans un hôtel poisseux à dix mille balles la nuit
Air conditionné
Bonniches stylées
Fesses moulées dans leurs jupes noires
Le mini bar est vide
Comme votre vie dorure

Et dans ma tête un Ferré goguenard
Chantonne
Poètes vos papiers
Poètes vos papiers
Je suis déjà à quelques années lumières
Me jouant des frontières
C'est con une frontière
C'est uniquement dans la tête des gens
Je ferais ci j'irais là
Chérie n'oublie pas les maillots de bain
Parce que c'est elle qui fait les valises
C'est toujours elle ces tâches ingrates
Et puis se vêtir belle pour mieux se dénuder
Comme si l'amour avait besoin d'artifices
Pour s'exprimer
Pendant ce temps Monsieur transpire du tiroir-caisse
Il fait rentrer la monnaie
Il travaille lui
Il sue le pétrodollar
Pendant que toi
Potiche aux rêves étouffés par la soie …

Allons soyez raisonnable
Vos papiers Monsieur

Ah la raison
Voilà le grand mot lâché
Celui qui justifie votre uniforme
Et toutes vos censures
La déraison est une maladie contagieuse
Elle s'attrape par simple lecture
Méfiez-vous
Je n'ai qu'un poème à vous montrer
Je viens de Poémie
Je vais en Poémie
Pendant ce temps chez vous
Les murs se referment sur la glue des jours
J'aimerais vous parler du soleil
De la grandiose beauté du désert
Des plumes de l'oiseau lyre
De la nudité transparente de l'eau
De la fraîche vitalité du printemps
Et de la musique Monsieur
Oui de la musique
Celle d'une comptine ou celle d'un opéra
Il y en a pour toutes les oreilles
Oui, même les vôtres Monsieur
Même si vous préférez le tagadatsointsoin
Faut bien commencer quelque part

Je pars, je partirai
Ni vos menottes ni vos cellules n'y pourront rien
Nul ne peut me clouer à l'espace
Suivez-moi si vous le pouvez
Adolescent vous aimiez "Les fleurs du mal"
Aujourd'hui de faction et
De facto vous voudriez m'interdire de partir
Mais je ne suis plus là
Je ne suis qu'un mirage de chair
Et vous
Pauvre eunuque de l'esprit
Une illusion que je traverse sans coup férir
Adieu Monsieur

Déjà si loin
Loin de la haine
Cette sorte d'hiver glacé
Je suis dans dix mille ans
Comme chante Ferré qui
Croyez-moi

Est toujours bien vivant



Bloc note poème octobre 2014


Texte protégé et déposé





Léo Ferré - Poète...Vos papiers !