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mercredi 6 mai 2015

LOUYSE LARIE - COMME UN RAYON DE PUDEUR




MISE EN VOIX MATHIEU LA MANNA







Photographie personnelle de LOUYSE LARIE








Comme un rayon de pudeur !


Vallée que je ne cesse de gravir
De nuit comme de jour
N'a pour dessein à ravir
Que le sentier de l'amour.


Tantôt tressaille le frisson
Où résonne le murmure,
Où tu crées l'édredon
Ainsi qu'une fine ciselure.


De ta main naît le langage
Et de l’arabesque le mystère
Où l’on devine la ganse du présage
Qu'on suspend en bandoulière.


Mais ce noble sentiment
Qu'on ne saurait retenir
N'a pour vertu que le moment
À broder sur les flots d'un possible avenir.


De tes doigts de satin,
J'y vois les ailes du bonheur
Et dans leur couleur le matin
Comme un rayon de pudeur.


La pomme cueillie prend l'arôme
De ta paume, aussitôt que l'éclair
Ne fuse de ma condition d'homme,
Tandis que de l'écho se libère la chair !




Louyse Larie
Le 12/10/2014



Texte protégé et déposé
sur le site iPagination





samedi 14 février 2015

DURANDAL - TOMBER AMOUREUX











Tomber amoureux


Il y a encore peu, je me demandais comment je pouvais tomber amoureux puisque, par définition, avant de tomber amoureux on ne connaît pas la nature de l’amour et ce dans quoi on va tomber. Je savais nager, marcher, je connaissais toutes sortes de choses plus ou moins utiles mais aimer restait l’inconnu. Pourtant je recevais des encouragements de toutes parts: « Tu verras, c’est génial, rien de meilleur ne peut t’arriver dans la vie… » Mais ces encouragements ne me servaient pas davantage que ceux que l’on prodigue à un futur mousse qui n’a jamais vu la mer. Bien sûr, je regardais autour de moi, je voyais des exemples mais je ne distinguais pas vraiment les bons des mauvais, ceux qui m’attiraient et ceux qui me révulsaient, ceux qui s’arrêtaient en route ; ceux qui duraient et ceux qui n’en finissaient pas de finir… J’écoutais aussi, les jugements entendus ne correspondaient pas toujours à l’idée que je me faisais de la vie : ceux qui étaient faits pour s’entendre ne s’écoutaient plus, celle qui était mieux que lui se trouvait délaissée pour une qui disposait de moins d’atouts… J’étais convaincu que je ne savais pas grand-chose mais que les autres n’en savaient pas davantage… Certains prétendaient qu’il fallait être taillé dans le même bois que sa moitié, d’autres qu’il fallait être complémentaire pour que la vie soit intéressante. Il valait mieux se disputer que de vivre une désespérante harmonie… Il est des écheveaux inextricables !


Bref, j’étais perplexe, je cherchais l’amour comme un inspecteur mène l’enquête. Je traquais le crime, j’entrais dans les maisons à la recherche d’un indice, j’interrogeais les suspects pour savoir s’ils ne cachaient pas un crime dans un coin. Il m’arriva de croire avoir trouvé un crime de grande ampleur mais en grattant un peu je m’apercevais que ce n’était qu’un amour de façade. La sincérité faisait défaut aux délinquants. Le crime n’était pas vraiment commis en bande organisée, (excusez-moi je voulais dire en couple), c’était un crime en sursis. Un jour, j’entrais par mégarde en pleine scène de ménage, je rebroussais chemin, je croyais faire fausse route mais l’apparence est parfois trompeuse. J’appris qu’une bonne mise au point valait mieux qu’une froide indifférence. Je suis revenu sur mes pas, aucun ne baissait pavillon, ils s’exprimaient sans écraser l’autre. Mais lorsque l’un des deux protagonistes sortit en claquant la porte, je ne sus plus que penser.


Alors que je me concentrai sur un sujet trop scolaire et que je pensai être à cent lieues du souci qui me tracassait, j’eus l’illumination. Marie et moi étions voisins de classe, nous partagions le même banc. Lors d’un tp, elle se leva pour aller chercher un bocal ou autre chose, je ne sais plus, elle se pencha pour prendre un objet sur la table, ses cheveux effleurèrent mon visage, je sentis son odeur et quand elle se rassit, j’étais amoureux.


Face à un mur d’eau invisible, nous poussâmes un seul et même cri en silence. Le flot nous happa et nous tourneboula. Nous fûmes submergés, nous perdîmes pied mais à aucun moment nous eûmes peur. Quand la vague nous rejeta sur nos bancs, et que nous pûmes respirer à nouveau, nous nous sommes souri. Je ne sais combien de temps dura notre sidération mais je crois qu’elle durerait encore si la cloche ne nous avait fait sursauter. Nous rangeâmes nos affaires et notre vie. Dans le couloir, nous marchions d’un même pas décidé, énergisés pour porter nos plus beaux rêves.

Tous droits réservés



Sans transition aucune, une chanson de Benabar que j'aime particulièrement et qui évoque un certain côté des amours adolescentes 







"Certaines tombent amoureuses
C'est pur, ça les élève
Moi j'tombais amoureuse
Comme on tombe...d'une chaise"

Extrait de "Je suis de celles" de Benabar



C'est ma façon d'exprimer ce fameux balancier féminin au texte de DURANDAL. 
De quoi je parle ? Eh bien passez donc faire un tour sur cet autre texte "L'horloge de ma grand-mère" et recevez cet appel à textes de Durandal en sa réponse au commentaire d'Eponine : 


"Qui écrira le pendant féminin de ce texte ? Il s'ennuie tout seul sans sa vis-à-vis."


 Dixit Durandal, l'auteur qui éveille nos souvenirs !


Belle invitation ! Que ce soit en réponse à son "L'horloge de ma grand-mère" ou bien à ce texte présentement "Tomber amoureux"




vendredi 30 janvier 2015

PHILIPPE DUCOURNEAU - L'AMOUR ET LES CIGARETTES









L'amour et les cigarettes




Refrain


Les cigarettes
S'achètent
Dans les tabacs
Mais l'Amour
Le bel amour
Pas.


L'autre jour au marché
J'ai voulu acheter
Un cœur, qui bat, bat...
Battrait rien que pour moi

Un des marchands m'a dit :
« Repassez vendredi
J'aurai ce qu'il vous faut :
Un tendre cœur de veau.

Un régal, une douceur
Vous l'aimerez ce cœur
Cuit aux petits oignons,
Jusqu'à la passion. »

La marchande de fleurs
Avait un bien beau cœur
Mais ce cœur doux et tendre
Las, n'était pas à vendre.

Une autre m'a répondu
« J'ai déjà tout vendu
Mais je cède à bas prix
Le cœur de mon mari

Un cœur de tortionnaire
D'ancien beau légionnaire
Sur lequel sont inscrits
Les mots : Pas vu pas pris. »

Dans les grandes surfaces
Y'avait qu'des cœurs de glace
Froids et sans sentiments
Mais garantis un an.

Ces belles mécaniques
Faites pour la gymnastique
Chronométraient le temps
Qui passe dans le sang.

J'en ai acheté une
L'ai offerte à la lune
Et la lune ravie
M'a dit : « J'taime pour la vie. »

Mais un mois plus tard
Son cœur prenait du r'tard
Puis s'arrêtait tout net
Comme cette chansonnette.

S'il y a une morale
À ma chanson banale
C'est qu'un cœur qui vous aime
Est le plus beau diadème.

Qu'un cœur de vous épris
C'est un cadeau sans prix.
Et que c'est bien pour ça
Qu' l'amour fait un tel tabac !







Cela vous a plu ? Votre oreille est séduite ? 
Alors  cliquez vite sur la photographie de Philippe et sa cigarette. 
Vous y serez invités à voter pour cette chanson et ainsi grâce à vous, Philippe aura t-il sa chance de devenir lauréat du concours auquel il participe !
 Merci à vous pour Philippe ! 

(attention il faut que ce soit bien marqué "merci d'avoir voté" pour être pris en compte)

mercredi 24 décembre 2014

TippiRod - LA SIRÈNE DE NOËL











Morgan - "Le lac Jacaré"



La sirène de Noël




Il était une fois en des contrées lointaines, une jolie sirène qui avait du gros chagrin.

Elle habitait au cœur du lac Jacaré en Amérique du Sud, tout près d'un très joli village.

Ses longs cheveux bruns bouclés secoués par ses sanglots faisaient frissonner l'onde.

Dans une mangrove voisine, un très vieux crabe bleu ressentit cette peine totalement imperceptible par l'espèce humaine, jusqu'au bout de ses pinces.

Bien que fatigué, il entreprit son voyage de côté pour aller rejoindre la belle enfant avant la fin de l'avent. Sa petite patte lui disait qu'il y avait mission pour lui avant la nuit du réveillon.

Dix jours entiers lui furent nécessaires pour atteindre le lac. Fort heureusement le vieux crabe épuisé ne cligna pas longtemps des yeux pour apercevoir la petite sirène chagrine.

— Ma belle enfant, une si belle journée d'été et je te trouve en pleurs ! Sais-tu que tes larmes font vacarme jusqu'à moi !

— Bonjour Crabe bleu, nous ne savons plus quoi faire, dit la reine des grenouilles

— Et nous non plus, reprend le crapaud chef de bande

— Bonjour Crabe bleu, c'est tellement gentil à vous de venir nous voir, pétillent les lucioles invisibles en plein jour

— Et toi Noëlle, tu ne me réponds pas ?

— Elle ne fait que pleurer, dit la grenouille

— Depuis des jours et des nuits, confirme le crapaud

— Et si on la laissait s'exprimer, gronde gentiment le crabe bleu

— Ah oui, c'est une belle idée, clament les lucioles en choeur

— Je t'écoute, petite, quel est ce gros chagrin qui te coupe la parole et fait perler tes jolis yeux d'ébène ?

— Je ne veux plus être « pas pareille »... sanglote la sirène

— Pas pareille que qui, que quoi ? En voilà une idée !

— Pas pareille que personne ! Pas pareille que les autres sirènes

— Bien sûr, puisque tu es la Sirène Noëlle ! C'est normal que tes écailles soient rouges. Elles sont d'ailleurs magnifiques, on dirait des rubis étincelants. Tu es la plus éclatante des sirènes

— Je ne suis pas pareille que le père Noël !

— Tu voudrais une grosse barbe blanche sur ton joli minois ! Et tout le lac d'éclater en un rire tonitruant.

— Je n'ai pas non plus de traineau...Et d'ailleurs, je n'ai même pas de cadeaux ! Vous parlez d'une Sirène Noëlle ! Qui pourrait bien croire en moi ?

— NOUS !

— Vous dites cela pour me consoler, mais moi je sais que je ne sers à rien. Je suis le vilain petit canard des sirènes !

— Parlons en du vilain petit canard, dit le crapaud, il a bien grandi, tu sais, c'est un très bel adolescent. Eh bien ! Tu serais surprise ! Il ne s'est pas plu du tout dans sa vie de cygne comme tous les cygnes. Il est revenu, penaud, demander asile chez les canards, mes cousins lointains et palmés. Depuis, il barbote comme un coq en pâte et, crois-moi, il ne fait plus ni le beau ni le vilain, il cherche simplement à faire l'heureux temps dans la mare. Il cultive les différences comme des fleurs uniques et merveilleuses.

— Moi je ne suis qu'une pauvre sirène isolée

— ET NOUS ALORS ! On compte pour des œufs de lump ?

— Non consentit-elle a sourire, vous êtes mes amis, mais vous ne pouvez rien pour moi.

— Tu n'as pas assez lu de contes de fées, petite ! Maugrée le crabe bleu

Tu as une armée de grenouilles, de crapauds, de lucioles, tu as tout ce qu'il te faut !

— Je n'ai pas de prince charmant !

— Teu teu teu ! Ne raconte pas d'histoire ! taquine le crapaud, le cavalier au cheval blanc n'est jamais loin d'ici !

— Oui, mais c'est parce qu'il vient voir son petit jacaré, pleurniche la sirène

— Quel cavalier au cheval blanc, quel petit jacaré ? interroge le crabe bleu

— Mais enfin, Crabe bleu, vous perdez la carapace ! Vous ne vous souvenez plus de cette vieille histoire. Elle est même la légende de notre lac !

— Ah ! Sois poli, Crapaud, à défaut d'être... Je ne veux pas me montrer grinçant.
Sache, vieux baveux, que j'ai une mémoire pachydermique et que je n'ai jamais eu vent de cette fable. Je devais être en fonction dans ma forêt d'Amazonie et avais bien d'autres sirènes à pincer ! Veux-tu bien me relater les faits ?

— C'est nous qui avons sauvé le beau cavalier ! S'exclament les lucioles

— Bon bon... il vous revient de raconter alors ! Grommelle le vieux crabe



L'assistance en émoi, chacun positionné sur son séant et sur le nénuphar de son choix, est tout ouïe et impatient d'entendre ou de réentendre cette légende locale dont aucun ne se lasse.



Les mille treize lucioles parlent en clignotant, de trois mots en trois mots — les treizièmes assurant toutes les ponctuations pour donner le ton.


— C'était une belle fin d'après-midi, le cavalier blanc pêchait tranquillement lorsque soudain au coucher du soleil, un bébé jacaré surgit de l'eau prêt à en découdre avec celui qui se trouvait en haut de l'asticot ! Le bébé d'un mètre de long était déjà bien vigoureux et ne badinait pas de la mâchoire. On aurait dit qu'il avait plus de mille dents. La bagarre s'annonçait rude pour le pêcheur cavalier. Il se débattit pendant plus d'une heure avec l'animal au milieu des nénuphars.


C'est alors que nous sommes apparues, habillées de nos plus belles lumières. Le cavalier blanc a raconté que l'instant fut magique et le petit jacaré totalement apaisé.


Le jeune homme réussit à le capturer sous les yeux médusés des crapauds et des grenouilles qui ne donnait pas cher de sa peau ! Il ficela la gueule de l'animal en vue de le confier à un ami qui s'occuperait un temps de ce gros bébé pas comme les autres...


Le crapaud reprend alors à l'attention du crabe et de la sirène:

— Vous nous direz, qu'est-ce qu’un jacaré ? Le jacaré est un crocodile d'Amérique du Sud, que l'on trouve plus particulièrement en forêt amazonienne ou dans le nord du Brésil.

La grenouille qui était loin d'être muette, de coasser :

— Les gens qui vivaient près de ce lac n'ont jamais oublié l'histoire du cavalier ! De ce fait, ils l'ont baptisé « le lac jacaré ». Mais attention, la légende dit qu'à ce jour, rode dans les profondeurs du lac...la maman jacare...


À cet instant l'eau se mit à bouillir en d'énormes bulles tout autour d'eux et d'un seul coup, un gigantesque jacare rugit :

— Où est mon petit ? Quel est donc cet ami qui l'a recueilli ?


Interloqués, la sirène, les crapauds, les grenouilles et même les lucioles courageuses se terrent les uns contre les autres aux bords des rives.


À grands coups de queue, la mère malheureuse se montre menaçante et tout le monde craint la vengeance du sang glacial.


Adieu, Noël, cadeaux, traineaux ! Les enfants ne seront pas gâtés cette année encore, par la sirène Noëlle, qui de toute façon n'avait rien de tout cela parce qu'elle n'était pas pareille !


Seul le vieux crabe, se montre téméraire, et d'un ton rocailleux tient tête à la dame aux grandes dents :

— Votre petit est en de bonnes pinces. Je suis l'ami à qui le cavalier blanc a confié votre tendre descendance. Mon épouse, un crabe violoniste en a pris grand soin, je peux vous l'assurer.


La surface du lac est redevenue calme. Faune et flore ont cessé de trembler.


Maman jacaré reste coite un moment puis à son tour, charmeuse, s'adresse à l'assemblée :

— Alors, amenez-le ici ! Il sera le traineau qui manque tant à Sirène Noëlle. Sur son dos embarqueront crapauds et grenouilles...

— Moi je veux six rênes comme le père Noël !

— Mais c'est toi la sirène ! Bécasse ! Vas-tu cesser de pleurnicher à la fin ? Tout le monde va croire que les nénuphars font sangloter comme des oignons ! Rouspète le crabe bleu.

— Et puis je veux de la neige, j'ai jamais vu la neige !

— Ah ça, mais quelle capricieuse ! Qui l'a éduquée celle-ci ? S'insurge la mère jacaré

— C'est nous tous, les habitants du lac. Un matin vingt-quatre décembre, nous l'avons découverte endormie dans les grandes feuilles, déposée par une perle de rosée. Éblouissante avec sa robe rubis et ses boucles foncées, elle a ouvert de grands yeux d'ébène veloutée. Nous n'avions jamais vu de sirène et ainsi tombée du ciel, elle nous semblait la plus belle. Oui, peut-être bien que nous l'avons un petit peu gâtée ! confesse gentiment la petite grenouille nounou.

— Et vous l'avez donc prénommée Noëlle ? Questionne le crabe bleu

— Oui, grâce à ses écailles rouges, nous avons imaginé qu'elle serait une bonne sirène Noëlle.

— Mais le père Noël passe, ici aussi ! Les enfants ont leurs cadeaux bien qu'ils fêtent leurs grandes vacances et que ce soit le plein été, réplique encore le vieux crabe.


Ils continuèrent à parler ainsi et à refaire le lac pendant des heures.


Pourtant quelques nuits plus tard, celle tant attendue du réveillon, un drôle d'attelage effleurait les maisons.


Comme un traineau de père Noël, le fils jacaré retrouvé, volait dans la nuit encore chaude de soleil. Tout le lac voyageait à son bord et la sirène Noëlle tenait les rênes de feuillage pour guider le crocodile par-delà les habitations. À peine le père Noël passé, les lutins grenouilles et crapauds envoyaient les lucioles distribuer les cadeaux transparents.


Une d'elles déposait une bonne idée, l'autre, une bonne intention, et voilà tour à tour, offert en un balai lumineux, un beau souvenir, une jolie pensée, une inspiration, une saveur délicieuse, un éclat de rire, un tendre sourire, une réconciliation, une géniale invention, un subtil parfum, une rencontre insolite, un savoir ancestral, des envies de partage, des désirs généreux, des projets, des projets comme s'il en pleuvait !


La sirène Noëlle riait de bonheur et ses amis se réjouissaient de la voir si heureuse.


Non loin de là, le nénuphar dressé pour l'occasion de ses plus beaux apparats, offrait les honneurs de sa table à monsieur Crabe bleu et madame Crabe violoniste son épouse, madame Jacaré mère et monsieur le cavalier blanc. Tous quatre triomphaient d'être parvenus à leurs fins et d'ainsi gâter autrement petits et grands enfants.





FELIZ NATAL !


 *          *
*



À mon fils Morgan qui m'a peint et offert ce tableau qui représente le lac Jacaré dont il m'a confié la légende et à son épouse Paty. Tous les deux vivent heureux tout près de ce lac brésilien. Je les embrasse et leur envoie la petite sirène Noëlle avec son équipage complet et surtout tous ses jolis cadeaux !



Texte et tableau protégés et déposés





mardi 23 décembre 2014

EVELYNE DE GRACIA - MISSIVE CÉLESTE











Missive céleste



Nous y voilà ma petite sœur.

Je suis partie là haut il y aura quatre mois, jour pour jour le 24 décembre.

Toutes ces dates cultes qui s'inscrivent au calendrier marqueront à jamais ton calendrier de famille.

Si je pouvais te confier un secret...

Essaye de réfléchir un peu !

Mama dodo est partie le jour de mon anniversaire et je rejoins Papa à deux jours de sa venue sur terre. Veux-tu que je te rafraîchisse la mémoire?

Petite sœur, reste calme !

Ah si je pouvais, si je pouvais seulement donner un grand coup de pied pour montrer ce que je ressens...

Les magouilles, les caractères de chacun et leurs objectifs, c'est toujours très dur à mélanger. Nos ego...

Ici, on m'a appris à la jouer collectif, le bien de chacun se mêlant à l'intérêt de tous.

Je vous vois de là-haut par temps calme. La lumière baigne cette terre où tout le monde s'affaire.

Tout ce clinquant, ces paillettes, ces lumières ridicules qui clignotent sont si pathétiques, mais quand elles s'éteignent c'est qu'on est plus là pour les allumer.

Vue d'en haut il y a des gens merveilleux et d'autres qui le sont moins.

That's life ma petite sœur chérie.

Prends soin de toi et Take it Easy...






Texte protégé et déposé

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Composition de Evelyne pour sa sœur Véronique





samedi 13 décembre 2014

JEAN-LUC MERCIER - HISTOIRE D'AMOUR ET QUESTION D'AVENIR
















Histoire d'Amour et question d'avenir




Des amours nées hier à l’Amour pour demain – message et prière d’âme et cœur d’humain

Il y a ces amours de chair, il y a ces amours de sang. Il y a cet amour inscrit au fond de nous, un appel vital, un élan salvateur, message de gênes à l’espèce pour lui assurer son existence. Cet amour inné, qui bien peu se commande, sans mérite, et que pourtant sans cesse on glorifie.
L’amour convoité, l’amour recherché, l’amour conquit ou conquêtes, l’amour trophée ou trophées, et puis un jour l’amour piège, amour résigné que l’on affirmera choisi. Petite vanité. Comme s’il ne pouvait y avoir qu’un seul être prédestiné, celui qui ne se trouve qu’après longue quête par vents et marées… Amour victorieux d’une lutte acharnée ! Allons, allons… mais peu importe puisqu’il y aura le plus souvent toi, moi, toi et moi, des fruits sûrement, lui, ou elle, ou eux, nous trois, nous quatre, ou même nous dix… mais surtout eux, avec toi, avec moi, trop souvent sans nous deux… et pfft, un jour les oiseaux s’envolent ! Et après, parfois toi et moi encore, parfois toi sans moi avec d’autre(s) moi sans toi avec d’autre(s), ou seuls, seul. Mais une histoire de nous, écrite depuis quelques millions d’années, inscrite dans l’histoire de la vie, avec juste quelques vers en plus, quelques roses avec ou sans épines, quelques bijoux, ou des pacotilles, tous aussi inutiles, des accessoires pour certains, du viagra pour d’autres. Un nid, parfois cocon, parfois prison, aussi.
Pâle victoire, maigre conquête, les honneurs sont faciles. Ah ces amours là… quelle affaire. Et les musées se remplissent, puisque ces amours se peignent, se sculptent, s’immortalisent au cas où elles seraient immortelles ! À moins que ce ne soit par peur de les voir s’éteindre. Et les bibliothèques croulent sous les rayonnages trop lourds de recueils et de lettres ; comme si rien ne semblait n’avoir jamais été dit, il faut en ajouter. Mille fois ressassées, mille fois peintes ou sculptées, dix mille fois chantées, ces amours qui ne sont que des recettes de cuisine dont tous les ingrédients nous sont pourtant imposés. Mais voilà que chacun se prend à croire que son amour est si grand que jamais la Terre n’en connut de pareil, et que la Terre doit savoir que nul autre ne saurait l’égaler. Et comme brame son rut le cerf, nous voilà, avec tellement plus de délicatesse dira-t-on, étalant à l’humanité entière d’ordinaires sentiments camouflés sous de subtils mensonges. Puisque personne ne peut décrocher la lune, chacun décroche comme il le peut le pompon au manège, pour l’offrir amoureux comme un cadeau précieux.
Qu’importe ! Reliquat de compétition intraspécifique, tout est dit : course au plus bel hyménée, mots enflammés écrits en lettres d’or… et gagne l’admiration celui qui s’affiche le plus fort. Impose respect par débauche de moyens et de mots, surtout de moyens. Affirme qu’il existe encore des rois pour le vermeil, et des vassaux. Un peu de tulle et quelques dragées suffiront pour ces derniers. Et pour les vassaux des vassaux, ou les oubliés, un regard, un mouton peut-être, ou rien en tout cas qui ne mérite quelque émerveillement.
Et pourtant, pourtant… il n’y a rien de grand dans ces amours-là ; avec ou sans richesse, dans le satin ou dans le lin, habillées de Guerlain ou dévêtues sans parfum, du nord au sud… rien que de l’ordinaire. Elles ne sont pas choisies. Rien qui ne soit inventé, rien qui ne soit le fruit d’une volonté. Effrayante égalité puisqu’en matière d’inné, les nantis n’ont pas plus d’amour que les pauvres. N’en déplaise à ceux pour qui noces de vermeil, noces d’or ou de diamant, n’est qu’une affaire d’argent… des matières éternelles pour des amours fugaces dont il ne restera rien dans quarante-cinq ans, pas plus que dans cinquante et encore moins dans soixante.
Il y a donc ces amours qui nous rendent tour à tour chacun conquérant, idiot, romantique, jaloux, chose, tendre, vengeur, bestial, hypocrite, menteur, docile, attentif, terriblement égoïste… l’appel sauvage. La pulsion charnelle. La tension hormonale ! Une des grandes clés qui régit le monde, et son économie, qui écrit des lois et anéantissent des pouvoirs, qui font et défont des fortunes, dont les intrigues interagissent jusqu’au cœur des politiques et des fois, qui ébranlent les plus forts et toutes les certitudes. Plus encore, beaucoup plus encore… car des amours charnelles naissent d’autres amours, maternel, paternel, fraternel. Amours claniques qui nécessairement en découlent et que seules les scories de la vie altèrent parfois. C’est beau n’est-ce pas ? Mais c’est l’appel sauvage. Rien que l’appel sauvage. Non dira-t-on. Si pourtant. Et bien des Hommes ont peine à reconnaître qu’à quelques gouttes de Dior prêtes, qu’à quelques fantaisies artistiques prêtes, les pongidés ne font rien de moins que nous, et bien d’autres espèces sûrement. Manquerait plus demain que l’on découvre en leurs cris, en leurs gestes les prémices de chants et de danses, de créations d’art. Mais seront-ils là demain ? Avons-nous besoin de ces empêcheurs de tourner en rond, de ces cousins gênants ? Peut-être tant que nous saurons croire que nous leur sommes bien supérieurs… car sinon que nous restera-t-il d’autre que les revues « people », les téléréalités, ou pléthores roucoulades par SMS interposés, pour démontrer que nos amours sont autres que l’appel sauvage !
À moins que…
Non, ce serait folie ! Comment pourrait-on imaginer telle utopie ! Il faudrait pour cela tant d’Évolution encore avant que… !
Osons, osons quand même.
À moins, donc, que l’Homme comprenne qu’il existe un amour plus fort que tout. Un amour tellement plus grand, tellement plus beau et méritant que seules la conscience, l’intelligence et la spiritualité peuvent engendrer. Un amour véritablement volontaire, conquérant, initié, cultivé, dispensé, multiplié, fruit seul d’une grandeur absolue, fondamentalement antagoniste aux amours sauvages, affranchie du naturel, conciliable et concilié avec lui pourtant. Si aujourd’hui encore on dit « chassez le naturel, il revient au galop », ne peut-on imaginer qu’un jour on chasse le naturel pour révéler l’Amour ? Parce qu’il est vrai que cet amour là, n’a rien de naturel, ni charnel, ni paternel, ni maternel et bien plus que fraternel. Peut-être est-ce pour cela que nous ne savons pas encore tout ce qu’il peut engendrer de grand.
Nul être au monde n’a potentiellement ce pouvoir qui nous est donné de donner des ailes à cet amour-là, déjà né, mais presque toujours tu, étouffé, anecdotisé, secondarisé, ridiculisé même. Où approprié par des religions, chacune à sa façon, comme si l’amour n’avait d’existence que par la parole de Dieu ! En matière d’amour, et de cet amour là, chacun, seul, est Dieu, puisque Dieu est en chacun. Sans foi, sans croix, ou au-delà de toute foi, de toute croix, il faut oser penser ces choses-là. Il faut le vouloir et savoir que nous ne serons des Hommes que le jour ou nous aurons compris l’Amour pour autrui ; car il est sans conteste le plus incroyable défi qu’il nous soit donné de relever. L’Amour pour tout ce qui nous permet aujourd’hui d’être et de penser aussi, et bien sûr, puisque sans cela nous ne serions que sauvages. Il fallut 2270 fois les 200 000 ans d’existence de l’Homo sapiens pour que celui-ci commence à jouer avec des silex. Homo sapiens n’étant que le 1/2270ème du temps de l’existence de la Terre. Et que dire de l’Univers dont l’Homo sapiens n’en est que le 1/6885ème ? Tant de milliards d’années pour qu’à peine nés nous mettions le feu à la Terre en tapant sur des silex, et que nous nous coupions au passage. Il est vrai que les silex sont comme des lames de rasoir. Et que sommes-nous face à plus grand, à cet espace/temps dont nous ignorons tout. Rien. À peine sommes-nous dotés d’une conscience que nous l’oublions déjà. Des milliards d’années pour qu’après moult balbutiements l’élu dans cette course s’amuse encore à jouer à guéguerres, à s’accrocher à sa condition d’animal tout en le niant ; à faire l’arrogant, à celui qui sait ; à se croire tout puissant parce qu’il a remplacé
  • ses griffes par des missiles à ogives nucléaires,
  • ses poils par des moulés haute couture
  • son bain de boue dans sa soue par des bains de vapeur dans son sauna
  • sa quête de proies et de tubercules par sa recherche de la brasserie branchée
  • ses jeux dans l’herbe par sa PlayStation
  • et ses coups de crocs pour établir la hiérarchie par des grèves à répétition.
Non, ce ne sont pas les GPS qui nous traceront le chemin de l’Amour, alors… cessons de faire nos enfantillages de derniers nés trop gâtés. Soyons sérieux… il n’y aura pas d’autre chance : un petit déhanché de la Terre, un hoquet céleste, et pfft, nous disparaissons.
Alors, qu’attendons-nous ?
Fortuite ou création, notre existence est à ce jour l’aboutissement de tout ce que nous persistons à vouloir ignorer tout en le sachant. Que d’efforts, de colères et d’échecs, que de convulsions géologiques, que de chimie, de physique, d’essais biologiques avant que tant de ressources créées nous autorisent à être et à en user ! Toute l’humanité est un cadeau à elle-même, et nous voilà tels les chats sauvages dans notre territorialisme d’individu, telles les mangoustes dans nos territorialités de groupes !
Nés fondamentalement d’espèces sociales, ou à territorialité grégaire modérée, nous voilà à combattre pour l’individu plus que pour la société, pour la propriété plus que pour la planète ! Quel gâchis ! Fiers de notre amour copulatoire, fût-il fort agréable et si bien affiché, fiers de nos progénitures comme si nous avions inventé l’art de nous pérenniser ! Et nous voilà exhibant les poitrines remodelées ou voilant les corps, vaniteux au point de se gonfler les pectoraux ou le poil des barbes, c’est selon, mais incapable de se vouer enfin à la seule cause qui nous sauvera peut-être, à la seule en tout cas qui un jour fera disparaître les mots guerres, haines et précarité de la bouche de nos enfants. Il est vrai qu’il est plus facile de leur laisser le bébé. Il est vrai que cet amour-là nous oblige à, nous impose de, nous contraint à, nous prive de. C’est dur de partager, dur d’admettre que nous en avons trop quand d’autres n’ont rien, dur de sourire à une gueule qui ne nous revient pas, dur d’accepter que bien des vérités appartiennent à tous, dur de s’obliger à d’autres modèles de vie, d’autres façons de penser. Tout ce que nous savons faire depuis nos origines dans nos amours conjugaux et (ou) parentaux, tout ce qu’il nous est donné de le faire en conscience, toute cette voie tracée… et il nous faut encore hésiter alors qu’il suffirait de transposer ! Il y a tant de pas à faire encore que nous ne pouvons sans cesse transformer les bancs pour nous reposer un peu en méridiennes pour de longues siestes. En Amour comme en toute chose, trop attendre éteint les ardeurs.
Mais peut-être les mots sont il faux, peut-être les songes ici sont surfaits, peut-être l’Humanité s’assoie sur son apothéose sans l’avoir même sentie passer. Préférant le joug et la gloire, la guerre et la paix, la misère et les ors, les bidons villes et les bunkers dorés. Il resterait alors la damnatio memoriæ pour effacer de l’histoire de la Terre l’existence même de l’Homme et l’essence de ce qu’il aurait pu seul créer… l’Amour.
Peut-être alors que par tous ses tentacules le dieu unique né des pensées polythéistes d’antan sourira en pensant que la théodicée, pas plus que lui-même n’avait de sens. Mais très en colère, il n’aura d’autre choix que de s’oublier à lui-même.

Quel que soit la foi ou la non-foi, il est possible de croire en l’Amour, possible de croire que tous ensemble nous pouvons croire en cet Amour et tenter avec envie et volonté… OSER, maintenant !




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sur le site iPagination




dimanche 7 décembre 2014

STÉPHAN MARY/LE ZÈBRE - LA COMPLEXITÉ AMOUREUSE










Regards - Montage personnel de Stéphan Mary/Le Zèbre





La complexité amoureuse


Point de vue d'un enfant


La complexité amoureuse s’étale à perte de vue sous mes yeux, encastrée dans une forêt d’idées dont l’écorce diffère d’un arbre à l’autre.

L'enfant finit son devoir par ces quelques mots mais il appréhende que quelqu'un comprenne la chose. C'est délibérément qu'il ouvre le capuchon du stylo, saisit la recharge et appuie de toutes ses forces pour que l'encre vienne ternir le sens de ces quelques mots. Il commence par tacher dans une forêt d'idées. On lui demande d'être comme les autres, il faut nécessairement qu'il ne mette pas en avant son imagination un peu délirante. Il s'arrête un instant sur sa phrase "La complexité amoureuse s’étale à perte de vue sous mes yeux, encastrée, dont l’écorce diffère d’un arbre à l’autre". Il n’est pas convaincu, son texte reste intelligible. Il fait un trait épais sur encastrée dont l'écorce diffère puis relit "La complexité amoureuse s’étale à perte de vue sous mes yeux d’un arbre à l’autre». Cela est encore compréhensible par les adultes qui doivent le juger. Il ne faut pas que ces gens là pénètrent son secret. En conséquence de quoi, il doit encore amputer et décide de rayer s'étale à perte de vue. Sa phrase devient donc "La complexité amoureuse sous mes yeux d’un arbre à l’autre". Mais il suffit que l'adulte mette une ponctuation dans ce petit bout de texte et cela va redonner un sens. Très bien se dit l'enfant, dans ce cas là je vais noircir les mots sous mes yeux ainsi ce qui donne "La complexité amoureuse d’un arbre à l’autre". Très déçu l'enfant rageur élimine ce qui le touche de près et broie d'un arbre à l'autre. Ne reste plus que La complexité amoureuse.

Il regarde longuement ces trois mots, pense à ses parents en plein divorce qui se déchirent violemment pour avoir sa garde. La complexité amoureuse ! L'instit va lui mettre zéro, une rédaction en trois mots équivaut à la tête à Toto. Il attrape alors tous les mots, les met dans sa main et secoue le tout. Il en ressort ce que personne ne comprendra jamais :

D'un arbre à l'autre diffère la complexité encastrée dans une forêt d'idées dont l'écorce amoureuse s'étale sous mes yeux à perte de vue.

Texte protégé et déposé



sur le site WeLoveWords




dimanche 23 novembre 2014

ANNA LOGON - MANHATTAN MELODY




MISE EN VOIX JAVA ET TIPPI (voix de l'Écho)












« Manhattan Melody »


I

Collectionneur d’éphémères,
J’avançais dans la vie
Droit devant, sûr de tout,
Surtout de mes libertés
Que j’humais nez aux vents,
Sans jamais m’enchaîner.
Pharmacien des maux,
J’essaimais magicien
Quatre mots friandises
Anesthésiant les cœurs,
Pour consommer leurs corps,
Comptoirs de mes fast-foods.
Doigts frivoles,
Aiguillon désireux,
Appétits dégoulinants
Une ivresse enragée.
Promptement,
Je portais l’estocade,
Brefs à-pics décharnés,
Jouissance dénudée de plaisir,
Ni saveur ni lendemain,
Qu’il soit pire ou meilleur !

Sur Colombus Avenue,
Elle sortit de voiture.
Je ne vis que son pied,
Fin et assuré.
Le bout d’une chaussure.
Premier pas dans mon existence.
Ensuite, découvrais
Une cheville charmeuse,
Le contour du jarret,
Perchés en gratte-ciel.
Déjà, me régalais.
Pourtant j’en avais vu
De toutes les beautés,
Des musclés, des fragiles,
Du piment exotique
Au parfum clandestin.
La silhouette élancée
S’extirpa ondulante
De son bleu habitacle.
Nul besoin de bouquet,
Elle ne m’attendait pas.
Me fallait l’aborder,
Aucun mot parut digne.
Comment ? J’en restais coi ?
Ah, gourmandise inconnue...

II

Collectionneuse d’échecs,
J’escaladais l’existence
Droit devant, fière de rien,
Sauf de rêves fébriles
Glacés aux courants d’air.
J’avançais entravée
À l’ancre de mes maux.
Je renversais sur mes plaies
Des mots d’encre placebo,
Cautérisant le papier.
Dans la vie,
Il n’y a pas que le Q,
Bon sang, il faut du I !
Depuis, je ménageais mon cœur,
Comptable des morsures
Des guerriers de passage,
Confiants d’élans pressés,
Prétentions arrogantes.
Fuyais ces abordages,
Leurs bréviaires insipides
Abreuvés de « Je t’aime »
Superficiels, médiocres.

Sur Colombus Avenue,
Je garais ma voiture.
Puis me tordis le pied,
Injuriais l’effilé
Du talon de ma chaussure
Venant de se coincer
Sous ce maudit embrayage !
Dépêtrais chancelante
Ma silhouette énervée
Du sanglé habitacle.
Premiers pas dans la rue.
Alors, éprouvant
Une cheville douloureuse,
Le galbe bleui du mollet,
Sa brûlure artérielle,
Déjà je gémissais.
C’est là que je l’ai vu.
Ni beau ni musclé,
Au profil commun,
Finalement,
Rien de bien excentrique.
Puisqu’il se trouvait là,
Me fallait le héler,
Nul pas assez solide
Permettait d’avancer
Vers cet individu,
L’anonyme de la foule...

III

Premier soir, j’suis en retard.
À la moindre réflexion,
Je lui propose un verre
Et on conclut vite fait !
Si madame sait se taire,
Sans me prendre la tête,
OK, on ira au resto,
Eleven Park,
Un must sur Madison.
Soudain, je l’aperçois,
Jupe courte,
Elle avance.
Longues jambes,
Hanches cintrées,
Eh eh... Bonsoir, ma mignonne,
J’accélère mon pas.
Elle me sourit.
Soyons gentleman,
Un galant baisemain.
Ma tête s’incline,
Mes yeux plongent,
Apprécient
Col ouvert,
L’échancrure,
Dentelle blanche,
La naissance des seins
Déjà, j’imagine ma bouche
Sur ce mamelon pointu.
« Si nous prenions un verre ? »
King Cole Bar, 55th St.
Un Cosmopolitan pour elle,
Moi, une mousse
Ambrée comme sa voix,
Enivrante, sexy.
La soirée s’annonce bien.
« Je t’invite au resto ? »
Une table, deux bougies,
Trois fleurs, c’est parfait,
Les filles adorent ça.
Sous la nappe, je devine
Les cuisses croisées,
Tièdes.
Le songe se fait voyeur,
Bas ou collants ?
Elle parle beaucoup,
Mais, loin d’être sotte.
J’aime bien sa turbulence,
Un je ne sais quel...
Qui m’intimide.
Pff ! Dis pas n’importe quoi !
Mon vieux, sois sérieux,
Reprends-toi.
Je m’évertue d’être drôle,
Femme qui rit
Sera plus tôt dans ton lit !
C’est l’heure de l’addition,
Ah oui... Quand même...
Le temps passe, vite.
Allons à Central Park,
Ce banc sera très bien.
Soudain, je n’en peux plus
Lui mange les joues,
Dévore toute sa bouche.
Ses paupières se ferment,
Quand elle m’offre ses lèvres.
Ça m’électrise, m’échauffe.
Turgescence...
Sacré briscard, tu bandes !
Allons, mène-la dans ton lit,
Éperonne-la prestement !

Je te serre dans mes bras,
Et voudrais t’y garder.
Ta bouche coquine,
Ta main dans mon cou.
Oui caresse-moi encore, et...
Retiens-toi, mon gaillard,
Non pas elle, pas tout de suite...
Dis-moi vite « À bientôt »,
Please, deux petits mots,
Pour la première fois
Je pourrais les entendre.
Cette nuit, il faut nous quitter.
Tu me manques déjà,
Retiens-moi,
Ne sois pas éphémère...



IV

Le soir guette mon impatience.
J’épie ombres,
Signe d’une main,
Filament de voix.
Soudain, entre les hauts buildings,
Mes yeux se précipitent sur lui.
Il avance vers moi.
Voilà enfin l’instant.
L’agitation alentour devient floue.
La rumeur de milliers de pas
Filant aux logis
Disparait.
Je ne vois que lui.
Nos sourires se reconnurent.
Sur ma main, ses lèvres sages
En gracieux interlude.
Un verre préambule.
Je bois l’azur des prunelles,
Le velouté de sa voix,
En cocktail grisant.
Lueurs feutrées de l’auberge
Suaves agapes, grâces sucrées.
Plaisantes fariboles
Et riches bavardages
S’entrelacent.
Nos âmes fébriles tissent
Un face-à-face arc-en-ciel...
Balancier immobile
Dans les langueurs du soir.
Sur le banc s’attardant
Au cœur de Central Park
Mille joyaux tombaient
Sur mon visage clos
En fine nuée d’or.
Un délice,
Que dis-je, un vertige
Me parcourt les veines.
Les silences s’envoûtent
Sous le cobalt céleste,
S’entremêlent des mots
Aux douceurs hypnotiques.
Orfèvrerie nocturne
Dans l’havre de ses bras.
Ne pouvant nous quitter,
Sa bouche jamais rassasiée
Réaccoste en ondes infinies.
Encore et encore !
En vagues bondissantes
L’une au-dessus de l’autre.

Emporte-moi au loin.
Ne sens-tu pas
L’impossible couvre-feu
Naissant au creux de mes reins
Courir en vibrations lascives
Jusqu’au brûlant abîme ?
L’indécente intempérance
Me dévore la moelle,
Et toi seul peux l’étreindre.
Je me donne entièrement,
Soudainement voluptueuse,
Mon corps, ma raison.
Alors prends, vole, pille !
Mais par pitié...
Viens...


V

Avant les premières ombres
Et l’hiver de nos nuits,
Calmer l’horloge de l’entrée,
Nous rendre la mort patiente.
Faire du temps qui nous reste
La plus belle des ivresses.
Croquer toutes les pommes
De nos derniers Éden.
Dimanche, le soleil glissera
Ses douceurs en terrasse,
Sur la place du marché
Un nouveau fromager,
Une bouteille de vin
En garance nectar...
Un joyeux Saint-Amour !
Tendresses silencieuses
Entre nos doigts noués.
Nos regards toujours vifs
En complices dialogues.
Nos bras moins vigoureux
Où nos cœurs se blottissent,
J’entends battre le tien
Le long de ma poitrine.
Ma main toujours câline
Dans le creux de ton cou.
Deux gouttes et trois cachets
D’amour chaque jour,
En heureux pharmacien.
Ton affection se penche
Au-dessus de mes nuits,
Elle veille sur mon sommeil.
Tu caresses mon front, mes cheveux,
En m’écoutant dormir.
Notre tendresse si vivante
Depuis toutes ces années
Malgré les cailloux bleus,
Parfois, dans nos chaussures.
Alors, j’allais pieds nus,
Vers toi, tendais mon âme.
J’ai tant besoin de toi,
Comme je te suis précieuse.
Nous nous sommes appris,
Et parfois devinés,
Nos forces et nos faiblesses,
Les désirs, les refus.
Nos ardeurs subsistent
Aux corps qui s’affaiblissent.
Nos caresses apaisantes
Endorment nos douleurs.
Mon bel amant,
J’aime toujours tes baisers
Telle une pluie printanière.
Souvenirs dans nos veines,
Marqueurs guérisseurs
De notre mémoire...
Intacte ?

- « Et qu’avions-nous dîné ?

- Du foie gras en entrée,
Après, m’en rappelle plus...

- Qu’avais-tu pris en dessert ?

- Tes lèvres, ma douce, t’en souviens-tu ?

- Comme si c’était hier...
Quel bonheur, tout de même,
Que ce talon cassé !
Ça tient à peu de choses
La vie...
L’amour...

- Sais-tu, ma mignonne,
Sans ta foutue cheville,
Je t’aurai bien baptisée
Sur le capot de ta Pontiac !

- Oui oui, mon bel oiseau,
À l’époque, tu étais encore vert... »



Anna – 15 Mars 2014 ©




Un texte  inédit offert très généreusement par Anna à TippiRod VOTRE ÉCHO pour notre plus grand plaisir à tous ! MERCI ANNA !