Le mot du jour

Qui suis-je?


LA VOIX DE L'ÉCHO

POUR LE PLAISIR DE TOUS: AUTEURS, LECTEURS, AUDITEURS...
Affichage des articles dont le libellé est - SOUVENIRS. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est - SOUVENIRS. Afficher tous les articles

lundi 1 juin 2015

DURANDAL - LA MER














LA MER 


Enfant déjà, je passais mes vacances sur cette plage. Mes parents louaient un appartement sur le front de mer. Ma tante disposait d’un appartement à l’année pour y emmener mes cousins. Nous adorions construire des châteaux de sable et défier la marée. À plusieurs, nous ne doutions pas de nos forces pour affronter l’océan. Nous regardions nos cerfs-volants tournoyer dans le ciel. Tous les jours sur la digue, les caravanes publicitaires d’entreprises vantaient la qualité de leurs produits et animaient le front de mer. Nous participions à ces concours, des questions-réponses, exercices divers : courses en sacs et autres tirs à la corde. Nous n’arrêtions jamais, entre les bains de mer, la balle au prisonnier, le jokari... La fille unique de notre voisine du dessus jouait souvent avec nous. Ce que je préférais, c’était les châteaux de sable, je faisais des rampes pour y laisser rouler mes billes...

Nous revenions à l’heure du repas coiffés des casquettes à l’effigie des marques, bonbons et autres stylos en poches… Le soir, nous retournions sur la digue et la parcourions en tous sens, pas encore fatigués d’avoir trop couru. Toujours occupés, battus par le vent, nous explorions les dunes lorsque nous étions fatigués des bains de mer.

Ce que j’aimais, c’était la pêche aux crevettes. Équipés d’une épuisette et d’un seau, nous raclions les bâches emplies d’eau que la mer oubliait derrière elle à marée basse. Les parents nous laissaient vivre sur la plage, nous nous surveillions mutuellement. Ils nous donnaient un paquet de ChocoBn pour le goûter, c’était le bonheur. J’étais le plus jeune et peut-être le plus rêveur. Le nord, le sud ne signifiaient pas grand-chose pour moi.

Un jour d’été, je poussai mon épuisette à côté de Lise. Peu attentifs à ce qui se passait autour de nous, nous marchions les pieds dans l’eau, uniquement préoccupés à remplir nos seaux. Elle attrapait moins de crevettes que moi, aussi je remplissais son seau pour que nous finissions plus vite. Rejoindre notre immeuble s’avéra plus compliqué que la pêche aux crevettes car la côte belge à ceci de particulier, c’est que, sur des kilomètres, les immeubles se ressemblent et forment un front de mer uniforme. Et comble d’horreur pour les enfants perdus, les postes de secours des différentes stations ont été bâtis par le même architecte et selon le même plan. Lise m’expliqua qu’elle habitait à Bruxelles, cette ville dont l’emblème est un Manneken Pis. Nous échouâmes au poste de police. À un policier flamand qui voulait nous secourir et nous demandait où nous habitions, je ne sus répondre que « Chez Tante Thérèse ». Cette année-là, elle m’avait invité pour les vacances de Pâques.

Un jour, je m’amusai tout seul sur un brise-lame. Ma tante m’aperçut juste avant qu’une vague plus forte que les autres ne balaie l’éperon rocheux. Elle poussa un cri et vola à mon secours. Elle eut tellement peur qu’elle me gratifia d’une gifle dont elle se souvint encore des années plus tard. Je devais être occupé dans un autre monde parce que je ne m’en souviens pas.

Je n’avais pas de frère, alors pendant ces vacances, un de mes cousins plus âgés en faisait office. Il n’était pas Dieu mais au moins Neptune. J’aimais le suivre dans ses aventures, il posait des lignes de fond le soir à marée basse et les relevait le lendemain ; il vivait au rythme des marées. Rien ne l’arrêtait, il prenait ses poissons à pleines mains dans un grand éclat de rire devant les mines dégoûtées de mes cousines. S’il avait été magicien, il ne m’aurait pas davantage impressionné. Je me souviens l’avoir plusieurs fois accompagné pêcher au carrelet dans un port un peu plus au nord. Nous prenions le tramway qui longeait la côte pour rejoindre les pontons. Ce jour-là, mon cousin avait pêché des anguilles. Pendant qu’il relevait ses filets, j’arpentais la plage en poussant mon épuisette et mon seau empli de crevettes. Nous sommes rentrés en tramway avec notre attirail et le produit de notre pêche. Malheureusement pour moi, mon seau s’est renversé dans le tramway et mes crevettes firent leur dernier trajet entre les pieds des voyageurs. J’étais bien triste de ramener chez moi mon seau vide. Mon cousin crut bien faire en donnant à ma mère des anguilles. Elle ne savait que faire de ces monstres vivants mais mon cousin ne s’arrêtait pas à ces détails. Il attrapa un serpent et lui claqua plusieurs fois la tête sur l’évier. Le sang gicla dans toute la pièce, Pollock n’aurait pas renié un tel dripping réalisé sur les murs mais il n’était du goût de ma mère. Je me souviens de son cri et du rire gargantuesque de mon cousin. « Ne t’inquiète pas, je vais tout nettoyer », lança-t-il en attrapant une éponge. Une giclée de sang ne l’impressionnait pas. La scène reste inscrite en ma mémoire comme si elle datait d’hier.


Mais tout cela est révolu. Mes cousins ont déménagé. J’ai longtemps accompagné ma mère sur la mer du Nord, ma sœur préférait emmener ses enfants s’ennuyer sur les plages exiguës et suffocantes de la Méditerranée. Je retrouvais Lise qui assistait sa mère. Nous restâmes voisins pendant des dizaines d’années, fidèles aux vents du Nord. Nous laissions parfois nos mères seules pendant que nous marchions les pieds dans l’eau. Nous prolongions nos discussions d’enfants à la terrasse d’une brasserie où nous mangions des fruits de mer. Je pêche toujours des crevettes, j’en apporte à Lise. J’adore quand elle prépare ces beignets aux crevettes. Nous les dégustions parfois avec nos mères. Je ne connais rien de meilleur que de manger ces fritures après une longue balade les pieds dans l’eau froide de la mer du Nord. Nos mères nous ont quittés, nous sommes orphelins. Lise loue toujours l’appartement du dessus. Parfois, nous allons, le soir, manger une gaufre sur la digue.


L’année dernière, Lise me proposa de nous retrouver sur une plage en Espagne. Je ne comprends pas bien ce que nous irions chercher là-bas quand nous avons tout ce qu’il nous faut ici, nos souvenirs, nos habitudes… Trouverions-nous seulement des gaufres liégeoises sur la Costa Brava ? Ici les gens nous connaissent. J’arpente la plage en tous sens avec mon seau et lorsque je rencontre un enfant égaré qui pleure en tirant son épuisette, je le reconduis chez lui. Je garde toujours mon paquet de ChocBn dans la poche pour le consoler. Cela doit rassurer les parents de savoir que je veille sur leurs bouts de choux. Quand il pleut, la plage est désertée, alors je mets mon chapeau et je vais pêcher au carrelet. Je me demande si Lise reviendra l’été prochain. J’adore ses beignets aux crevettes…



Tous droits réservés


* L'image : Encore plus ancien que l'époque évoquée dans ce texte de Durandal, mais le lien sous la photo mérite vos visites, foi de Tippi !



Belle occasion de partir en vacances ! Merci Durandal, ce texte tombe à pic ! 


Bel été à tous et soyez heureux ! Profitez bien !

Bien sûr, le vent soufflera bien quelques échos par-ci, par-là ! 




mercredi 1 avril 2015

DURANDAL - LE KALÉIDOSCOPE













LE KALÉIDOSCOPE



Sur la devanture du magasin de ma mère, les passants pouvaient lire en lettres capitales : Jeux pour Salons, Cercles et Cafés. La boutique plus que centenaire servait de point de repère sur le boulevard. Ma mère y vendait toutes sortes de jeu de société, de jeux de cartes, de beaux jeux en bois… Des chariots, des chevaux à bascules voisinaient les échiquiers en bois précieux et les figurines en ivoire. Elle suivit l’évolution du marché et sur les conseils d’un représentant, elle monta un rayon de farces et attrapes.


Elle vendait aussi des kaléidoscopes un peu particuliers. Ils se présentaient sous forme d’un tube dans lequel des formes colorées et géométriques apparaissaient au fur et à mesure que l’on tournait l’appareil. L’orifice obscur devant lequel il fallait placer son œil supportait une feutrine noire. Le spectacle offert par ce tube magique valait le coup d’œil mais ce n’était rien en comparaison du spectacle qu’offrait le client après avoir reposé l’appareil : un cerne noir du diamètre du tube entourait son œil pour le plus grand plaisir des personnes présentes dans le magasin. Le client était le seul à ne pas voir le rond noir sur son visage et il se demandait pourquoi tout le monde riait autour de lui. Ma mère lui conseillait de se regarder dans les miroirs placés au fond de l’étagère. L’effet du kaléidoscope saisissait les plus flegmatiques. Ils lançaient un « Oh ! » dans le magasin. Ma mère arrivait à garder son sang-froid pour ne pas rire. Elle souriait et tendait un mouchoir au client qui riait de bon cœur en songeant aux prochaines victimes de la farce qu’il jouerait chez lui s’il achetait l’objet qui offrait ce spectacle merveilleux. Ma mère conseillait aux acheteurs de frotter le bord de la feutrine contre un bouchon de liège brûlé pour obtenir l’effet escompté.

Ce que je fis, lorsque le premier avril, j’apportai ce tube à merveilles à l’école. Ce jour-là, nous avions une interro de maths sur les repères orthonormés. Je laissais le tube magique sur mon bureau. Le professeur, en blouse blanche, écrivit l’énoncé de l’exercice sur le tableau noir. Nous nous concentrions sur nos copies au bruit des règles et des stylos que nous manipulions pour tracer les axes x et y. Notre professeur passa dans les rangs comme il le faisait à son habitude. Je m’apprêtais à dessiner un cercle lorsque je sentis sa présence à mes côtés. Il saisit l’objet, je levai le nez. Il ne me demanda pas d’explication et regarda à travers l’orifice. Il trompa son ennui quelques minutes, il s’en mit plein les yeux. Il observa l’ingénieux mécanisme de l’appareil. Il le reposa sur mon bureau et me sourit pour me remercier du spectacle. Un beau cercle noir entourait son œil. Je m’efforçai de ne pas rire, comme ma mère savait si bien le faire.


Mais quand il retourna à son bureau sur l’estrade, tous mes camarades éclatèrent de rire. Le pauvre homme vécut un grand moment de solitude. Moi, je me cachai derrière le dos de mon voisin de devant, je rentrai les épaules, je craignais qu’une main géante m’extirpe de mon siège. Un de mes amis eut la bonne idée de crier « Poisson d’Avril » et les rires redoublèrent. Notre professeur ne comprit pas la cause de l’hilarité générale. Je me souviendrai longtemps de son regard qui, je ne sais pourquoi, ressemblait à celui de mon poisson rouge. Le prof restait calme, il souriait ahuri et décoré de son étrange monocle. Il cherchait en vain ce qui dans sa tenue prêtait à rire, il redoutait le pire. Ce fut une élève du premier rang qui lui indiqua que son œil portait un cercle noir. Il prit son mouchoir, se frotta et constata les dégâts. La cloche sonna, je m’enfuis de la classe mais au moment de franchir la porte, j’entendis mon nom prononcé. Je revins sur mes pas et me dirigeai vers l’estrade comme un condamné vers l’échafaud.

Nous restâmes tous les deux dans la salle de classe. Il me demanda de sortir le kaléidoscope. Sais-tu comment fonctionne cet engin, me demanda-t-il ? Non, avouai-je ! Il passa le doigt sur la collerette noire et quand il vit la suie sur sa peau, il comprit le vilain tour que je lui avais joué. Tu vas étudier cet appareil, tu distingueras les axes, des centres de symétrie des rosaces qu’il présente et lundi, tu nous feras un exposé sur le résultat de tes recherches. Il jouait les grands seigneurs, il ne me collait pas, il préférait me torturer.


Et le lundi, sur l’estrade, j’essayai d’expliquer tant bien que mal le jeu de miroirs de l’appareil. Le prof vint à mon secours. Au cours suivant, il me soumit devant la classe à une série d’exercices concoctés par ses soins et il nous donna un devoir non surveillé (dns) sur un secteur du kaléidoscope. Par un fait exprès, les axes et les centres de symétrie collaient parfaitement à notre programme. Mes camarades de classe me bénirent ! Quand le mode de formation des images kaléidoscopiques fut éclairci, il me demanda de dessiner une rosace entière et de la colorer. Je passai un temps fou à repérer les endroits où poser les couleurs justes. Au bout d’un moment je saisis la technique, je faisais tourner ma feuille afin de repérer plus vite les endroits où poser les bons coloris. J’exhibai mon travail devant toute la classe, un oh d’admiration envahit la salle. Le prof me demanda s’il pouvait conserver ma rosace. « En souvenir », me dit-il en souriant. Il l’inséra dans la couverture plastifiée de son classeur et promena mon travail à la vue de tous.



Tous droits réservés





samedi 14 février 2015

DURANDAL - TOMBER AMOUREUX











Tomber amoureux


Il y a encore peu, je me demandais comment je pouvais tomber amoureux puisque, par définition, avant de tomber amoureux on ne connaît pas la nature de l’amour et ce dans quoi on va tomber. Je savais nager, marcher, je connaissais toutes sortes de choses plus ou moins utiles mais aimer restait l’inconnu. Pourtant je recevais des encouragements de toutes parts: « Tu verras, c’est génial, rien de meilleur ne peut t’arriver dans la vie… » Mais ces encouragements ne me servaient pas davantage que ceux que l’on prodigue à un futur mousse qui n’a jamais vu la mer. Bien sûr, je regardais autour de moi, je voyais des exemples mais je ne distinguais pas vraiment les bons des mauvais, ceux qui m’attiraient et ceux qui me révulsaient, ceux qui s’arrêtaient en route ; ceux qui duraient et ceux qui n’en finissaient pas de finir… J’écoutais aussi, les jugements entendus ne correspondaient pas toujours à l’idée que je me faisais de la vie : ceux qui étaient faits pour s’entendre ne s’écoutaient plus, celle qui était mieux que lui se trouvait délaissée pour une qui disposait de moins d’atouts… J’étais convaincu que je ne savais pas grand-chose mais que les autres n’en savaient pas davantage… Certains prétendaient qu’il fallait être taillé dans le même bois que sa moitié, d’autres qu’il fallait être complémentaire pour que la vie soit intéressante. Il valait mieux se disputer que de vivre une désespérante harmonie… Il est des écheveaux inextricables !


Bref, j’étais perplexe, je cherchais l’amour comme un inspecteur mène l’enquête. Je traquais le crime, j’entrais dans les maisons à la recherche d’un indice, j’interrogeais les suspects pour savoir s’ils ne cachaient pas un crime dans un coin. Il m’arriva de croire avoir trouvé un crime de grande ampleur mais en grattant un peu je m’apercevais que ce n’était qu’un amour de façade. La sincérité faisait défaut aux délinquants. Le crime n’était pas vraiment commis en bande organisée, (excusez-moi je voulais dire en couple), c’était un crime en sursis. Un jour, j’entrais par mégarde en pleine scène de ménage, je rebroussais chemin, je croyais faire fausse route mais l’apparence est parfois trompeuse. J’appris qu’une bonne mise au point valait mieux qu’une froide indifférence. Je suis revenu sur mes pas, aucun ne baissait pavillon, ils s’exprimaient sans écraser l’autre. Mais lorsque l’un des deux protagonistes sortit en claquant la porte, je ne sus plus que penser.


Alors que je me concentrai sur un sujet trop scolaire et que je pensai être à cent lieues du souci qui me tracassait, j’eus l’illumination. Marie et moi étions voisins de classe, nous partagions le même banc. Lors d’un tp, elle se leva pour aller chercher un bocal ou autre chose, je ne sais plus, elle se pencha pour prendre un objet sur la table, ses cheveux effleurèrent mon visage, je sentis son odeur et quand elle se rassit, j’étais amoureux.


Face à un mur d’eau invisible, nous poussâmes un seul et même cri en silence. Le flot nous happa et nous tourneboula. Nous fûmes submergés, nous perdîmes pied mais à aucun moment nous eûmes peur. Quand la vague nous rejeta sur nos bancs, et que nous pûmes respirer à nouveau, nous nous sommes souri. Je ne sais combien de temps dura notre sidération mais je crois qu’elle durerait encore si la cloche ne nous avait fait sursauter. Nous rangeâmes nos affaires et notre vie. Dans le couloir, nous marchions d’un même pas décidé, énergisés pour porter nos plus beaux rêves.

Tous droits réservés



Sans transition aucune, une chanson de Benabar que j'aime particulièrement et qui évoque un certain côté des amours adolescentes 







"Certaines tombent amoureuses
C'est pur, ça les élève
Moi j'tombais amoureuse
Comme on tombe...d'une chaise"

Extrait de "Je suis de celles" de Benabar



C'est ma façon d'exprimer ce fameux balancier féminin au texte de DURANDAL. 
De quoi je parle ? Eh bien passez donc faire un tour sur cet autre texte "L'horloge de ma grand-mère" et recevez cet appel à textes de Durandal en sa réponse au commentaire d'Eponine : 


"Qui écrira le pendant féminin de ce texte ? Il s'ennuie tout seul sans sa vis-à-vis."


 Dixit Durandal, l'auteur qui éveille nos souvenirs !


Belle invitation ! Que ce soit en réponse à son "L'horloge de ma grand-mère" ou bien à ce texte présentement "Tomber amoureux"




mardi 27 janvier 2015

ALIZA CLAUDE LAHAV - LE RETOUR










Le retour





C'est au mois d'août 2003 que je suis retournée sur les traces de mon enfance. J'ai marché dans cette cité, celle des trois bornes, Paris onzième, qui a changé et qui est restée la même. J'ai marché, tête baissée, cherchant vainement les pavés anciens où j'ai sauté à cloche-pied des centaines de fois, enfouis dans ma mémoire et sous le nouvel asphalte. Tout au fond de la cité, le dernier immeuble à gauche, le numéro 11, n'a pas changé; il est toujours là, intact. Ma maison, mon passé, mes racines chancelantes perdues dans le temps.

J'ai quitté cette cité il y a soixante ans. Le petit matin sombre de notre départ est encore ancré dans mon souvenir. Ce n'est pas un départ mais une fuite, la tête rentrée dans les épaules, les yeux baissés, je ne vois que des bottes de cuir et quelques paires de souliers noirs qui montent vers nous, ma mère et moi. Je tremble de peur sans savoir exactement pourquoi, je serre très fort la main de ma maman. Je suis une naufragée, une rescapée de la rafle de juillet 1942. Inscrits dans mon corps de petite fille, les tremblements sont toujours là, à fleur de peau, dans une mémoire qui est hors de la logique.

Depuis l'année 1942, je suis revenue en ces lieux trois ou quatre fois, mais c'est la première fois que je m'y retrouve entourée de mes fils, leurs femmes et enfants; ma descendance, mes nouvelles racines. Ils sont là, curieux et silencieux, intéressés par tout ce qu'ils voient, par tout ce qu'ils pressentent. 

La cité des trois bornes n'est pas un endroit de passage, elle n'a qu'une issue qui donne sur la rue du même nom; située entre l'avenue Parmentier et l'avenue de la République, c'est un cul-de-sac. Tout est calme, pas de circulation, très peu de passants en ce début d'après-midi, qui observent notre petite troupe avec curiosité.

Je m'adosse au mur en face du numéro 11, à l'endroit même où j'ai joué à la marelle tant de fois. Je lève la tête, montre du doigt, au quatrième étage, les deux dernières fenêtres sur la droite : la chambre à coucher de mes parents et l'atelier de mon père. Mes enfants sont près de moi, je vais d'un regard à l'autre, je détecte le trouble, les questions qui, sans doute, sont là depuis toujours, cachées au fond de leurs prunelles. Tout à coup cela devient très facile de parler, de leur conter une partie de leurs antécédents, puisqu'ils sont venus " après " et qu'ils ont appris, comme tous les enfants en Israël, la Shoah à l'école. 

Je leur chantais, lorsqu'ils étaient petits, et plus tard à leurs enfants, les comptines que me fredonnait ma mère. Je disais l'odeur du tabac, mêlée à celle de la savonnette, aussi présente que les bras de mon père autour de moi. Je plaisantais à propos des moqueries de mes sœurs aînées. Je décrivais les repas de famille, les fous rires, les câlins, les petits secrets chuchotés au-dessus de ma tête, puisque j'étais la plus jeune, leur petite Claudine, Didine. Je disais aussi les difficultés de la vie mais jamais ceux de la guerre.

Leur père, mon mari-ami, faisait de même, lui qui, dans un pays encore plus dément que le mien, avait traversé une guerre si pénible... nous pensions les préserver, ces enfants réparateurs. Et surtout, nous étions occupés à vivre, projetés dans le futur, animés par un désir de reconstruction, essayant d'occulter l'impensable.

Devant cette maison, où je n'ai plus jamais habité depuis l'âge de neuf ans, je trouve des mots simples pour dire les petites choses de la vie, qui sont parfois essentielles, mais aussi les départs, les séparations, les angoisses, les attentes, les pleurs, les faux noms, les caches. La clandestinité précoce. Et le désarroi d'une petite fille qui ne comprend pas pourquoi être juif est si mal et pourquoi il faut s'en cacher.

11 Cité des trois bornes. Devant cette maison, dans la cour de cet immeuble, je me sens à l'aise, presque heureuse, réconciliée avec ces murs, satisfaite de mon cheminement. Mes enfants, près de moi, sont ma vengeance contre le racisme de tout ordre et de toute forme. Ils sont ma réparation, un baume sur mes déchirures, blessures cicatrisées mais encore douloureuses les jours d'orage. 

J'écris ces dernières lignes… à la radio un speaker à la voix chevrotante, annonce les noms des dix-neuf morts de l'attentat qui a eu lieu hier à Haïfa.

Dix-neuf noms avec les âges, cela fait une longue liste… 

Ça ne finira donc jamais ? Nous sommes le 5 octobre 2003, il est 11h40, dehors il fait un temps splendide, le soleil brille, haut dans le ciel. Quel jour d'orage !

©Aliza Claude Lahav

Octobre 2003

Texte à retrouver sur le site d'Aliza




Un texte sincère, profond et très émouvant, qu'aujourd'hui 27 janvier 2015 - 70 ème anniversaire de la libération du camp d'Auschwitz, ma très chère amie Aliza offre généreusement à ma voix. Merci d'être mon amie.

Le dernier paragraphe sonne bien cruellement en ce début d'année meurtrier. 




lundi 26 janvier 2015

EVELYNE DE GRACIA - 26 JANVIER 2015









Montage de Evelyne pour sa sœur Véronique



 

26 janvier 2015





Voilà petite sœur, cinq mois pile aujourd'hui!


Je vois ta détresse mais je vois aussi les progrès considérables que tu as faits et si tu entends une petite voix qui résonne à l'intérieur de ta tête, c'est la mienne!

Eh oui ma petite sœur chérie, je suis toujours là bien haut, bien ailleurs, mais toujours là pour t'admirer!


Tu as manqué de ces regards qui vous donnent confiance mais le mien est sincère, cruel ou aimable, mais vrai. C'est celui de ta grande sœur.


J'ai commencé là haut une sorte de thérapie car Ils veulent que je sois totalement apte et désintéressée lorsque je rentrerai en mission.


C'est intéressant à plein d'égards et j'apprends beaucoup sur les erreurs que j'ai faites sur terre.

Et qui donc n'en fait pas? Les Anges, et ceux que nous devenons doivent grandir aussi dans ce monde spirituel .


Oups.. Je crois qu'il faut que je me taise!


Tu dois sentir par moments la protection divine et je peux t'assurer que c'est vrai, même si tu as l'impression pour l'instant qu'avec tous tes problèmes de santé, rien ne s'améliorera jamais. Mais si!


Patience...

Je te laisse for now.

Bye petite sœur. Z.....



Evelyne de gracia

Tous droits réservés

dimanche 25 janvier 2015

DURANDAL - L’HORLOGE DE MA GRAND-MÈRE





Tic tac et talons hauts !


L’horloge de ma grand-mère



Ma mère se levait de bonne heure pour traire les vaches, ensuite elle allait à la messe. Mon père s’occupait de la ferme le matin et tous les après-midi, il était parti jouer aux cartes à St Joseph, au bistrot situé en face de l’église, c’est dans cette paroisse que se réunissaient les bet’azels (c’est ainsi que l’on appelle les joueurs de belote par chez nous).  

Il m’arrivait d’aller le chercher quand il faisait semblant de ne pas entendre les sept coups au clocher de l’église. Parfois, il ne revenait pas d’ailleurs, il passait la nuit enfermé dans l’arrière-salle aveugle du bistrot à taper le carton. Je crois qu’il ne savait même plus l’heure qu’il était, il n’avait pas de montre, il n’avait d’autre horloge que le soleil, du moins le matin, parce que l’après-midi, la notion du temps lui échappait. Il vivait avec les bet’azels dans une joyeuse camaraderie.



Un soir, ma mère m’envoya à St Joseph chercher mon père. J’arrivai au mauvais moment car Marie apportait des verres de bière aux joueurs. Machinalement je me suis retourné lorsqu’elle s’éloignait avec les verres vides. Cela sentait bon la soupe à St Joseph, c’était samedi, je pressentais que mon père ne reviendrait pas manger chez nous. Les plis de la robe de Marie s’agitaient dans un mouvement de balancier, un balancier comme celui de l’horloge de ma grand-mère. Georges, qui  était le plus glauque de la troupe, essaya d’imiter les ondulations de Marie pour se moquer de moi. Pas bien malin mais pas un mauvais bougre dans le fond. Quand je sortis de l’antre des Betazels, il me cria à la cantonade : « Fais de beaux rêves ». Mon père le fustigea du regard et lui dit de fermer sa grande gueule. Cela me rassura d’être soutenu par la voix de mon père. S’il ne l’avait fait, je n’aurais peut-être plus osé franchir la porte du St Joseph.


Je ne savais pas que l’ondulation de la robe de Marie allait me poursuivre toute ma vie. Je me suis longtemps demandé si les filles faisaient exprès de s’agiter comme le balancier de l’horloge de ma grand-mère. J’essayai plusieurs fois, lorsque j’étais seul, de me balancer ainsi que je les voyais faire. L’exercice me parut d’autant plus difficile que je ne savais pas si je le faisais correctement. Faute d’avoir les yeux derrière la tête, le miroir ne m’apportait pas un grand secours.


Un jour, j’entendis dans la bouche de Brassens une mélopée qui me laissa perplexe: « J' lui enseignai le moyen d'bientôt faire fortune en bougeant l’endroit où le dos r'ssemble à la lune ». Il expliquait lato senso que pour marcher de la sorte, un apprentissage était nécessaire. Peut-être les filles apprenaient-elles à marcher comme elles apprenaient à sauter à la corde ou à jouer à la marelle ?


Je continuais mes observations, je suivais les filles qui portaient des hauts-talons. Était-ce un truc pour amplifier le mouvement. Je profitai de l’absence de ma mère pour essayer ses chaussures à talons. C’était diablement casse-gueule ce machin-là, je compris pourquoi ma mère les mettait si peu souvent mais je me demandais pourquoi les femmes se donnaient tant de mal pour ondoyer de la sorte ? Pour moi, cela relevait de la coquetterie. Elles se maquillaient, portaient des cheveux longs… Elles utilisaient tous les subterfuges pour se différencier.



Pendant les vacances de Pâques, ma tante m’invita quelques jours chez elle, elle habitait près de la Préfecture.  Ma mère était contente que j’aille chez sa sœur « à la ville », elle disait que cela me sortait, qu’il fallait que je m’habitue parce que je ne vivrais pas toute ma vie dans une ferme… Je me demandais ce qu’elle voulait dire quand-même. Qui allait s’occuper de mes lapins si je n’étais plus là ? Un matin, je pris l’autocar et Fabien, mon cousin vint me chercher au terminus. 



Lorsque mon cousin prenait ses cours de piano, ma tante allait faire ses courses et m’emmenait avec elle. J’aimais bien l’accompagner, il y avait du monde, cela bougeait, on rencontrait des gens qu’on n’avait pas vus la veille. Je demandais sans cesse à ma tante qui étaient ces gens, elle me répondait qu’elle n’en savait rien. J’ai cru un moment qu’elle me mentait, qu’elle ne voulait pas leur avouer que j’étais son neveu, elle avait honte de moi. Dans mon village, je connaissais tout le monde, je ne faisais pas tant de manières. 


Lorsque ma tante entrait dans un magasin, je restais devant la vitrine et je regardais les gens passer. Enfin, surtout les femmes, je les voyais s’éloigner et j’observais le regard des hommes. Certains d’entre eux se retournaient pour suivre d’un regard concupiscent la femme qu’ils venaient de croiser. Je crus vraiment ce jour-là que les femmes ondulaient pour se faire remarquer. Mais cet étrange mouvement ne se voyait que lorsque les coquettes montraient leur dos. Peut-être s’agitaient-elles ainsi pour dire au revoir ?


Ma tante prit l’habitude de me laisser sur la grand-place pendant qu’elle faisait ses emplettes, moi j’adorais cela, je me régalais de voir autant d’animation autour de moi. Je restai sans bouger à mon poste d’observation comme une buse sur un poteau télégraphique. Ma tante s’en étonna d’ailleurs auprès de ma mère.

Mon cousin jouait avec son épée dans une salle d’armes tandis que ma cousine faisait des cabrioles dans un gymnase. La ville avait ceci de magique, non seulement il y avait des magasins où vous trouviez toutes sortes de choses que vous ne voyez jamais chez nous mais vous pouviez pratiquer des sports que l’on ne voyait qu’à la télé. À la campagne, nous jouions aux flibustiers avec nos épées en bois sur le parvis de l’église quand Monsieur le Curé avait le dos tourné. Fabien, engoncé dans son casque et son brocart blanc maniait le fleuret sur la piste.

Dans le jardin, nous nous amusions parfois avec nos bâtons en bois. Bien sûr, il savait manier l’épée et il voulait absolument que nous respections les règles car à ce jeu-là, il me dominait mais moi je voulais me battre, rouler dans l’herbe, le plaquer au sol, jouer de tout mon corps, avoir mal… Mon cousin n’aimait pas jouer à la bagarre. 

Un jour, alors que Fabien prenait son cours de piano, j’accompagnai ma tante à une compétition de gymnastique à laquelle participait ma cousine. J’espérai que ces jolies gymnastes, habillées en baigneuses, me révèlent le secret du balancier ? Elles marchaient d’un pas décidé et n’ondulaient pas comme les femmes que je voyais dans la rue. Quand elles couraient, je me concentrais sur leurs silhouettes mais tout cela allait trop vite pour que je comprenne l’explication du phénomène qui me tracassait. Après cette compétition, je pensai que ce mouvement de pendule qui animait les femmes n’était pas naturel mais qu’elles usaient de ce stratagème pour faire leur intéressante et attirer le regard des hommes. D’ailleurs, les robes à crinoline du Grand Siècle, aperçues dans mon livre d’Histoire, prouvaient par leur extravagance que les cocottes aimaient accentuer l’amplitude du balancier.

Le mystère restait entier. Un jour, une femme sanglée dans des pantalons étroits (à cette époque, la mode ne parvenait pas à s’implanter dans nos bourgs) passa devant moi, je la suivis pour comprendre le mécanisme d’un tel chambardement. Cela bougeait dans tous les sens, je n’y comprenais plus rien au point que je me demandais si elle n’allait pas se retourner hilare et me dire : « je le fais bien ».



Plus tard, j’ai eu l’occasion d’aller à la plage mais le mystère de lhorloge de ma grand-mère ne me préoccupait plus autant, j’avais passé l’âge, je cherchais à percer d’autres mystères.


Et puis il valait mieux ne pas s’arrêter à cela, il fallait parler aux donzelles de manière diserte, d’un air détaché, comme si tout allait de soi et que le monde nous avait révélé tous ses secrets. Mes obsessions de jeunesse s’effritèrent, d’autres les remplacèrent.




Au décès de ma grand-mère, j’ai insisté pour récupérer son horloge. Le copain de Fabien n’a pas compris pourquoi je revendiquai cet objet avec autant de véhémence.




Tous droits réservés


Un petit tour de lune avec Brassens, ça vous dit !





dimanche 21 décembre 2014

JAVA - LES LOCOS




MISE EN VOIX ELSA



Les locos


Je vous emmène à Uyuni, au contact des déserts de sel et de terre, montez nous n’allons pas loin mais le dépaysement sera total si vous êtes faits de sensibilité et de questionnements,. Même redescendus du marche pied, vous n’oublierez jamais le paysage. J’ai enlevé mon nez rouge et je l’ai mis à l’avant de la loco, il est notre sauf conduit, notre réserve de bonne humeur, son élastique nous rattache au monde. Vous êtes prêts ?
C’est le bout d’un monde connu ou le début de nulle part, un bout de terre bolivienne sur laquelle mon imaginaire a tracé l’extrémité du monde habité. Si notre planète était plate, nous serions sans aucun doute à sa frontière, en équilibre au bord d’un monde qui continue à s’inventer des futurs inaltérables alors qu’ils ne seront demain que des passés imparfaits.
Sa couleur est celle de la tristesse, de l’ennui, le bruit celui d’un vent sec, entêtant et les odeurs ne sont que les fragrances d’un métal agonisant rongé par une rouille, dont on ne sait si elle est due au sel du Salar ou au pinceau dont on ne sait quel divinité.
Ce lieu oublié des hommes est sans aucun doute le pentacle magique où se sont donnés rendez vous l’histoire et la dérision comme une porte enfin entrouverte ; comme une langue tirée à la pseudo immortalité des choses et des êtres. Cela ressemble à une bouffonnerie grandiose et à un hymne à la gloire du temps qui passe.
                                           


                     
Sorties d’un passé que l’on voudrait lointain, deux, trois, dix locomotives orphelines de leurs wagons sont posées là arrivées d’on ne sait où. Engagées sur des rails rongés, sinistres longerons enfoncés dans une terre qui les avale centimètre après centimètre, elles interrompent là d’une manière définitive les voyages mécaniques pour y prolonger celui du rêve et de l’absurde. Ici, les machines aujourd’hui silencieuses demeurent immobiles et figées pour toujours, dans un dessein sacrificiel et n’ont maintenant plus rien d’autre à faire que laisser celui qui les a forgé et assemblé s’interroger sur la vie et la mort. Un dernier sommeil qu’une main anonyme à décider de rejeter d’un éclat de rire en demandant d’un trait de peinture blanche un technicien d’urgence. Pour faire comme si….
L’humour du désespoir et la poésie se sont invités sur les ventres métalliques dévoreurs de charbon noir et peignent ensemble, dans ce cul du monde un tableau irréaliste entre songe et réalité.  Pour qui veut chercher, il y a peut-être là, l’âme de l’industrialisation et des symboles qui nous parlent de nos existences en en interrogeant le sens.
Dans ce paysage qui n’en est pas un, de vieux enfants étranges viennent jouer à construire d’autres futurs ferroviaires à ces monstres manufacturés encore dressés sur des roues fatiguées dans un monde chimérique où le néant n’existe pas.
Il y eut ce jour là, un petit d’homme monté sur la première plate forme, son « Tchou, tchou » sonore effaça d’un coup le cimetière, redonna du bleu au ciel et fit briller quelques instants les robes cuivrées des vieilles dames. La terre est redevenue ronde et j’ai bien cru voir les rails sortir de leur gangue de terre. Rien ne fut plus vivant à ce moment que cet endroit abandonné.
Notre voyage s’arrête ici, n’oubliez pas le guide




Tous droits réservés


mercredi 1 octobre 2014

TippiRod - CONFIDENCES ET NARRATION (et un petit peu plus !)




TippiRod VOTRE ÉCHO !







Une fois n'est pas coutume, je raccroche la fiction aux brouillons !

S'il est certain que les ateliers d'écriture m'ont séduite pour justement m'avoir emmenée ailleurs, tous azimuts et toutes personnes confondues, aujourd'hui c'est la première que je vais utiliser sans artifices, et je, je, "je" sera bien moi !

Je ne vous ai pas fait fuir ? Tant mieux ! Car une petite voix m'a soufflé – peut-être est-elle une muse ? – que l'occasion était jolie de vous parler de mon penchant... Eh ! Je n'ai pas dit de mes travers, ne confondez pas !

Suivez-moi si vous le voulez bien dans une classe de neuvième comme on disait alors, au temps où les jeudis étaient jours sans école et les quatre-heures, pain beurre et chocolat.



Enfant sage souvent en proie à la rêverie, mon imagination était plus que vagabonde et je donnais la parole à toutes sortes d'objets. À l'école, mes crayons me parlaient secrètement de ma trousse, me rassurant souvent d'avoir perdu le fil de la leçon par manque de concentration !
Pourtant ce jour où la maitresse est arrivée grimaçante d'efforts, dans notre classe du premier étage de l'école des filles du château, apportant du bout de ses mains jointes sur une poignée, un lourd engin énigmatique, mon attention se mit au garde à vous !

Le silence régnait à l'ouverture de la boîte mystérieuse en deux ! Deux grosses bobines transparentes laissaient paraitre un enroulement de ruban marron glacé. La maitresse a sorti un microphone et a expliqué qu'elle allait, chacune notre tour, enregistrer nos lectures.
Ah ça, quel bonheur ! Mon imagination, mes rêveries, mon étourderie, toutes se concentrèrent sur cette boîte à voix magique ! On allait faire de la TSF !

J'étais pressée que ce soit mon tour ! Et j'aurais voulu que ça ne finisse pas, moi qui aimais tant lire à haute voix, tout comme j'adorais le jour de la récitation.
À la maison, je jouais tous les soirs et jours de congé, à la maitresse, et chaque petit bonhomme d'à peine trois centimètres rejoignait mes poupées pour aller grossir les rangs de mon école improvisée.
Toute récitation était alors apprise et déclamée haut et claire à travers chaque petit élève imaginaire. Je variais les intonations et notais ma trentaine de participants ! Inutile de vous dire que j'étais rodée pour, droite et fière comme un i, réciter ma poésie sur l'estrade devant toute la vraie classe !

Alors, enregistrer ma voix ! Ah oui ! j'en rêvais ! Hélas, cela n'était qu'une expérience ponctuelle et l'institutrice expliqua qu'elle ne pourrait pas apporter ce matériel encombrant plus de deux fois. Une première fois pour les enregistrements, la seconde pour leur écoute (où nulle ne se reconnaissait d'ailleurs !). Je n'étais pas du tout une enfant hardie, tellement gauche et mal à l'aise pour toutes les activités physiques et sportives, pourtant aucune timidité en moi pour être enregistrée, bien au contraire...

Quelques années plus tard, un professeur de français avait apporté un coffret de trente-trois tours, captation d'une représentation du Bourgeois gentilhomme de Molière. Même coup de foudre ! J'ai demandé ce cadeau pour Noël – oui oui, le coffret des trente-trois tours de la pièce ! — Et grande bécasse, je me suis encore amusée des heures et des heures, toute seule à plusieurs voix ! Sûrement très accompagnée d'acteurs imaginaires ! J'avais déjà adoré deux vinyles avec livret que j'avais reçus en cadeau plus petite, la vie de Frédéric Chopin et bien sûr quelques extraits de ses œuvres pour piano (c'est donc cela que je les apprécie tant!), et... le Petit Prince de Saint Exupéry dont la voix de Gérard Philippe, le narrateur ne m'a jamais quittée, pas plus que Pierre Larquey qui y tenait le rôle très singulier de l'allumeur de réverbère.





Est-ce la peine de vous révéler que le jour où l'on m'a offert un magnétocassette, le roi n'était pas mon cousin ! J'ai écouté bien sûr des chansons et tubes du moment... mais qu'est-ce que j'ai pu nous enregistrer, mes copines et moi ! Le chat, les oiseaux, que sais-je encore !

Étrangement, il m'a fallu attendre quatre décennies pour oser me lancer sur une scène de théâtre amateur. Une superbe aventure, vous imaginez !

Il n'y a pas si longtemps, je me suis passionnée pour une émission de télévision quotidienne qui faisaient connaître de nouveaux humoristes : « On ne demande qu'à en rire », vous connaissez peut-être ? L'interprétation y est reine et le spectateur ne peut s'y tromper, ça passe ou ça lasse ! Et les multiples invitations modernes à twitter ont eu raison de ma curiosité de cet univers qui relie télévision et spectateurs !

De simple twitteuse... mon chemin s'est ouvert de manière inattendue et je dois dire, inespérée ! Je suis devenue très vite iPaginatrice, et participante assidue des ateliers proposés. Mais alors ! Partages et échanges de commentaires aidant, une frénésie de lectures des diverses participations et textes publiés m'a envahie ! Lisant comme un escargot — défaut persistant de concentration ! Je me suis mise à lire les textes à voix haute pour mieux m'en imprégner… et… à m'enregistrer ! (sur mon téléphone ! Vous pensez bien que la fonction dictaphone a été une des premières que j'ai utilisée!)


Mes premiers MP3 (oui vous savez ces formats audio iPaginatifs !) fort bien accueillis par mes amis auteurs, m'ont encouragée et j'ai lancé sur le défi week-end « Bon dimanche » mes deux premières émissions TippiRodio sur les ondes iPaginatives.
J'ai eu alors très envie de me faire un petit chez-moi de voix en créant un blog tout écrit et tout en voix ! Mais ceci est une autre histoire qui ne fait que commencer !

J'avais promis aux coordinatrices des ateliers et défis, Aubrée et Ellya, de venir vous proposer en toute simplicité, sans contrainte ni consigne particulière, quatre défis pendant l'été... Me voici ! Certains ne me connaissent certainement pas ; ce texte évitera peut-être que je débarque dans votre univers d'iPaginauteurs comme un cheveu sur la soupe ! Pour mes amiPaginateurs, colloc d'écritures et de commentaires, pur bonheur de vous retrouver !

Un p'tippi sujet c'est « un mot, une expression et c'est parti ! »

Je n'ai pu résister à vous confier mon péché mignon ni à vous laisser vous inspirer à l'envi de ce si joli mot ! LA VOIX !

Il vous parle ? Alors, au plaisir de vous lire à voix haute si le cœur vous en dit !

Lire ses propres mots, rien de plus facile, lire ceux d'un auteur c'est autre chose ! Je l'ai découvert comme une aventure passionnante, comme si je m'asseyais à côté de lui, ma tête par dessus son épaule, découvrant son univers mot à mot en essayant de m'y fondre en totale complicité... Espérer être son écho, risquer de me tromper et de le décevoir, tenter avant tout de l'émouvoir de lui-même...sobrement, sans le trahir et avec grand respect de son message.




(si vous l'acceptez, je n'ai donc pas fini de vous caREsser les oreilles !)




OUIIIIII ! Exactement cette version-là ! 

Je l'ai ! Je l'ai !












Voici (ci-dessous en tableau) tous les liens d'iPagination des participations à ce p'tippi sujet :



 LA VOIX

Exprimez en 1200 mots maximum, quel écho celui-ci a en vous.


 Vous  y trouverez toutes mes mises en voix de chacun des textes des participants (pseudo TippiRod - liens en rose)

Liste des textes






Quelques perturbations climatiques ont fait que je n'ai pas animé d'autres défis après "LA VOIX".



CLIQUER CI-DESSOUS SUR LIRE LA SUITE