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LA VOIX DE L'ÉCHO

POUR LE PLAISIR DE TOUS: AUTEURS, LECTEURS, AUDITEURS...

jeudi 18 septembre 2014

ELSA/CATHERINE DUTIGNY - CARNETS SECRETS - NOTES DE L'AUTEUR (2)











Notes de l’auteur (2)



Le crissement de ma plume grattant le papier, arrachant parfois la fibre de ces cahiers d’écoliers va finir par me rendre fou. Est-ce ce bruit ? Ou aurait-on trempé en mon absence ces inoffensives feuilles de papier destinées à s’orner de pleins et de déliés dans quelque mixture de Birettes, ces sorcières qui peuplent notre Boischault ? En relisant les pages que je viens de remettre au propre, je comprends que je me transforme peu à peu en une stupide marionnette guidée par les doigts agiles de Jules et qu’il a réussi ce tour de force de me donner l’illusion d’avoir été présent lors de ses prétendues conversations avec le chat. Si mon ami cantonnier avait le don de conter à voix haute et que je tente de reproduire fidèlement ses propos, j’en prête certains de mon cru à ce chat diabolique et j’ajoute force détails qui sortent directement de mon imagination enfiévrée. Disons que pour le moins et tant que je reste lucide, je reconstitue, que je comble et digresse là où les blancs de la narration m’offrent l’opportunité de me glisser à côté d’eux, comme une ombre attachée à leurs pas et qu’habité par leurs fantômes, j’ai le sentiment d’avoir été le témoin oculaire de leurs faits et gestes et l’oreille privilégiée de leurs confidences. Et je m’aperçois aussi que quelques précisions réalistes ont échappé à ma vigilance. Moi qui souhaitais qu’en aucun cas l’on ne puisse mettre un nom sur ce village et que l’on n’en reconnaisse les protagonistes, j’ai bien peur d’en avoir déjà trop écrit, d’avoir donné à quelques fouineurs l’envie irrépressible de rétablir certains patronymes soit par simple curiosité, soit par goût du scandale. Il me faudra donc revenir sur certains noms et biffer des phrases entières, si par hasard, cher lecteur tu t’avisais non seulement de me lire mais également de mener toi-même ta petite enquête. L’autre solution, la plus simple et définitive, j’en ai déjà évoqué l’éventualité, consiste à jeter au feu cette histoire, une fois terminée, auquel cas, il est inutile que je m’adresse à toi.

Tu vois, j’hésite… d’autant que l’envie me démange de rapporter une anecdote qui m’est revenue à l’esprit en pensant à la cérémonie du 11 novembre évoquée par Jules et celle-ci, tu peux me croire, je ne l’invente pas. Je m’en souviens comme si c’était hier. Privilège de l’âge avancé qui rend les souvenirs lointains infiniment plus clairs et précis que ceux de la veille.

Bien que beaucoup trop jeune pour avoir été soldat en 1940, en tant que nouvel instituteur dans ce bourg, il était de mon devoir d’être présent aux côtés du maire et des anciens combattants lors de cette cérémonie. Je ne connaissais encore que peu de personnes et je me devais de faire bonne impression. J’étais rasé de près et avais sacrifié mes cheveux trop longs aux bons soins d’un coiffeur qui confondait coupe dégradée et taille réglementaire pour appelés du contingent. Un ancien costume de mon père, retaillé à mes mesures par ma mère me conférait l’air sérieux et bien de sa personne qui, dans mon esprit, correspondait à l’image que je voulais imprimer dans les cerveaux des parents d’élèves. Contrairement à un médecin débutant, ma jeunesse ne présentait pas un handicap à leurs yeux, le prestige du savoir l’emportant sur l’inexpérience. C’est donc parfaitement propret et fier de cette première participation à une cérémonie officielle que je rejoignis la petite foule qui s’agglomérait autour du monument aux morts, les porte-drapeaux laissant flotter au vent les couleurs tricolores, médailles militaires épinglées au revers des vestes, les enfants de l’école alignés en rang d’oignons, l’orphéon municipal éclaboussant l’azur de leurs cuivres étincelants. Je m’y prêtais de bonne grâce, car en dehors du respect dû à tous nos disparus sur les champs de bataille que je ressentais au plus fort de mon âme, de la présence de mes nouveaux élèves, il me fallait y gagner la sympathie de tous. Quand l’élu de l’époque prit la parole et qu’après avoir débité quelques formules de politesse, il cita le Maréchal Foch par cette phrase devenue célèbre «Parce qu'un homme sans mémoire est un homme sans vie, un peuple sans mémoire est un peuple sans avenir...», le silence se fit dans l’assemblée, ce que je pris naïvement pour une marque de recueillement. Mais, curieusement, les gens l’avaient quitté du regard et lui-même paraissait attendre quelque chose de particulier avant de reprendre le fil de son discours. C’est alors qu’une voix se détacha de la grappe humaine avec la profondeur et la gravité trémulante d’un André Malraux rendant hommage à Jean Moulin pour, en trois petites phrases, figer l’assemblée dans l’indignation pour certains, dans des fous-rires étouffés pour quelques autres.

La voix disait ceci : « Les morts t’écoutent…  les morts t’observent… et les vivants les vengeront… »

En dehors de moi, personne ne semblait véritablement surpris. Le fauteur de troubles ne s’était même pas donné la peine de se cacher et tout le monde semblait le connaître. En suivant leurs regards je découvris un homme d’un âge certain, les cheveux grisonnants, la face zébrée de profondes rides qui tenait par la main une jeune fille légèrement grassouillette dont l’expression du visage était masquée par une paire de grosses lunettes. Le maire reprit la parole comme si l’incident était attendu, voire espéré et faisait partie d’un rituel immuable auquel il se soumettait, contraint et forcé. Les gerbes déposées, la sonnerie aux morts ayant retenti, suivie de la traditionnelle minute de silence et des premiers accords de la Marseillaise, j’abandonnai mes élèves à leurs parents et me rapprochai de l’individu qui avait enfreint la règle d’or, celle du calme absolu en pareille circonstance.

C’est ainsi que je fis la connaissance de Jules et de sa fille Charlotte. Les présentations faites, je me hasardai à l’interroger sur la signification de son intervention. Il ne me répondit pas immédiatement, mais me signifia après une légère hésitation que si j’étais patient, il saurait répondre à ma curiosité, voire plus encore. Il me planta là, et repartit en tenant toujours la jeune fille par la main dont je venais seulement de comprendre les déficiences physiologiques et intellectuelles. Trois jours plus tard, il sonnait à la porte de mon logement de fonction, mais pour me parler de Charlotte et me demander de continuer à la scolariser. Pas un mot sur l’affaire. Deux années après cette première rencontre, ayant enfin obtenu sa confiance, il accepta de me livrer ses secrets que je retranscris dans ces pages.

J’avais appris entretemps par quelques indiscrétions glanées en marge de mes rencontres avec les parents d’élèves que cette intervention de Jules se perpétuait depuis déjà plusieurs années avant mon arrivée dans le bourg et que cela avait commencé avec l’ancien maire, un certain Blandin qui n’exerçait plus ses fonctions. On me parla d’une femme, vêtue d’habits de deuil qui aurait lancé cette phrase menaçante en pleine cérémonie dans le début des années soixante. Jules ne faisait, disait-on, que perpétuer la chose… puis on se taisait, comme épouvanté à l’idée de réveiller des spectres.

La femme en question ne se prénommait pas Marthe, pas plus que Jules ne se prénommait Jules, et Blandin, Blandin, puisque je te l’ai déjà dit, cher lecteur, j’ai changé les noms et prénoms.

Au lieu de passer tes loisirs à essayer de connaître la véritable identité de ces personnes qui ont chamboulé les esprits de quelques compatriotes et modifié le cours de mon existence, laisse-toi porter par la suite de ces carnets. Que t’importe après tout de découvrir qui ils étaient. Voilà bien la marque d’un siècle où gavé d’informations, le quidam veut toujours en savoir plus. Tout cela pour découvrir finalement qu’on lui a menti sur toute la ligne, volontairement ou par omission. Alors que pour moi Marthe et Jules, Arsène et tous les autres ont parfaitement existé. Fais de même…

Je te rappelle à toutes fins utiles que mon ami cantonnier devait se rendre à Limoges, rencontrer un journaliste afin d’en apprendre davantage sur le dossier de Ronald, et qu’Arsène devait affronter ce qui ressemblait fort pour le matou à un voyage extraordinaire, coincé au fond d’un panier ; voyage qui n’avait qu’un lointain point commun avec celui décrit dans le roman publié en 1863 par Jules Verne, sauf l’osier dont était fabriquée la nacelle. Ils s’y rendirent, si mes notes sont exactes, le 25 novembre, à moins que ce ne soit le 24, Jules n’étant pas toujours très précis dans ses dates. Une erreur d’un jour ne changera rien et n’aurait rien changé aux événements qui s’ensuivirent.

Je te propose donc de les retrouver sans plus attendre, à l’arrêt du car. Le 24, ou le 25… Cette imprécision m’énerve quand même un peu.




à suivre...



©Catherine Dutigny/Elsa, août 2014
 à retrouver sur iPagination










dimanche 14 septembre 2014

JAVA - TU CROYAIS POUVOIR





MISE EN VOIX JAVA





Tu croyais pouvoir...

Tu croyais que leurs doigts touchaient le ciel...

Tu voyais la connaissance comme un escalier et que tu le gravirais

Petit singe savant, tu as apprivoisé les mots, tu es entré dans le cercle.



Ils t'ont regardé.

Ou peut-être, t'es-tu regardé.

Eux voyaient déjà plus loin que le cercle,

Tu n’imaginais pas que leurs yeux fouillaient tes origines.



Confusion des paroles

Les tiennes volent sans les toucher.

Bon élève et naïf, tu voulais les maîtres curieux

Regarde les sourire et comme ils sont absents à tes efforts



Tu voulais faire des mots un chemin

Qui, sans autre guide t'aurait mené ailleurs

Mais ils ne sont plus des passeurs, ils n'ont plus ce pouvoir.

Mais rien n’est vain, regarde, tu as fait de ton histoire un horizon



Les mots ne sont rien sans la couleur.

Même si ce noir dont tu les peignais les a habillés parfois

d’attributs moins gais que les teintes que tu volais aux arcs en ciel

ils t’ont donné la vie quand que tu ne les voyais qu’en simples lanternes



N'envie plus les maîtres penseurs

Ils tuent beaucoup plus qu'ils ne font vivre

Dans ton ignorance tu les voyais parler aux étoiles

Alors que dans leur suffisance, ils ne tutoyaient qu'eux-mêmes.



Ne va que là où tes pas peuvent te porter

Tu peux voler, mais sache que ce ne sera qu'un rêve

Et si là où tes pas te mènent tu dois encore ouvrir des portes

Alors ces mots si tu les aimes t’aideront à fabriquer toi-même les clés



Porte un regard de paix sur toi-même

Et par delà la connaissance qu’ils te donnent

N'oublie jamais mon ami, mon frère que les mots

Seront toujours un lien de lumière entre les hommes









Texte protégé et déposé
sur le site iPagination

jeudi 11 septembre 2014

ELSA/CATHERINE DUTIGNY - CARNETS SECRETS SUITE 24








Panier en osier à double battant






Suite 24




Jules avala une grande goulée d’air avant d’entamer sa narration.

- À force de déblayer ou d’empierrer les routes départementales de tout le canton, d’en régler les accotements et talus, d’avoir nettoyé tous les ponceaux qui enjambent nos rivières, je connaissais la moindre aspérité du bocage, la hauteur et la qualité des bouchures, l’emplacement de chaque ferme, la profondeur des grottes naturelles, les corps de bâtiments abandonnés, anciennes écuries, étables, mégalithes recouverts par la terre. Je connaissais aussi tous les prés à l’écart des routes, des endroits où personne ne venait s’aventurer d’ordinaire. En 1943, y a un gars originaire de Bourganeuf qui me contacte et me propose d’intégrer une équipe de maquisards dont la principale mission est de récupérer les containers d’armes parachutés par les anglais. Le gars en question, c’était pas n’importe qui. Le colonel ! Un ancien as de l’aviation française de 14-18 et aussi un as de l’évasion, ce qui ne l’a pas empêché de finir dans cette saloperie de camp de Langenstein-Zweiter. J’saurai jamais s’il est mort d’épuisement à creuser des galeries où les Schleus voulaient enterrer des moteurs d’avions Junker ou s’il a fini pendu à une branche du « pin de la mort », réservé à ceux qui tentaient de se faire la belle. Vu son passé d’ancien prisonnier évadé de la Hollande, j’pencherais plutôt pour la seconde explication. Il avait bien connu mon père et comme qu’on disait en ce temps-là, ils avaient été de sacrés poteaux sur les bancs de l’école. Alors le chat, tu vois, un truc comme cela, ça ne se refuse pas. C’est pas compliqué à comprendre. Et j’ai fait ce qu’il m’a dit de faire jusqu’en 1944… jusqu’à ce que le réseau soit démantelé et que la plupart de mes copains aient terminé une balle dans la caboche ou soient envoyés dans un camp en Allemagne se faire exterminer. Sauf deux ou trois en dehors de moi, dont un qui va p’tête nous être utile. C’est à lui que j’pensais en t’écoutant parler.

Jules croqua dans une pomme Reinette dont le jus limpide et sucré mouilla les commissures de ses lèvres qu’il essuya du revers de la main.

- Je m’en doutais, vous êtes un héros…

Arsène n’avait pas encore touché à sa truite et couvait son ami d’un regard admiratif. Le cantonnier haussa les épaules, l’observa avec des yeux brillants, mais prit le temps de rogner son trognon avant de lui répondre.

- Tu parles d’un héros ! J’ai juste fait mon devoir et j’ai jamais tiré un coup de fusil en dehors de la chasse. J’peux même te dire que j’avais le trouillomètre à zéro, les soirs de pleine lune quand on allait récupérer la marchandise. Ha ça oui, j’en menais pas large… je ne devais pas être le seul, remarque… Bon, qu’est-ce que je disais ?… Ah oui, ça me revient ! Le gars auquel je pense, était en charge du phare blanc pour baliser le terrain au moment du largage. Armand qu’il s’appelle et on a gardé contact depuis. Il est journaliste au Populaire du Centre, au Popu, si tu préfères… Il y a pas plus débrouillard et sympathique que ce gars-là. Je peux compter sur lui, mieux que si c’était mon propre frère. J’vais lui écrire une p’tite bafouille et prendre rendez-vous chez lui sur Limoges. On ira lui rendre visite tous les deux. Y’a des trucs que tu comprends et qui moi, me passent là.

Il accompagna sa phrase d’un large geste de la main au-dessus de sa tête.

- Pas pour maintenant parce que je me vois pas avec ma hanche me trimballer en car jusqu’à la ville. Faut d’abord que j’aille me faire soigner chez le rebouteux. Lui, il saura me remettre d’aplomb. On a bien un nouveau médecin, un jeunot qui a une bonne tête, mais tu vois, le chat, jeunot et médecin, ce sont deux mots qui collent pas ensemble. On va lui laisser faire ses preuves au carabin avant que je ne lui confie ma vieille carcasse. Et puis, mercredi, il y a la cérémonie du 11 novembre et je ne laisserai à personne d’autre le soin de nettoyer les abords du monument aux morts, vu qu’il y a le nom de mon père dessus. Après faudra que je me fasse porter pâle à la mairie. Une occasion de plus pour voir la tête de Blandin et avec un peu de chance consulter les registres. Si la Marthe a accouché dans le patelin, je devrais retrouver une trace de la naissance. Ben, dis donc ça fait un bail que je n’avais pas autant de projets dans la tête ! Et tout cela grâce à toi ! J’te propose pas un coup de gnôle, t’as pas l’air d’apprécier, mais moi je vais me servir un verre et boire à notre collaboration ! Aïe zut ! vl’à un mot que j’aime pas trop… à notre amitié… oui, à notre amitié… Ben, t’as pas mangé ta truite ? C’est-y qu'elle est pas bonne ?

Arsène baissa le museau vers le poisson qui avait gardé l’odeur rance du beurre roussi. Effectivement, le plat dont il avait rêvé ne présentait plus guère d’attraits. Il ne voulait pourtant pas vexer son ami parti fouiller dans les bouteilles du placard. Il fit un effort surhumain ou « surfélin » pour être plus en accord avec son espèce, afin de chiper un morceau près de la colonne vertébrale ayant échappé à la trop forte cuisson. Le choix s’avéra judicieux et poursuivant la ligne jusqu’à la vertèbre caudale, il parvint à se rassasier et faire honneur aux dons culinaires approximatifs du cantonnier. Un toilettage méticuleux vint parfaire la fin du repas. De tout le discours du bonhomme, il n’avait gardé qu’une seule chose en tête. Ils allaient se rendre à Limoges. Limoges, une ville ! Pour Arsène, qui n’avait jamais dépassé les limites de la contrée du Boischault, une pareille escapade représentait le comble de l’aventure. Jules lui aurait proposé de traverser l’Atlantique à bord du paquebot France, inauguré quelques mois auparavant, qu’il n’aurait pas été plus proche de l’extase. Limoges ! Un nom qui revenait sans cesse dans les discussions des gens du bourg… une ville où son bon maître se rendait tous les mois dans sa rutilante Peugeot 203 pour, disait-il l’œil égrillard, « vaquer à ses petites affaires ». Un lieu certainement magique puisqu’il en revenait toujours la mine épanouie, sifflotant comme un pinson. Le chat avait noté également que Jules avait mentionné qu’ils prendraient le car. Là encore, une grande première. Comment fallait-il se comporter dans une grosse boîte en fer bien plus vaste, mais bien moins confortable que la voiture du fils Blandin ? Devrait-il se lover entre les cuisses de Jules ? Ce qui avait été doux et moelleux avec la Moune risquait de tourner au cauchemar entre les genoux cagneux du cantonnier. Il décida d’en avoir le cœur net.

- Devrais-je rester blotti sur vos genoux tout le temps du trajet jusqu’à Limoges ou y-a-t-il des sièges réservés aux chats dans le car ? demanda-t-il à Jules qui sirotait sa gnôle.

Le bonhomme fit claquer sa langue et pointa son doigt en direction d’un panier en osier à double battant, vestige de fort anciens pique-niques, qui prenait la poussière perché en haut du buffet.

- Tu voyageras en première classe… là-dedans…

Arsène considéra l’objet avec effroi. Et dire qu’il existait une troisième classe ! Son enthousiasme prit un sacré coup de chevrotine dans les moustaches.




©Catherine Dutigny/Elsa, août 2014





à suivre...



mardi 9 septembre 2014

MARCEL FAURE - 0136 à 0140 de La danse des jours et des mots


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Samedi 4 février 2012 

Cher Marcel,
Merci avant tout pour ce comment, cordialement articulé et long.
Tu vois, souvent ici, on oublie que suis italienne et avec une formation culturelle, pas extraterrienne, mais differente.
Alors, je crois que si j'étais Japonaise je serais arrivée ici avec mon bagage de Tangas, Haikus, Gogyohka, etc. donc avec une forma mentis pour l'approche à la poésie, purifié, minimaliste et loin des tressements rimes, pieds.
Moi j'ai étudié la poésie d'Homère en hexamètre dactylique, Dante en terza rima et ses endecasyllabes, mais j'ai aussi profité de la poésie hermétique de Ungaretti, Quasimodo, Montale, Saba.
Chez eux le sens est recherché au maximum avec une distillation, un polissent jusqu'à l'essentiel avec le support des analogies.
Mais je vais encore plus loin...
Comme je crois que la poésie peut être crée par tous, selon l'intérêt, la formation et la sensibilité, je trouve qu'aujourd'hui nos jeunes consomment aussi leur dose quotidienne de poésie plus au moins riche de contenu, originelle et enrichissantes auteurs de chansons pop, comme autrefois les auteurs du mélodrame ou de l'opéra font de la poésie.
On a Cohen, Brel, Brassens, De André, Ferré, Conte, De Gregori... Lennon et encore...
Alors si l'Alexandrin que, moi aussi parfois je cache dans mes examêtres, ne pourra jamais être mon compagnon poétique, j'ose dire que la poésie moderne elle est vive et belle, même si on la repère loin de lieux de culte d'autrefois.
A plus et encore merci.
Galatéa belga.



Dimanche 5 février 2012 

Oui, la chanson moderne rejoint souvent la poésie, et la musique donne de la couleur aux mots. Pour être entendus, beaucoup de poètes sont passés par là, ceux que vous citez, d'autres encore, moins connus, mais souvent talentueux, je pense à Jean Vasca entre autres.
Vous parlez de votre culture italienne et de sa richesse pour souligner que chaque culture possède ses richesses et influence ses citoyens. Mais au-delà de cette culture, un linguiste français dont j'ai oublié le nom, souligne que la structure générale d'une langue, conditionne les grandes lignes de cette culture. Ainsi nous Italiens, Espagnols, Roumains, Français avons une culture assez proche les uns des autres et avons parfois du mal à entrer dans les formes de pensées des Anglais ou des Américains du nord.
Parmi les poètes italiens que vous citez, le seul que je connaisse un peu est Eugénio Montale que je ne trouve pas si hermétique que cela. Une citation de lui pour terminer :
" Il faut trop de vies pour en faire une. "

Amitiés, 
Marcel.



Lundi 6 février 2012 

Oui, Marcel nous avons beaucoup en commun comme cultures mais aussi de différences qui nous enrichissent chaque fois on entre en contact et on explore plus.
Quand on parle de poésie hermétique italienne le mots hermétique signifie avant tout désir de dire le plus possible peu de mots polis et résonnants...


Par exemple

Ungaretti dans 



Soldati

Si sta come

d'autunno

sugli alberi

le foglie


Soldat

On est 

comme en automne

sur les arbres

les feuilles


Ou encore Quasimodo



Ognuno resta solo sul cuore della dellla terra

trafitto da un raggio di sole

ed è subito sera


Chacun reste seul sur le cœur de la terre

Transpercé par un rayon de soleil

et soudain c'est le soir.



Galatéa belga





Mardi 7 février 2012 

Bonjours Marcel
J'essaie, de me donner des explications sur moi-même, de voir si c'est une question de formation, de personnalité ou des gènes qui me font sentir mal à l'aise en écrivant un texte qui ne respecte pas mon humeur du moment et toutes mes fractures intérieures.
Pour moi l'écriture est comme le tracé d'un sismographe qui reproduit, le plus fidèlement possible, ce qui me passe dans la tête et que mes tripes aussi partagent. 
J'ai déjà affirmé que je déteste mes poèmes qui me viennent en rime. Je sais qu'ils ont copié de la musicalité ailleurs, ils reproduisent des échos qui n'appartiennent pas à ma voix.
Je fais des hypothèses absolument discutables, mais je crois avoir le droit de dire comme je fais et comme je désire faire mes miettes de poétesse de gouttière ou de remplisseuse de pages Word. 
Quand j'écris, partout ! Je n'ai jamais un schéma classique devant mes yeux qui me demande d'aller avant et en arrière pour être complété, avec dignité et précision. J'écris et après je change la position des mots ou modifie le texte avec des synonymes.

Les images, la longueur du vers sont déjà là au premier jet !

Enfin, si j'écris c'est parce que j'ai envie de communiquer comme toujours, bavardeuse comme je suis.
Ici, étant sur un site de poésie, je fais mon mieux, comme je sais faire pour communiquer avec des vers et en lisant ce que les autres proposent, comme ils savent et ...aiment faire. 

Galatéa belga.


Entre fiction et réalité, nous perdons souvent le sens de ce que pourrait être un vrai dialogue entre les hommes. Réseaux faussement dits " sociaux ", nous nous croyons à l'abri dans l'œil cyclopéen du Net. Si communiquer est une prise de risques, pouvoir nous parler plus facilement est une richesse. Comme le souligne Galatéa, à quoi cela servirait-il si nous n'utilisions pas les outils de communication modernes pour mieux nous enrichir, en apprenant à mieux connaître l'autre.
Sortant du brouillard des sites, quelque part en Belgique, ce visage que je ne connais pas, me semble pourtant familier. Cette avidité d'être soi-même, cette soif de partager, cette peur aussi de se brûler, autant d'obstacles à surmonter.
Fragilement posé sur une seule patte notre héron médite sur l'eau qui dort. Je frappe dans mes mains. Il s'envole droit vers le Nord. Sa silhouette s'atténue... disparaît.
Galatéa, vois-tu ces larges ailles bleue cendrées. A l'autre bout de l'étang, il se pose dans la grande héronnière. Veille sur lui amie, alors que de la main tu indiques l'autre rive, loin, là-bas au-delà de l'eau calme, ... tout au Sud, visible de toi seule, cette île de feu où ton cœur se consume.




Mercredi 8 février 2012   

Et ces rêves bizarres, fiction ou réalité ? Ainsi cette nuit, mon père, si réel que même réveillé, je le voyais encore.
Il marche dans la rue des Deux Amis. Sur ses lèvres l'esquisse d'un sourire mi-timide mi-espiègle, se réjouissant du bon tour qu'il me joue en réapparaissant si longtemps après sa mort. Sur sa tête dégarnie, son éternel béret, il marche s'aidant de sa canne, celle que j'ai encore dans le débarras et qui m'attend. Sa veste élimée ouverte sur la chemise, les bretelles qui soutiennent le pantalon, mais le portrait ne serait pas complet sans cette ceinture flanelle dont il s'entourait la taille et qui se débrouillait toujours pour déborder quelque part.
C'est le rituel du matin. Il se saisit de la large bande de tissu que ma mère a soigneusement réenroulée la veille au soir. De son coude gauche, il bloque le bout sous son aisselle et de sa main droite, en maintenant assez serré, il s'entoure les reins et le ventre d'un solide soutien. Ainsi il aura chaud et ses douleurs lombaires seront soulagées.
Bon, la rue des Deux Amis, juste en face du 6 bis de la rue Du Coin, Il s'éloigne. Un peu avant que je ne le perde de vue, il croise une jeune fille. Tous deux s'arrêtent et discutent ensemble un long moment. Chacun continue son chemin, la jeune fille dans ma direction.
Cette silhouette, cette façon de marcher sur de très hauts talons, cette élégance de haute couture et enfin ce visage que... Vanessa Paradis !

Que vient-elle faire dans ce rêve alors qu'elle n'était pas encore née quand mon père est décédé.






Textes protégés et déposés
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lundi 8 septembre 2014

Échos d'amour et d'espoir entre Véronique et Evelyne ...




Pour Véronique, les mots de sa sœur Evelyne de Gracia


Un texte sous chaque image...
























Mise en voix Louyse Larie



Des étoiles de Noël, quatre mois, nuit pour nuit...












Merci à vous chers lecteurs et auditeurs pour les commentaires que vous aurez la gentillesse de bien vouloir laisser ci-dessous. Ils seront un soutien et réchaufferont le cœur blessé d'Evelyne par ce deuil  récent.




EVELYNE DE GRACIA - LE DERNIER VOYAGE








Pour Véronique



LE DERNIER VOYAGE



- bon Mamita, cette fois ci, je suis bel et bien arrivée. Je ne pensais pas partir si loin pour mon prochain voyage, mais on ne m'a pas laissé le choix. Autant te dire qu'ici, il n'y a pas de frais vestimentaires, tu vois le genre la robe couleur de lune et celle couleur d'étoiles dans le conte de Peau d'âne, eh bien, c'est un peu ça..
Par contre, dis donc, je trouve que toi tu te laisses un peu aller. Tu as du poil aux pattes, c'est quoi ce genre. Pas beau! Ton rasoir, je te le rappelle, est dans ta salle de bains, juste au- dessus de la baignoire.. Pas difficile à trouver quand même!
J'te dis quand même un p'tit truc, même si je n'ai pas trop la permission. Au lieu de pleurnicher bêtement, profite, car ça passe drôlement vite! Alors s'il te plait, retrousse tes manches et va de l'avant. Tu as des trucs sympas qui t'attendent même si y a aussi du pas très drôle. T'arrête pas sur des choses qui n'en valent pas la peine et concentre toi sur l'essentiel, d'accord?!
Bon pour now, je te laisse à tes activités, tu as bien entendu, j'ai dit activités et pas épanche mente stériles, divagations inutiles , car je suis très bien, là bas, et je reviendrai pas. On a fait plein de trucs et aussi, on s'est fait plein de vacheries, comme deux sœurs qu'une mère avait mise en compétition. C'est comme ça, et l'essentiel, c'est qu'on était les meilleures amies du monde envers et contre tous et ça vois- tu, c'est peut être aussi un peu une impulsion céleste. Aie.. Ils me tirent par la manche, mais on dirait des enfants, bon j'y vais...
Oui, j'arrive, j'arrive..
Bises célestes.




Hello ma gentille et "jeune petite sœur"
J'ai oublié de te dire que tout le monde est là! En fait c'est assez rassurant..
Pour l'instant ils me laissent finir ma mission, de loin, mais après, je ne vais plus te parler, il faudra faire avec..
J'ai vu mama dado, qui m'a passé un de ces savons, tu vois le genre, elle n'a rien perdu, ni de sa voix, ni de son autorité. Ça ce fut pour l'accueil.. Mais après, figures- toi que j'ai quand même eu quelques compliments et même des palmes et je me sens des ailes...
Concernant papou, eh bien, il est assez bizarre, mais je sais qu'il bosse beaucoup.
Bon, tu vois, je découvre aussi un univers dont je n'avais aucune conscience. Ici pas de petit apéro, (dommage!), tu sais comme j'aime ce moment.. Des parties de fous rires, évidemment pas, car c'est sérieux et même hyper sérieux, à une nuance près, c'est que notre action n'est validée que si elle est vraiment utile, ce qui évite, bien sur, les pertes de temps et les erreurs.
Bon dis moi, trêve de plaisanterie, si tu pouvais t'occuper un peu de Pauline et même un peu aussi de Colin, ce serait bien et je serais un peu plus tranquille.
Merci au fait, tu sais pourquoi , et là dessus, je ne te laisserai pas tranquille car j'y tiens!
Est- ce que tu t'es aperçue que mama dodo était là quand tu es venue me voir?
Eh oui, on était toutes les deux là à veiller sur vous qui croyaient veiller sur nous.. Nous on souriait. Tu sais, la vie et la mort ne sont qu'une ronde où chaque état est étroitement lié à l'autre. Alors s'il te plait, hauts les cœurs! Dis donc, tu bosses pas aujourd'hui? C'est l'heure d'y aller ma vieille.
Allez Mamita, je te laisse pas tomber, t'inquiète pas...




MON CORPS CÉLESTE

Quand je suis arrivée, un peu vite quand même, je me suis retrouvée toute nue avec juste assez d'énergie pour voir.. On m'a habillée de ciel avec une robe que même le plus grand couturier ne pourrait imaginer. Ça c'est vraiment chouette. Elle est fluide et les couleurs sont splendides. Je ne savais pas trop si j'arrivais en prison ou si j'en sortais, mais ça dure une seconde.
Je sais que tu aimes les stylos, mais ici, il n'y en a pas, car nos pensées sont inscrites et ouvertes à tous, ce qui évite bien des problèmes...
Ah, on ne fait pas tout ce qu'on veut... Et pourtant, vois- tu, j'ai un sentiment de liberté totale mais surtout d'amour et ça c'est immense.
Je te laisse for now!
Je prendrai bien un petit café avec toi, ce sont de bons souvenirs. Ici, on n'en a pas besoin, c'est immensément cool et beau.
Take care of yourself.
Take care of everyone you love et n'oublie pas que le temps t'est compté, alors avance et n'attends pas Mamita!




Evelyne de Gracia tous droits réservés

EVELYNE DE GRACIA - RÉVOLTE








Pour Véronique





RÉVOLTE




Là aujourd'hui, j'arracherais volontiers tous les papiers peints pour en faire des mots, les poser sur une ligne, comme une portée de notes qui s'envolerait jusqu'à toi, petite sœur.
Je ferais enfin des listes de ce, ceux, qui en valent la peine, pour éliminer tout le reste.

Je mettrais du ciel un peu partout dans ma maison et du blanc, rien que du blanc, même si maintenant la mode nous incite tous  aux murs noirs.
Je n'aime plus le noir.
Du blanc partout et pour inscrire ton nom que t'inspire la Lumière



Evelyne de Gracia tous droits réservés 

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EVELYNE DE GRACIA - DEUIL









Pour Véronique





DEUIL




Il y a, subrepticement dans les moments difficiles de la vie, des éclaircissements sur ce que l'on devine d'un ciel bleu au travers des rideaux, avec la lumière qui brille sur les feuilles des peupliers.
Il y a ce que  l'on discerne dans le décolleté du vent, la respiration tendre d'un ange invisible.
Il y a de fines particules qui projettent sur tout paysage la perspective du ciel infini, de l'infiniment Grand.
Nous sommes au milieu de cet univers vaste, avec notre aptitude à recevoir des signes qui ne trompent pas.
Il y a ce geste inattendu de notre part, mais qui nous l'a dicté, ne serait-ce qu'un guide spirituel, inconnu de nous, cette parole chaude que l'on reçoit et qui n'est pas conventionnelle, et qui sont les marques de reflets divins, et puis nous retombons dans notre pesanteur d'hommes.
La vie reprendra le dessus après bien des révoltes en ayant à l'esprit ces parcelles d'espoir.




Evelyne de Gracia

 tous droits réservés septembre 2014

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samedi 6 septembre 2014

ÉCHO ENTRE AUTEURS - Ohé ! Ohé ! LOUYSE LARIE & EVE ZIBELYNE





CLIQUEZ SUR LE PONT DE LOUYSE
 ET OYEZ ZIBELYNE DE SA VOIX
FLUIDE COMME L'EAU
 QUI COURT LÉGÈRE ET FRISSONNANTE
 À l'OMBRE DU PONT !







CARESSEZ DE VOTRE SOURIS LE MUSEAU DU SOURICEAU DE ZIB, C'EST LOUYSE QUI CHANTERA SI GALANTE, LE CONTE SOURIS, SOT !






















TOUS DROITS RÉSERVÉS

SUR LES TABLEAUX 

Le Pont de Louyse Larie
et
Le souriceau de Zib