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LA VOIX DE L'ÉCHO

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samedi 11 avril 2015

ANNA LOGON - CHUCHOTER ENCORE À L'OREILLE DES ÉTOILES


BANDE AUDIO ICI



La voix de l'Écho sur un extrait de "Danse lente" de Joseph Jongen (vidéo YouTube en fin de page)




Clore nos yeux bulle au pays secret de nos vertes clairières,
Où la mousse attendrit nos pas, comme une timide adolescente.
S’étendre sous le plafond du monde, envoûtés dans les silences terrestres,
Contempler le soleil étirant à deux mains son rideau d’étoiles.

Dans l’infini trouble des jours, guetter d’impatience nos soirs,
Sertissant tous nuages de couronnes diamant.
S’émerveiller du moindre éclat, luisance d’espérances,
Fouiller l’espace des arcanes, et découvrir la clé.

Égarer nos intimes pensées dans l’interminable cobalt,
Où tout devient permis, tel un royaume sans frontières.
Désirer l’astérie céleste, illuminant le sombre de nos vies.
Le cœur alors rêvasse en volute pailletée, jusqu’à épuisement.

Jusqu’à toujours,
Écorcher le vélin, abandonner à l’aurore des fragments de soi,
Mais chaque nuit,
Chuchoter encore à l’oreille des étoiles.





Anna - 19 Février 2015 ©




Toc toc toc, cliquez sur l'image animée !





Et enfin, ne partez pas sans vous laisser  séduire,
 sur une invitation d'Anna, 
par 
cette "Danse lente" de Joseph Jongen, 







vendredi 13 mars 2015

JEAN-LUC MERCIER - TOURNE BOULE DU PETIT GAFFEUR EN HERBE












Boule brisée - Illustration de Zib



Tourne boule du petit gaffeur en herbe


Boule ballotte
BING, et bascule
BANG
Bouge et se bute
BING, rebondit
BANG
Balle en balade
BING à bâbord
BANG
Ballon qui bât
BING, et se barre
BANG
Butte les bords
BING, se balance,
BANG
Bulle bancale
BING, qui s’ébranle
BANG
Bouge tant bien
BING, et bascule…
BOOM… sur Bruno.
BING-Ô… la bosse !
Le bambin braille
Bilan ? Bisous

Boule brisée
Boule broyée
Bidules bizarres
Brisures…
Balai.





Mais bosses sur Bruno !

Quand tourneboule
Balle, bulle ou ballon,
Ébahit bébé qui babille,
La belle boule qui bringuebale
Bancale se trimballe
Bute bord,
Trébuche et fait bobo…
Banal, banal…
Mais ça fait mal !

Soudain, dans le décor,
Une dinde se dandine
Ding Dong,
Ding Dong,
Ding Dong

La Dondon se dodeline
Rend dingue son dindon,
Le doux Dédé,
Un dandy dodu !

« Ballot ! » balbutie alors le butor
Babillant de son bec bouton d’or
« Dans la dinde le diable dort ! »

« Dis-donc, le héron… dehors ! »
« Dinde n’est pas diable, d’abord ! »
Dénie Dédé.

« D’accord, d’accord ! »
Adieu le butor.

Dédé dandy
Bruno bambin
Boule et dinde,
Bulle et dindon,
Butor et ballon…
Décor bidon !
Bing Bang
Ding Dong
Bing Dong
Ding Bang
Bang Dong
Bing Ding…
Bougrement dong…
Bigrement dingue !




La dinde dodue -  Illustration de Zib





Tous droits réservés

sur textes et illustrations






Publié un vendredi 13 !

 Jour de Tourne Boule !




lundi 5 janvier 2015

ANNA LOGON - LA MALÉDICTION D'AMAËL - VERSION COMPLÈTE

Vous avez raté un épisode ? 

Voici donc...


Quatre volets pour Amaël

 Appelons cela le "Streaming" de l'ÉCHO !


1





 2



3





4





Retrouvez ces héros entourés de bien d'autres tout aussi passionnants sur L'Encrier d'Anna Logon



samedi 3 janvier 2015

ANNA LOGON - LA MALÉDICTION D'AMAËL - 4/4


BANDE AUDIO ICI

Voix de l'Écho sur une adaptation de
Zack Hemsey - Mind Heist Evolution


« La Malédiction d’Amaël » 4/4



4

       Le crépuscule camouflait la poussière s’élevant sur le sentier. De grands flambeaux en chapelet s’avançaient serpentant sûrement. Des trompes précédaient le pieux cortège. Le pas écrasant des chevaux portant noirs cavaliers et tirant lourdes charrettes vibraient dans la combe tremblante. Franchissant les murs d’enceinte, les soldats se redressaient sur leurs montures caparaçonnées aux symboles de la Sainte Inquisition, aux grandes oriflammes portant le sceau solaire flanqué des « IHS » tranchés de la croix épée. Les villageois ne savaient désormais plus quelle colère il leur fallait redouter, celle Galia ou du Grand Inquisiteur ?
       Les soldats encerclèrent aussitôt le placître, enflammant de grandes brasières. En génuflexion, le recteur baisait la main gantée de frère Grégoire. Pour toute prédication générale, il harangua la troupe de saltimbanques :
-        « Il y a un ordre naturel en ce monde, celui de Dieu. Quand je marche dans la vallée de l'ombre de la mort, je ne crains aucun mal, car il est avec moi. C’est la seule vérité. Elle est une et indivisible. Je ne vois ici qu’une meute satanique. Nul besoin de procès. Les démons viennent tout droit de l’Enfer et par le feu ils y retourneront ! »
    De grandes brassées de bois furent disposées autour des roulottes, des barriques d’huile répandues par-dessus. Les villageois restaient tapis, craignant les foudres démoniaques de la sorcière et du monstre. Galia apparue aérienne, lévitant demi-nue dans de rouges voiles, les mains dirigées vers le sol invoquant les Enfers. La repoussante pouilleuse paraissait sous les traits d’une jeunesse ensorceleuse aux yeux d’argent et rouge chevelure. Diaboliquement hypnotisantes, ses courbes langoureuses de succube auraient damné tous les saints. Cette maudite sublimité n’en restait pas moins effrayante :
-        « Je vous implore Esprits et Démons demeurant en quelque partie du monde, de l’orient à l’occident. Je sollicite votre puissance donnée par Lucifer. Sur autorité accordée par l’unique et seul roi, je vous contrains sans faillance ni tromperie de répondre à cet appel. Paraissez sur-le-champ au milieu du pentacle ! Sans crainte ni terreur, sans peur de nos ennemis, que ma colère soit vôtre en cette nuit et pour l’éternité !... »
       Les soldats ne tremblèrent pas. Le brasier dévorait déjà bois et lambeaux de rideaux des plus proches roulottes. Se frottant les mains, frère Grégoire se repaissait d’avance du funeste spectacle, les yeux animés de vengeance. Soudain, un vent en rouge tornade se leva au milieu de l’anneau de feu. Sans répit, les tourbillons s’amplifiaient. Cet ardent chaos fracturait les dalles. Les ténèbres s’ouvraient libérant les puissances invoquées. D’ignobles créatures se dressaient face aux armes : démons fouettant l’air des feux de l’Enfer, diablesses affriandant les soldats, Arioch lui-même surgit dans son incandescente crinière. Le brasier grossissait. Un instant effrayés par ce débordement machiavélique, les divins serviteurs n’écoutèrent que leur courage. Les lances se dressaient avides de justice. Les pieux embrochaient les poitrails. L’odeur du sang, la chaleur de l’acier attisaient ce déferlement bestial. Des flèches d’arquebuses fusaient au milieu du sabbat. Pertuisanes et bardiches tranchaient les membres. Les premières têtes roulaient sur le sol. Les flammes du bûcher, mêlées à celles des enfers, devenaient colossales. Ceux qui n’étaient pas encore morts périrent brûlés vifs. D’autres poussaient d’atroces hurlements. Les candides clowns flandrins dansaient sur les braises en riant. Tancrède s’embrasait devant les restes calcinés d'une roulotte. Mais les démons s’éternisaient dans la fournaise. Tripes et corps démembrés jonchaient la pierre.
      Brusquement, une lumière bleutée déchira la nuit, tel un céleste aiguillon illuminant la plus puissante des mains armées de l’Inquisition. Un paladin, l’ultime bouclier quand tout exorcisme échoue. Galfayar se dressait face à cette vile félonie. La reine des ténèbres, psalmodiant à nouveau son venin, attisait les démons. Ils se regroupèrent en un seul sombre cyclone. Apparut alors le plus cruel des balrogs. Le déchaînement fut titanesque. Les lames mordaient les chairs. Bien et Mal s’affrontaient en foudres surnaturelles. Aucune mémoire d’homme n’avait souvenance d’un tel cataclysme. Le balrog semblait faiblir sous la puissance de Galfayar. La terre et le ciel se défiaient. Puis le balrog reprenait le dessus. En vagues incessantes, nul n’aurait pu prédire un quelconque vainqueur. Des heures de combat... Le dernier bras armé de l’Inquisition s’écroula. Frère Grégoire quittait le narthex où il s’était retranché. Abandonnant cité, recteur et détachement militaire, il grimpait en toute hâte dans son chariot. Des villageois plus braves matèrent son attelage avant les douves. Arraché de sa carriole, frère Grégoire eut la gorge tranchée, la tête hissée sur un pic. Le paladin perclus, un rire inhumain jaillit des lèvres de l’arrogante, fière de sa victoire sur les noirs calotins. Les innocents seraient bientôt à elle !... Oubliant dans sa sanglante libation, Tancrède et les deux clowns calcinés, Diablo évaporé fidèle à sa magie, Calliope le visage transpercé et désormais aveugle, la vieille Endora et Aurora dissimulées dans un caveau éventré, un clown dorénavant triste. Négligeant surtout l’embrasement du tombereau supportant la cage. La cellule en tombant avait fracturé les chaînes. Dans cette tapageuse confusion, Amaël avait disparu sous la lune à son comble... La folie guerrière s’évanouit...
       Sans Amaël, nulle espérance pour Galia d’obtenir désormais son sanglant butin. Se protégeant par d’ultimes maléfices, Galia et ses derniers saltimbanques quittèrent la ville dans les brumes de l’aube. Les villageois demeurèrent cloîtrés jusqu’à leur passage par-delà les hauts murs. Les portes de la ville furent aussitôt solidement barrées. La misérable caravane d’ombres s’éloignait dans ses lueurs verdâtres. Le bruit des roues ferrées du cortège s’atténuait sur les caillasses. Le bois des dernières roulottes craquait plus fortement dans les fondrières du chemin. Tambourins et flûtes ne chantaient plus en virevoltante musique à l’approche des sombres forêts...
       À quatre pattes, dans le silence nécessaire à son funeste forfait, l’animal avait suivi sournois le minable cortège. Galia n’entendit pas ramper la mort insidieuse. Comme né de l’irréel et soudain prenant forme, le fauve avait jailli en une nuée ardente. Tel l’éclair, il la foudroyait sur le dos, d’une patte éperonnant ses lèvres pour faire taire tout nuisible sortilège, des trois autres l’ancrant fermement sur la pierraille de la sente. Le regard de la bête traversait au plus profond les yeux son abject tyran, le transperçant jusqu’aux abîmes de son crâne maléfique. Cette hyène devait affronter sa mort en face. Personne pour lui venir en aide... le reste de la troupe avait fui à la vue du géant. De sa patte droite posée sur le sein surgirent ses lames effroyables. Elles s’enfoncèrent dans le thorax de Galia. Se contractant telles les serres d’un aigle, elles lui arrachèrent le cœur encore battant et tiède... Il possédait l’antidote à sa malédiction. Se redressant alors, il le dévora gloutonnement, laissant les entrailles en offrande au nuage de noirs vautours planant au-dessus du cadavre.
      Des rugissements déchirant la brumasse montèrent de la combe. Soudain, sa gueule se rétracta, crocs et griffes rétrécirent, et sa surpuissante musculature velue se désagrégea. Amaël se tordait prisonnier du supplice infernal. Du tréfonds de son âme, il avait mille fois imploré les cieux pour que survienne le jour béni de cette suprême mutation. Aujourd’hui, il la redoutait, craignant de n’en sortir vivant. Son crâne lui semblait imploser, son corps se fragmenter. Il étouffait la poitrine comprimée. Il ressentait le moindre de ses os et la moindre de ses tripes, comme s’ils se broyaient. Amaël s’affranchissait dans d’atroces souffrances.
     Le paladin gravement blessé, inanimé, fut laissé pour mort. À la fin du déluge, reprenant ses esprits, il s’était traîné suivant les traces de cette rouge infamie faite femme. Se protégeant des sous-bois, il avait tout vu du carnage, témoin silencieux de la déchéance macabre de Galia. Il avait tout entendu des hurlements de l’agonie jonchant les pierres et les champs. Pourtant, il s’était tu, attendant l’instant salutaire. À la nuit tombée, Amaël gisait sur le sol, anéanti. Alors Galfayar se rua sur lui, l’embrochant d’un seul geste, enfouissant telle la foudre sa lame en plein cœur. Homme impuissant, perclus, dénudé d’hostilité, au bout de ses forces et de son âme, Amaël expira son dernier désir.

       « Enfin libre, éternellement... ».
Fin



Anna – 31 Octobre 2013 © 


Texte protégé et déposé
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lundi 29 décembre 2014

ANNA LOGON - LA MALÉDICTION D'AMAËL - 2/4

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Voix de l'Écho sur une adaptation de Nox Arcana - Once Upon a Nightmare








« La Malédiction d’Amaël » 2/4

2
      Au crépuscule naissant dessus la plaine, une étrange caravane d’ombres s’approche dans des lueurs verdâtres. Le bruit des roues ferrées du cortège s’enfle sur les caillasses. Le bois des sombres roulottes craque dans les dévers du chemin. En guise de rideaux, des lambeaux de tissus ondoient dans les brumes. Les sons de tambourins et de flûtes virevoltent en envoûtante musique, déjà elle lèche les hauts murs de la ville. Les gardes laissent passer ces saltimbanques miséreux.
          La rumeur précède l’arrivée du cirque. Il s’annonce tel un serpent se faufilant dans les étroites ruelles où le soleil lui-même n’ose pénétrer. Des grondements plus troublants s’exhalent du sinistre cortège. À l’arrière fermant la marche, une grande cage cadenassée de lourdes chaînes sous d’épais velours est fixée au tombereau par d’énormes cordages. Des grognements sauvages montent de la cellule. Les premières festives espérances s’escamotent. Un sentiment d’étrange menace s’exsude des murailles. Une gangue noirâtre suinte enveloppant chaque pierre au passage du mystérieux convoi. La parade du cauchemar se referme sur elle-même en cercle sur le placître. À la tombée de la nuit, d’effroyables mugissements s’élèvent en face à face dissonant avec l’église dressée en silencieuse prière.
          Dès le matin, quelques enfants curieux ne peuvent résister à la tentation. Frôlant dans l’allée la cage couverte, les innocents tentent d’apercevoir la recluse monstruosité exclue de la divine bonté. À leur odeur, la cage se secoue violemment. Soudain, d’entre les rideaux surgit un énorme bras d’homme couvert de cicatrices, aux ongles longs comme des griffes à quelques centimètres de la gorge d’un enfant.
« Passez plus près et deviendrez son repas du soir. La bête a faim ! » lance Galia, sortant d’entre les roulottes, aux apeurés qui s’enfuient autant à la vue de la vieille pouilleuse que des griffes du monstre.
          Avant les clarines de la Sexte, la troupe est en place pour l’unique représentation. Dans une guérite envoilée de poussières d’étoiles, mi-gitane mi-sorcière Endora écarte pour un sou l’éventail des arcanes : « Le chemin du destin est sombre, une tempête maléfique s’annonce... Pour deux sous de plus, je vous livre la potion en puissant antidote » montrant la fiole remplie d’un liquide bleu allongée à l’intérieur d’un cercueil miniature. À l’entrée du chapiteau, en appui sur son unique jambe, Tancrède laisse pénétrer les visiteurs pour trois sous. À l’intérieur, la borgne Calliope joue du tambourin en dansant sur un filin d’acier. Au-dessous d’elle, deux clowns flandrins jonglent maladroitement avec des crânes, un troisième les accompagne frappant le cuir d’un tambour avec des os humains. Plus loin, le Maître du feu lance ses dagues acérées vers Aurora aux poignets et chevilles liés à une grande roue tournant de plus en plus vite. Diablo élève vers le ciel sa première lame qui s’enflamme aux mots étranges « Clomest vran fijud ! ». Les poignards de feu s’envolent vers la belle captive, le premier se plante à côté de sa gorge, le deuxième frôle son sein... La foule envoûtée applaudit. Tout s’accélère... À la dernière lame plantée, la roue s’embrase dans les feux de l’enfer, Diablo disparaît dans un rire satanique. La foule hurle... Les flammes cessent pour dévoiler un squelette calciné attaché à la cible. Âcre, l’odeur carbonée prenait les curieux à la gorge, certains se couvrant d’un linge la bouche et le nez, des femmes tombaient en pâmoison... Seul Diablo réapparaît plus loin dans un éclat de foudre.
          Déjà, les spectateurs s’écartent... Galia et Tancrède amènent le tombereau à la cage de velours rubescent. Les atroces grognements font vibrer les toiles du chapiteau. D’un geste magistral, Galia dévoile « La Bête »... Tous retiennent leur souffle. Un corps d’homme à la sculpturale musculature se recroqueville, ses mains immenses cramponnent les barreaux. Murmurant d’indicibles paroles, Galia lui tend un cœur sanguinolent encore battant et tiède. La bête affamée s’en empare et le dévore d’un seul coup de mâchoire. Soudain dans un terrifique hurlement, l’homme se transforme dans d’horribles douleurs. Un sombre pelage couvre progressivement son corps, des griffes redoutables sortent de ses doigts, son nez laisse place à la gueule dégoulinante de bave et de sang d’un féroce loup-garou aux yeux citrine. La foule s’enfuit telle une soudaine tornade, braillant d’avoir vu Satan en personne. Les plus effrayés piétinaient dans ce débordement de panique ceux évanouis sur le sol. Gardes et recteur furent appelés sur-le-champ pour chasser les maudits et exorciser la place. Mais Galia leur fait front :
« Vous ne pouvez rien sans notre volonté, nos sortilèges sont plus puissants que toutes vos litanies. Hasardez-vous mes seigneurs et je lâcherai la bête dans vos rues ».
« Si vous restez, c’est le grand inquisiteur qui vous brûlera ! » dit le recteur s’avançant, confiant dans sa croix levée.
« Faites-nous don de cinq de vos plus jeunes fils, et nous partirons... »
       Ainsi Galia avait compris l’infortune d’Amaël. Elle avait soigné le pauvre hère et mis dans une cage solide. La sorcière avait fini son ouvrage par quelques maléfiques envoûtements. Même sous des nuits sans lune Amaël devenait loup. Peaufinant sa sorcellerie, affamant la bête, Galia lui offrait des cœurs de jeunes garçons encore battants et tièdes dans de mystérieuses incantations. Alors les mutations se réalisaient au soleil de midi. Elle le transformait selon sa volonté le condamnant désormais pour l’éternité. Durant les courtes rémissions, Amaël pensait que la mort sous les griffes d’Yorik eut été plus douce.

       Galia attendait son écot, « C’est peu payé pour la liberté d’une ville » clamait-elle...
.../...



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samedi 27 décembre 2014

ANNA LOGON - LA MALÉDICTION D'AMAËL - 1/4

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Voix de l'Écho sur une adaptation de Nox Arcana : Night of the wolf











« La Malédiction d’Amaël » 1/4

Des profondeurs d’un si loin-temps qu’aucun n’aurait pu en donner un quelconque millésime, à l’âge des créatures maléfiques brûlant de sécheresse les cultures, noircissant les récoltes, essaimant peste et choléra, de féroces angoisses envahissaient les esprits chrétiens, attisées par les seigneurs de l’Inquisition...

1

       Dans les profondes forêts de Waarkrovie, les hauts troncs se blottissent les uns contre les autres et les vents de Calcias y faufilent leurs voix lugubres, tels les gémissements d’obscures présences fouinant l’opacité. Le froid transperce les couennes, les brumes glacent tout sang humain osant y pénétrer. Les ombres ramières reines d’illusions nourrissent les peurs les plus oppressantes. Les parchemins interdits de théogonie faisaient de Waarkrovie un lieu de chaos, ultime refuge des esprits déchus.
       Solides gaillards aux bras puissants, au torse architectural, Amaël et ses quatre compagnons bucherons ne craignent ni râles envoûtants de Malhazard Fossoyeur des Ténèbres ni démons griffus ou volants. Ils se sont enfoncés dans les noires futaies, là où les arbres sont les plus vigoureux. Ils tireront un bon prix de leur labeur. Voilà deux jours qu’ils taillent avec force, étêtent les cimes, dégagent les branchages, les dépècent de leur terne écorce. Leur unique tracas se réduit aux traces d’urine et aux empreintes dans la neige d’une meute de loups aperçue la veille par Matifas. Les hommes étaient à la lisière de leur territoire. Giboin assurait qu’ils n’attaquaient pas l’homme, mais tous restaient sur leur garde. Lequel d’entre eux aurait pu jurer du fond de son âme l’absence de tout enchantement ? Chaque soir, un grand feu veillait sur le campement. Au matin, à nouveau herminettes et merlins portaient l’estocade sur les coins, les troncs s’affalaient dans de bruyants grondements. Deux chevaux tiraient les bois cerclés de lourdes chaînes. Il leur restait dix jours pour achever d’abattre la parcelle, et assurer une bonne bourse aux cinq foyers.
       Au troisième matin, Albaud avait disparu. Aucun cri, aucun hennissement, aucun vestige de lutte. Rien... Il s’était évanoui comme on souffle une bougie... Seul un sillon de sang présageait d’un sort funeste, réveillant d’archaïques terreurs où la croyance redevient loi. Ils l’appelèrent en vain... Giboin découvrit près des billes de bois une main et un morceau d’un bras figé dans la neige carminée, les doigts resserrés sur une tourne-bille. Il se pencha, la griffe était ensanglantée. Les compagnons cherchèrent aux alentours le reste du corps. C’était inutile, les traces s’arrêtaient là. Les regards inquiets se heurtaient en silence. Les loups menaçaient... Il fallait terminer et rentrer au plus vite.
       Seuls les coups de hache et les troncs qui se déchirent résonnaient dans la forêt. Flanqué d’une trompe taillée dans la corne d’un bouc, Fleuret faisait le guet assis sur une haute branche. Avec le couchant, les lumières se distendaient peuplant la forêt d’obscures chimères. Pendant deux nuits, le sommeil resta inaccessible. Les premières lueurs d'une aube si pâle leur brûlaient les yeux, les manches se faisaient plus lourds...
       Giboin s’était évaporé avant le sixième crépuscule dans un silence toujours mystérieux. Matifas trouva les carcasses de deux chevaux morts, un autre plus loin encore vivant la panse éviscérée. Matifas dut l’achever, lui pourfendant le crâne d’un coup de hache, laissant jaillir quelques morceaux de cervelle. Il fallait tout enterrer afin de n’attirer aucune férocité malveillante aux abords du campement. Si cela ne pouvait être l’œuvre des loups, quel sortilège tissait le cruel et l'invisible ? Quelles créatures démoniaques à la solde de Malhazard pouvaient disparaître en un éclair après cet infernal forfait ? Amaël décida que ce jour serait le dernier, aucun écu d’or ne méritait la mort d’un compagnon. Demain matin, ils partiraient de cette terre maudite, abandonnée du Divin. Dans une dernière hargne, les bras se firent plus meurtriers sur les troncs.
       À la tombée du jour, la faim avait poussé la meute attirée par l’odeur du sang et des putrides humeurs infiltrés dans la neige. La horde s’était approchée, tapie dans le sous-bois, attendant l’heure propice. Les hommes assis sur une pierre se réchauffaient d’une écuelle de pain trempé dans un infâme bouillon. À la lueur du brasier, leurs yeux épiaient l’ombre vacillante au-dessus de la flambée, les oreilles en alerte à chaque craquement. Ce répit fut leur dernier. Malgré la veille des hommes, les loups se jetèrent à la vitesse d’une flèche, plantant leurs gueules dans les chairs. Fleuret fut pris par surprise, entre deux monstres lui dévorant déjà le flanc, l’autre la gorge. Il fut condamné sans le temps d’esquisser le moindre geste de défense. Ses égorgeurs rejoignaient les autres dans leurs charges fatales. Matifas réussit à se dégager. Saisissant une sapie il fit front, croc contre crocs. Poussant de rauques hurlements, il les éloignait fouettant l’air de son crampon avec force. Il en tua deux, mais les fauves bondissaient vers lui en vagues incessantes. L’assaut des dents toujours plus sanguinaire que le dernier. Leurs gueules puissantes eurent le dernier mot, arrachant la moitié du visage de Matifas et lui vidant les tripes. Il n’en restait qu’un...
       Amaël affronta courageusement la meute, un par un, plantant crochets de tourne-bille, fendant les têtes et ouvrant les ventres à coups de hache. Une à une les bêtes maudites l’avaient meurtri. La lutte fut âpre, mais l’homme avait vaincu ces damnées. Chancelant, Amaël s’était réfugié près du feu, pansant ses bras en lambeaux de bandage de tissu arraché aux chemises de ses compagnons d’infortune. Il attendrait le jour pour fuir, surveillant les alentours recouverts de sang et de fragments de corps. La nuit n’en finissait pas sous l’astre ambré.
       Soudain, il apparut... Yorik, le Saigneur Pourpre du néant, le plus fort et le plus puissant loup qu’il n’avait jamais vu, telle une montagne de muscles. Jusqu’alors, Amaël croyait que ce thérien des steppes, solitaire, à la tête massive, au terrible poitrail n’était qu’une légende. Il se dressait bien là, devant lui haussé sur ses pattes arrière, debout comme un homme. Yorik s’approchait les crocs scintillants sous des babines d’écume. Plus les lunes passaient plus le fauve se renforçait de monstruosité. Amaël se releva, et lança l’assaut le premier. Aucun ne pourrait dire qu’il fût mort sans combattre... La bête surprise réagit en un éclair lacérant le torse d’Amaël de ses griffes aiguisées telles des lames, lui arrachant en un geste quartier de viande et rugissements de douleur. L’affrontement était rude, mais pas perdu d’avance. À force de courage et d’une hargne devenue sauvage, Amaël devenait plus féroce que le fauve. La lune n’était pas encore à son solstice d’hiver qu’Yorik faisait face à Amaël avec toute sa puissance. Bientôt, la lune serait au plus proche de la terre, et rien ni personne ne pourrait arrêter cette créature satanique. Seul celui qui avait un cœur pur pouvait tuer Yorik.
       Amaël ne se battait plus pour sa vie, il voulait tuer la bête les yeux dans les yeux. L’odeur du sang amplifiait sa fureur, comme si, déjà, toute humanité le quittait. Les cœurs d’Yorik et d’Amaël étaient emplis d'une même barbarie. Au matin, Yorik avait fui pour moitié mort, laissant Amaël la gorge à demi ouverte, ses plaies du corps béantes. Il s’était longtemps traîné, rampant dans les broussailles pour sortir de l'enfer. À bout de forces, avait fini dans le fossé du chemin.

       Une caravane était passée, Galia l’avait ramassé...
.../...



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dimanche 7 décembre 2014

STÉPHAN MARY/LE ZÈBRE - LA COMPLEXITÉ AMOUREUSE










Regards - Montage personnel de Stéphan Mary/Le Zèbre





La complexité amoureuse


Point de vue d'un enfant


La complexité amoureuse s’étale à perte de vue sous mes yeux, encastrée dans une forêt d’idées dont l’écorce diffère d’un arbre à l’autre.

L'enfant finit son devoir par ces quelques mots mais il appréhende que quelqu'un comprenne la chose. C'est délibérément qu'il ouvre le capuchon du stylo, saisit la recharge et appuie de toutes ses forces pour que l'encre vienne ternir le sens de ces quelques mots. Il commence par tacher dans une forêt d'idées. On lui demande d'être comme les autres, il faut nécessairement qu'il ne mette pas en avant son imagination un peu délirante. Il s'arrête un instant sur sa phrase "La complexité amoureuse s’étale à perte de vue sous mes yeux, encastrée, dont l’écorce diffère d’un arbre à l’autre". Il n’est pas convaincu, son texte reste intelligible. Il fait un trait épais sur encastrée dont l'écorce diffère puis relit "La complexité amoureuse s’étale à perte de vue sous mes yeux d’un arbre à l’autre». Cela est encore compréhensible par les adultes qui doivent le juger. Il ne faut pas que ces gens là pénètrent son secret. En conséquence de quoi, il doit encore amputer et décide de rayer s'étale à perte de vue. Sa phrase devient donc "La complexité amoureuse sous mes yeux d’un arbre à l’autre". Mais il suffit que l'adulte mette une ponctuation dans ce petit bout de texte et cela va redonner un sens. Très bien se dit l'enfant, dans ce cas là je vais noircir les mots sous mes yeux ainsi ce qui donne "La complexité amoureuse d’un arbre à l’autre". Très déçu l'enfant rageur élimine ce qui le touche de près et broie d'un arbre à l'autre. Ne reste plus que La complexité amoureuse.

Il regarde longuement ces trois mots, pense à ses parents en plein divorce qui se déchirent violemment pour avoir sa garde. La complexité amoureuse ! L'instit va lui mettre zéro, une rédaction en trois mots équivaut à la tête à Toto. Il attrape alors tous les mots, les met dans sa main et secoue le tout. Il en ressort ce que personne ne comprendra jamais :

D'un arbre à l'autre diffère la complexité encastrée dans une forêt d'idées dont l'écorce amoureuse s'étale sous mes yeux à perte de vue.

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vendredi 26 septembre 2014

LOŸS PÉTILLOT - XI B







STALAG - ARTISTE PEINTRE LOŸS PÉTILLOT





"Onze B. 
C'est le nom du stalag où un tout jeune homme a passé cinq ans barbelés en Allemagne, loin des siens, ,entre 1939 et 1944. Ce poème, écrit en ces temps difficiles, portait son espoir. Il nous est transmis par sa fille, Joëlle Pétillot. "






XI B


Ils surgirent tout d'un coup
après le pain d'épices
en passant par le vasistas
(l'habitude des portillons automatiques)

Ce fut d'abord un vélophage de la Garennes-Colombes
qui humait l'Auto avec un tarin à piquer des gauffres
un vrai museau de resquilleur
Il atterrit, les pieds dans le plat,
(le vieux plat qui n'a qu'une oreille
et où mourait doucement une pomme de terre
chaque jour renaissante)
Un gentil zéphyr d'avant-guerre
l'avait raflé au métro St Lazare
alors qu'il sortait par l'entrée
pour attraper le midi vingt-trois.

Nous le serrions sur notre coeur
notre coeur poussiéreux
gros de larmes de quatre ans
quand il s'écria :
"poussez pas !"


Un petit vieillard
serrant d'une manche prudente
une serviette fatiguée
le téléscopait par derrière
Il s'excusa vaguement
le saluant d'un melon myope
et partit
d'un pas menu et circonflexe
de professeur de mathématiques
tourner autour du poêle
qu'il prenait pour une vespasienne

"De la belle !de la belle ! rien que de la belle !
eraillait une voix de vin blanc-citron
C'était la marchande de laitues.
Le corsage blanc étalé sur son commerce,
elle ombrait le trottoir de la rue Lepic
d'une jupe en cloche
Un accroche-coeur bien ciré
posait sur son front
un point d'interrogation castillan
Une grosse bulle d'indifférence
où se reflétaient les arches du Palais Royal
enfermait une sarrigue séculaire
tâtant dune main de momie
la liste des lots non réclamés
qui passait la tête par la poche de son ventre
Sémaphore aux armes de Lutèce
double comète argentée,
l'agent Leclerc
stoppait d'un trille impérieux
une cohorte de scarabés ronflant
se flairant le croupion
se tâtant du pare-choc
La Simca, poisson pilote
collait au ventre du Madeleine-Bastille
requin vert au nez de bull-dog.
Le cabriolet deux cent un louchait de ses yeux jaunes
sur une matrone-panhard
en robe de mariée
tirant ses jupes sur des pieds ballons
Un éphèbe casqué de gomina
contenait, d'un discret gant de pécari,
une mercédès écarlate ;
elle rotait à petits ronrons
par un oesophage annelé
lui traversant six fois
un nez en ciseau à froid.

Un insecte équilibriste à thorax de laine
sinuant comme un toréro,
se bloquait des deux roues
devant une ligne de champignons blancs.
Il repartit, à l'arraché,
pour essaimer la "sixième"
dans des séchoirs
où des dames mangées d'ombre
pendaient une presse cosmopolite
avec des pinces à linge.
Un Noir de la place Blanche
corps de flanelle grise
glissant sur des fuseaux crevettes
 

arborait une petite tête de Prosper brûlé
coiffée d'épinards.
Une fille aux lèvres impossibles
promenait un incendie d'Oréal
à travers des vieillards truqués
et des sauterelles asexuées
sorties du fashionable;
elle fendait la foule d'un sein cônique,
comme une figure de proue.

Derrière un bouquet de coucous
un cocu à carreaux
montait un tandem aluminium
 
gréé d'une poupée aux cuisses de café crème
(Toto de Billancourt
qui la filait depuis Fontainebleau
avait découvert ce jour là
qu'il y avait des biches au bois)


Un Potawe au golf courait la gueuse,
Yves le Boulanger la soulevait
entre le pouce et l'index
le front frangé comme un bébé japonais
et le clairon au poing gauche
Un Jules à la sauvette sortait d'un pébroque subtil
des thunes de cravates
(Allez la p'tite dame, rien que d'la qualité !)


Le zouave de l'Alma
attendait d'un pied immuable
le prochain raz de marée...

Une péniche bicolore
à contre-courant
exhalait une âme de mazout
 
en forme de pneu...

Un télégraphiste illuminé
essayait de capturer une ablette
entre Bercy et le viaduc d'Auteuil...



Les bouquins séchaient
dans des boites incolores,
qui faisaient la queue
sur le parapet...

Notre Dame s'envolait
sur un nuage de pigeons



"Je vais chercher le jus"
Dit l'homme de vaisselle,
d'un oeil humide


Fallingbostel
Mars 43
 



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samedi 6 septembre 2014

LOUYSE LARIE - À L'OMBRE DU PONT




MISE EN VOIX ZIBELYNE




                     

LE PONT - Aquarelle de l'artiste peintre Louyse Larie




À L'OMBRE DU PONT


Sur le pont de la nacelle,
J'ai franchi toutes les portes
Du consumérisme infernal !  Le monde
 Avec voracité  ai-je englouti,
Croyant de la fortune installée sources acquises
Et d'œillères me protéger de l'impossible !
 De L'obsolescence programmée,
J'ai tissé ma toile sur le jour aveugle,
Sans fondements humanitaires,
Ne faire rien qui dure,
Plutôt que bases en fortifier !
C'est ainsi que lendemain ne s'effondre du leurre
Et que l'on fabrique l'étranger de soi-même  !

Sous le pont de la nuit,
Je n'eus d'autre raison
Que du refuge, m'y nicher !
Nouvelle demeure,
J'ai du bâtir à la hâte sans toi,
Non pas que m'éloigner, était-ce mon désir
Mais ton  poignant départ survenu,
Dès lors que le monde me frappât
De son cruel abandon !
Souffrances les plus désastreuses,
Ai-je tenté d'ensevelir
Comme si le tapis du silence
M'eut prêté la délivrance  !

De ma lucarne en carton,
J'ai vu s'installer le spectre de la nuit
Contraint au prix d'une cohabitation fortuite,
Ai-je du lui concéder  !
Tandis qu'à l'ombre du pont
Et ce dernier me léguant sa toiture humide,
Il se profilait  l'arc-en-ciel ,  je me suis blotti
Sur l'armature de ses courbes !
C'est vrai qu'il y plût beaucoup
Dans mon cœur, mais il y avait toujours une étoile
Qui s'empressait de le réchauffer de sa promesse,
Reine Lune semblait cependant beaucoup plus humaine
Que ce que ne l'était le soleil  torturé !





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